Editorial

Sans voix

A en croire ceux qui voulaient absolument aller à l’élection malgré les imperfections décelées dans la liste électorale, les manquements de la Ceni, l’affluence dans les meetings de la campagne électorale, tous candidats confondus, on s’attendait à une très forte participation de la population à l’élection présidentielle. C’est d’autant plus logique qu’il s’agit du sort du pays pour les cinq ans à venir. Mais finalement il n’y avait que moins de la moitié des inscrits qui s’est déplacée pour accomplir son devoir de citoyen. De deux choses l’une. Soit les habitants en ont marre des élections et s’en servent simplement pour étancher leur soif de spectacle. Soit c’est le nombre d’électeurs qui a été gonflé par la Ceni. Soit les abstentionnistes sont tous ceux qui ne se trouvaient pas sur la liste électorale.
Le premier raisonnement n’est pas faux. Les vrais électeurs ne sont pas ceux qui viennent aux spectacles mais attendent le jour J pour s’exprimer. D’ailleurs, leur choix est fixé à l’avance et les discours dans les meetings ne le font pas changer d’avis.
Le second tient également dans la mesure où l’augmentation de 25% du nombre d’électeurs est juste incroyable. On a du mal à admettre une majoration de
54,69 % du nombre d’électeurs à Androy où l’insécurité, la malnutrition et un taux de natalité moyen sont des facteurs qui ne devraient pas permettre une telle émancipa­tion démographique. Il en va de même à Atsimo Andrefana (42,23%) et Ihorombe (50,10%). À croire que le taux de natalité dans ces régions est supérieur à celui de la mortalité alors que le banditisme et la mortalité infantile due à la sous alimentation empêchent une croissance démographique de cette ampleur.
Le nombre d’électeurs avancé par la Ceni , 9.913.599 contre 7.839.268 en 2013 ne s’est donc pas traduit par une ferveur des électeurs aux urnes. Si l’inscription sur la liste électorale est un acte volontaire selon la Haute Cour Constitutionnelle, cela devrait se traduire par un enthousiasme au vote du moins pour les nouveaux électeurs. Ce qui n’a pas été le cas. On a du mal à comprendre des électeurs qui luttent bec et ongles pour pouvoir voter et qui n’accomplissent pas leur devoir de citoyen.
Ceux qui ont boudé les urnes sont-ils ceux que la Ceni a oubliés d’inscrire sur la liste électorale ? C’est peu probable étant donné qu’ils comptent plus de la moitié des électeurs alors que la Ceni n’a signalé que quelques milliers d’omis.
À qui profite cette victoire de l’abstention au premier tour ? Au vainqueur bien évidemment. Le vin est tiré il faut le boire. On sait maintenant qu’il y a plus de sans voix que de contestataires. Ce qui explique le fait que les bons candidats aux bonnes idées ne se feront jamais élire puisqu’ils n’ont pas un réservoir d’électeurs munis d’œillères australiennes qui les empêchent de voir à gauche et à droite et de n’entendre que la voix de leur disc-jockey.

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