Laconisme Opinions

Méditations politiques

Difficile d’éviter le sujet depuis que les dates tant attendues ont été annoncées par le premier ministre. Normalement, on sera tous invités à participer au grand dilemme au cours duquel se jouera notre sort. Dans cette circonstance, mes méditations se sont portées sur le plat de résistance explosif que les médias nous serviront à partir de l’enclenchement des rouages de la machine infernale.

DON QUICHOTTE ET SANCHO PANZA. Comme le rêve est un des droits naturels, universels et inexpugnables de l’homme, une large place sera indubitablement envahie par les rêveurs. Ceux qui, seulement dans leur tête, voient la victoire se dessiner, un avenir glorieux nimbé de puissance éblouir tout leur entendement. Par leur participation massive, ces Don Quichotte modernes ont apporté, lors du dernier exercice, un nombre considérable de pierres à l’édifice du record en termes de candidats inscrits. Comme leur modèle littéraire, créé par Cervantès, dont l’esprit, envoûté par des romans de chevalerie bas de gamme, transformait les moulins en géants, nos rêveurs sont obnubilés par l’illusion du triomphe. Les Sancho Panza qui les servent, et qui s’acquittent avec une grande dévotion de leur rôle de valet, enlevant ainsi tout doute sur leur fidélité, ne sont-ils pas les plus à plaindre ?

FOULE. Me revient en mémoire la célèbre citation de l’humoriste français Pierre Desproges : « La démocratie est la pire des dictatures parce qu’elle est la dictature exercée par le plus grand nombre sur la minorité. » Quittons Desproges et retournons à notre cas : qui est ce grand nombre ? Les chiffres les plus optimistes émis par le président de la République affirment que 72% des Malgaches vivraient avec moins de 2 dollars par jour. Un grand nombre qui pâtit de la carence en moyens : matériels certes mais, par un mécanisme vicieux amorcé par ce premier manque, intellectuels aussi. Une scolarité qui répondrait aux normes n’étant pas à leur portée, leurs enfants tombent entre les mains, venimeuses et nuisibles à l’esprit, d’« enseignants » dont le parcours académique, nécessaire à celui qui veut transmettre savoir et culture, fait défaut. Selon une célèbre théorie de Noam Chomsky, maintenir la foule dans l’ignorance constitue une stratégie efficace de manipulation. L’état dans lequel se trouve ce grand nombre, qui est censé exercer une
« dictature », est propice à la manipulation de masses : se laissant acheter par l’argent ou par des babioles, comme le personnage éponyme de la nouvelle Tamango (P. Mérimée, 1829) qui, en échange d’alcool et d’armes, a livré des gens de son peuple à l’esclavage, la foule brade ses voix. La démocratie se trouve donc sous la forme d’une dictature de l’ignorance et de la médiocrité dont les expressions sont montrées par le film gratuit qui, tous les jours, s’offre à nos sens. Ce film aux allures quasi-apocalyptiques.

DICTATURE. Une situation extrême requiert une solution extrême : à une dictature ravageuse doit répondre une dictature du salut. Comment la masse d’indisciplinés verrait-elle la figure spoliatrice de leur « droit » à l’anarchie, de leur « autorisation » à faire de la ville entière un immense dépotoir, de leur droit à attribuer un statut d’urinoir géant à tout ce qui est espace, du droit d’enseigner de ceux qui, par leur manque de compétence et de niveau intellectuel, ne font qu’aggraver l’énorme plaie qui dévore le système éducatif ? Ce candidat, originaire de l’imagination d’une autre catégorie de rêveurs, croulerait sous les vociférations, serait noyé par les adjectifs et les noms teintés d’hostilité et de volonté de révolte comme tyran ou dictateur qui n’arrêteraient pas de pleuvoir sur lui et sur son nom. Si les victimes pouvaient s’exprimer et faire entendre leurs voix : si les places qui sont tous les jours martyrisées par les immondices, si les animaux endémiques qui finissent en brochettes, si les forêts qui disparaissent sous les feux de brousse, au lieu de se venger par le biais des inondations, de la sècheresse, de la pollution de l’air qui n’ont aucun effet sur les comportements des destinataires, avaient le droit de vote, leur choix se porterait sûrement sur celui qui aurait la détermination suffisante et nécessaire à mettre un frein aux exécutions : leur candidat idéal mais qui passerait, aux yeux de leurs bourreaux, pour un dictateur.
La sagesse nous défend peut-être de rêver.
« Excepté les mortels, rien ne change ici-bas. » écrivait le poète Lamartine dans ses Méditations poétiques (1820). Mais en attendant le jour du grand dilemme et celui du verdict final, les rêves ont encore de beaux jours devant eux.

par Fenitra Ratefiarivony 

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