Texto de Ravel

Je ne vous salue pas Marie

Le dernier texte sur le sujet d’Ambanin’Ampa­marinana nous a fait monter le regard vers cette colline si emblématique pour l’Imerina et quelque part pour l’Histoire de Madagascar. On ne peut pas louper cette statue de la vierge Marie soutenue par des échafaudages. Cela
fait un bout de temps que notre plume mourrait d’envie de dire ce qu’elle en pense. Et l’occasion en or se présente et on ne la laissera pas passer.
Que ce soit clair, que les âmes sensibles s’abstiennent de s’évanouir ou de se fâcher. Ici, il est bien temps de pouvoir parler de tout ouvertement. La culture du débat doit impérativement renaître car il se passe dans ce pays comme des non-dits surtout concernant la liberté de religion, d’opinion. Celui qui ose remettre en cause certaines permissivités de telle ou de telle religion (ou des dirigeants de ces religions) notamment chrétienne sera traité de tous les noms. Mille et une questions nous viennent à l’esprit en voyant Marie. Des questions en tant que Malagasy, Merina, Géographe, Urbaniste et activistes. Des interrogations qui soulèvent des réflexions que nous souhaitons partager pour réveiller chacun de nous.
Tout d’abord, en tant que Malagasy et Merina. On nous a appris dans nos cours d’Histoire de Madagascar depuis la petite enfance que cette colline où se trouve le palais de la Reine renferme, au-delà des évènements historiques, des valeurs, des symboles de notre malgachitude. Du jardin d’Andohalo jusqu’à Besakana, tout est valeur qu’on essaie tant bien que mal de préserver. On nous a un peu appris à quel point le christianisme a essayé de les détruire et de nous déraciner. Ampamarinana, souvenons-nous, regorge de souvenirs noirs. Ampamarinana dont la toponymie signifie « lieux où l’on balance » a vu des centaines de personnes jetées dans le vide par les chrétiens car elles refusaient de se convertir. Imposer un tel symbole qui est en totale dualité avec ceux de nos cultures, dans cet endroit symbolique est-il anodin ?
Le point de vue du géographe et de l’urbaniste. La haute ville est classée zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP) dont la gestion et le développement ainsi que la préservation doit suivre des règlementations strictes. L’État lui-même devrait être garant de cette protection. Dans sa déclinaison, l’Etat signifie le ministère en charge de la culture, celui en de l’aménagement du territoire, la commune etc. Introduire un nouvel élément et de nouveaux aménagements dans cette zone nécessite des procédures pour prouver que c’est opportun et n’est pas en contradiction avec l’esprit des lieux. Il est évident que la vierge Marie de plusieurs mètres de haut, importée d’on ne sait où détonne totalement avec le cachet traditionnel de la haute ville.
Finalement, en tant qu’activiste, chrétienne non pratiquante du christianisme tel qu’il nous est imposé à Madagascar. La vierge Marie est une figure du catholicisme. La population catholique à Madagascar compte au plus 23%, les pratiquants des religions traditionnelles sont quant à eux plus de 53 % de la population. Si ces derniers avaient demandé d’imposer un quelconque emblème de leur foi, est-ce que les choses se seraient passées de la même manière ? Faire trôner une telle image d’un seul groupe dans un lieu stratégique en hauteur n’est-il pas le signe d’une imposition psychologique ?
Je ne vous salue pas Marie. Ils avaient dit que vous êtes pleine de grâce mais de grâce, il est important de se respecter. Le Christ lui-même ne nous l’a-t-il pas enseigné ? Le souverain pontife est arrivé à Abou Dhabi le dimanche 03 février 2019 dans l’optique de renforcer les liens de paix entre les chrétiens et les musulmans. Il serait très bientôt aussi chez nous. Espérons que le même esprit de respect soit aussi le langage adopté à Madagascar.

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