Courrier des lecteurs Opinions

Conservation des ressources naturelles : une question d’implication des communautés

Arrêter la dégradation de l’environnement et construire un avenir où les êtres humains pourront vivre en harmonie avec la nature, telle est la raison d’être du WWF et telle a été la prémisse réussie pendant 20 ans de conservation communautaire dans le corridor forestier Fandriana Vondrozo (COFAV).
Le corridor de Fandriana Vondrozo est, comme nous aimons le dire, le poumon du centre-Est et sud-Est de Madagascar. Il est à savoir qu’un corridor est un espace géographique dans lequel des relais d’habitats naturels sont parfaitement juxtaposés les uns aux autres formant un long couloir d’échanges ou de migrations écologiques, d’où corridor. Avec ces 450 000 hectares, celui du COFAV contient quelques-unes des dernières portions de forêts primaires du pays. Un grand nombre de plantes et d’animaux s’y retrouve dont le bois de rose, le palissandre ou encore l’espèce lémur Hapalémur ou lémurien de bambou, une des sept espèces emblématiques de lémuriens de cette région.
Véritable « château d’eau », une trentaine de cours d’eau prennent leur source dans ce corridor approvisionnant tous les villages environnants. Devant ce potentiel, le WWF y a installé une première antenne en 1998. En deux décennies, nous assistons au retour des eau taries et à l’apparition de nouvelles sources d’eaux. Comment ? Grace aux efforts fournis par les communautés dans le reboisement : 1 200 000 arbres ont été plantés pour restaurer plus de 850 ha de forêts dégradées.
Actuellement, 74 organisations commu­nautaires s’occupent de gérer de façon durable leurs propres forêts dans les districts de Vondrozo et Ivohibe. En récompense aux efforts de conservation de ces communautés, un hôpital a pu être construit en plein cœur du corridor forestier. Doté d’équipements complets, cet hôpital « de campagne », dans le sens littéral du terme, dispose même de son propre médecin. Cette construction a vu le jour grâce à un concours de suivi écologique organisé par le WWF et remporté haut la main par la communauté de Maroangira. Ce prix, d’un montant de 25 millions d’ariary, récompense leur bonne gestion de la forêt en tenant compte des critères sociaux et environnementaux.
Les clés de cette réussite reposent sur la cohésion des communautés du COFAV et leur esprit d’entreprendre ensemble. Les exemples ne manquent pas; la persévérance des membres de la communauté du petit village d’Iavomanitra mérite aussi d’être mentionnée. Regroupés dans une coopérative de production d’huiles essentielles depuis maintenant dix ans, leur activité a une forte retombée économique sur la communauté et inspire l’intégration des populations locales dans des chaines de valeur durable.
Les cultures sur brûlis, les coupes illégales des bois précieux et l’exploitation d’or illicite ont été les principales menaces sur la forêt humide du corridor forestier Fandriana Vondrozo Midongy. Aujourd’hui, si des pans entiers de forêts dégradées ont été restaurés, c’est dû au dévouement et aux années d’engagement volontaire des communautés locales. La conservation est bien une question d’implication des bénéficiaires, un effort de la communauté dans le reboisement, dans la gestion des ressources et leur exploitation dans les normes de durabilité sociale et environnementale.
Au regard du succès de ce travail de conser­vation mené dans l’ex-province de Fianarantsoa, nous retenons la nécessité d’impliquer et d’encourager l’engagement des membres des communautés pour le bien-être des générations présentes et futures. Concrètement, si toutes les communautés de Madagascar entreprenaient les mêmes efforts à l’image de ces villageois, le retour des forêts ne releverait plus du domaine de l’espoir mais serait un accomplissement national.

Par Lila Ratsifandrihamanana

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