Océan indien

Mayotte – Un habitant sur deux de nationalité étrangère

Une foule, lors d’une manifestation à Mamoudzou, le 19 avril 2016.

Près d’un habitant sur deux de l’île de Mayotte, dans l’océan Indien, est de nationalité étrangère, un ratio inédit sur le territoire français.

Le recensement de 2017 a comptabilisé deux cent cinquante six mille habitants au total dans le 101e département français. La proportion d’étrangers y est de 48%, contre 40% en 2012. Parmi les étrangers, 95% sont Comoriens.
Ce ratio d’étrangers est «inédit» sur le territoire français, a indiqué le chef du service régional de l’Institut national de la statistique
(Insee), Jamel Mekkaoui, lors d’un point de presse à Mamoudzou. La moyenne nationale française est de 6,5% d’étrangers.
«Etranger ne veut pas dire clandestin »», souligne M. Mekkaoui, rappelant toutefois qu’en 2015, un étranger sur deux était en situation
irrégulière à Mayotte.
Parmi ces cent vingt trois mille étrangers,quarante mille personnes sont nées à Mayotte, et la «majeure partie a vocation à devenir Français», cette composante remettant «le sujet du droit du sol» dans le débat, souligne M. Mekkaoui, c’est-à-dire la possibilité de devenir français par le fait d’être né sur le territoire français.
L’île reçoit une forte vague migratoire des îles voisines des Comores, l’un des États les plus pauvres au monde, situé à 70 km de ses côtes. Au premier semestre 2018, un mouvement de contestation populaire a entraîné la paralysie de Mayotte pendant plusieurs semaines. Il dénonçait l’insécurité, mais aussi l’immigration clandestine de Comoriens, qui débarquent à bord de petits canots de pêche, souvent au péril de leur vie.
Pour répondre à la population, le gouvernement a intensifié les contrôles et les reconduites vers les Comores.
Mais considérant que Mayotte est une île comorienne, les Comores, qui ont proclamé leur indépendance de Paris en 1975, considèrent que leurs ressortissants sont «chez eux» dans les trois îles de leur archipel mais également à Mayotte, qui a choisi de rester française.
Conséquence: Moroni a refusé pendant plusieurs mois, de mars à décembre, de réadmettre ses citoyens en situation irrégulière. En rétorsion, Paris avait bloqué la délivrance de visas pour les Comoriens désirant se rendre en France. La situation s’est dégelée lorsque les deux États ont repris des discussions sur la question de l’immigration.

Écoles saturées
Mayotte est le département français à la plus forte croissance démographique (+3,8% par an en moyenne contre 0,5% au niveau national).
Cette croissance s’explique principalement par le nombre des naissances, la maternité de l’hôpital de Mamoudzou étant même considérée comme «la plus grande de France». Le taux de natalité y est 3 fois supérieur à la métropole.
En 2017, «les trois quarts des bébés nés à Mayotte (…) (avaient) une mère étrangère (…) très majoritairement de nationalité comorienne ».
Le gouvernement français songe à établir pour la maternité de Mayotte un statut d’extraterritorialité, ce qui en ferait en quelque sorte une maternité internationale, où ne s’appliquerait plus le droit du sol.
Plusieurs élus mahorais ont récemment dénoncé cette pression démographique, qui engendre selon eux «occupation illégale des terrains», «tensions intercommunautaires» et «saturation des services publics», notamment des écoles et de l’hôpital.
Le président français Emmanuel Macron, qui se rendra sur place en juin, a promis de «stopper au maximum les départs», insistant sur la nécessité d’une coopération avec les Comores. Il a aussi promis de «systématiser les retours» et a annoncé pour
mai le déclenchement d’une opération conjointe entre les forces de l’ordre et l’armée, «pour véritablement avoir une action de dissuasion».

© AFP