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Littérature – Johary Ravaloson évoque « L’Oragé »

La traduction d’un roman « L’oragé » de l’auteure suisse Douna Loup s’est affirmé comme un travail d’orfèvre à accomplir pour Johary Ravaloson. Il nous en livre le secret.

S’imprégner de l’univers d’un auteur, tout en s’appropriant son œuvre. De prime abord, cela peut être facile pour un lecteur assidu qui se plait continuellement à s’immerger dans le roman qu’il lit. Pour un autre auteur, à qui l’on confie la traduction de ce roman dans sa langue natale, il s’agit d’une autre paire de manches. Fraichement sorti dans les bacs au début du mois dernier, « Hotsaka » édité à la maison d’édition Dodo Vole, est une traduction en malgache du roman « l’Oragé » de l’auteure franco-suisse Douna Loup, sorti en 2015 et édité chez Mercure de France. Entre poésie et péripéties romanesques, le tout est tiré de la vie réelle de deux poètes émérites de la littérature malgache.
Le roman relate la rencontre, dans les années 20, entre ce poète intemporel qu’est Jean-Joseph Rabearivelo et l’une de ses plus fidèles camarades, la poétesse Esther Razana­drasoa. Porté par un style littéraire exclusif à l’auteure franco-suisse, « l’Oragé » se savoure par son écriture poétique inédite. À sa manière, Douna Loup retranscrit sa propre personnalité à travers ce roman, une écriture extraordinaire que Johary Ravaloson s’est lancé comme défi, de traduire en malgache. « Les débuts étaient difficiles, car je tenais à rester le plus fidèlement possible proche à son style d’écriture. Entre le malgache et le français, il y a une grande différence et je devais souvent procéder à des travaux de composition suivis de plusieurs relectures », confie-t-il.

Enrichissant
Douna Loup souligne dans son roman « Rabearivelo marche en poète », un état d’esprit auquel elle se serait pleinement identifiée. Autrement dit, forte de cette âme poétique qui l’a animée tout au long du processus d’écriture de « l’Oragé », l’auteure s’impose par son propre rythme d’écriture, ainsi que la musicalité de ses mots. Le roman finit alors par se lire, tel un slam et, plus Johary Ravaloson a procédé à la traduction, plus il s’est senti émerveillé et se redécouvrit lui-même par la suite à travers « Hotsaka ». Il souligne « Je me suis vraiment senti comme étant surpris par cette auteure. Pour être franc, je suis même un peu jaloux d’elle, car cette histoire, c’est l’histoire que j’aurais moi-même adoré écrire sur Rabearivelo. Ceci-dit, je me contente désormais de la traduire, puisque la richesse des mots de Douna Loup elle-même me satisfait amplement ».
Au-delà de la fin tragique de ce poète avant-gardiste et immortel qu’est Jean-Joseph Rabearivelo, « Hotsaka » illustre par dessus tout l’optimisme et une certaine joie de vivre de sa part, aux côtés d’Esther Razanadrasoa. Tiré des trois derniers calepins et journaux intimes que le poète n’a pas brûlé avant sa disparition, le roman convie à découvrir une toute autre personnalité de Rabe dressée à travers le regard d’Esther.

Andry Patrick Rakotondrazaka