Editorial

Campagne de terreur

Voilà ce que sera l’après Rajaonarimampianina. Il ressemblera à l’avant Rajaonarimampianina. Une République de la terreur et de l’arbitraire. On a encore en tête l’image du pasteur Lala Rasendrahasina, la gorge nouée, pris par le col par des mutins du Capsat à l’épiscopat d’Antanimena  après la remise du pouvoir à un directoire militaire par l’ancien président Ravalomanana en mars 2009. La même image aurait été rediffusée au Capsat, selon un récit vidéo, lors de la remise du pouvoir à Andry Rajoelina par les généraux membres du directoire militaire. Ils devaient signer avec le canon d’un kalachnikov sous la tempe.
Vendredi au siège de l’Aviation Civile de Madagascar à Tsimbazaza, on n’était pas loin du même scénario. Sous l’injonction du Premier ministre Christian Ntsay, une colonne de l’Emmoreg était mobilisée pour contraindre le Directeur général de l’ACM à signer l’autorisation d’entrée et de vol des hélicoptères du candidat du Mapar. On dirait un état de siège. Si le DG de l’ACM n’avait pas signé, il aurait partagé le sort du pasteur Rasendrahasina ou de celui des partisans de Marc Ravalomanana au Carlton extirpés de leur lit par les membres des FIS en 2009.
Si l’autorisation n’a pas été donnée, c’est parce que les formalités et les procédures de certification d’un aéronef n’ont pas été remplies. C’est aussi simple que cela. Le fait est qu’on a fait un amalgame avec des intérêts politiques dans un domaine où cela n’a rien à voir. On ne badine pas avec la sécurité et la sûreté aériennes. En juin, pour avoir oublié de transmettre son plan de vol à l’ACM, un petit avion avait crashé. La campagne électorale ne doit pas être un prétexte pour déroger aux règles impératives de sécurité. Qui tiendra -t-on pour responsable si par malheur un candidat meurt dans un accident d’hélicoptère à l’issue d’une collision ou d’une imperfection technique ? Rejettera-t-on le tort à l’ACM ou le Premier ministre en assumera-t-il les conséquences ? On se souvient qu’en 2005, l’hélicoptère de Marc Ravalomanana avait évité de justesse un crash à Imady mais il faut préciser qu’il se trouvait aux commandes. Ceci dit, les accidents d’hélicoptère sont assez fréquents pour ne pas négliger les procédures obligatoires.
Les négligences, le manque de rigueur, le laisser-aller, la mauvaise gouvernance avaient coûté l’intégration de la compagnie Air Madagascar dans la liste B de l’Union européenne en 2010. Il a fallu des réformes profondes, un plan de redressement, des engagements clairs justement sous l’impulsion de James Andrianalisoa nommé à la tête de l’ACM en 2014 pour sortir Air Madagascar du trou noir en juin 2016.
Ce genre d’ingérence de l’État dans un domaine spécifique, où lés instances internationales de l’aviation civile ne font aucun état d’âme, risque de causer de nouveaux ennuis. Un hélicoptère n’est pas une voiture qu’on sort du garage et qu’on lance illico sur route.
Le Premier ministre a plutôt intérêt à demander au Samifin d’enquêter sur les fonds avec lesquels ces candidats ont acheté ces joujoux. Il ne se demande pas comment un candidat peut s’offrir cinq hélicoptères dont le prix peut varier de 135.000 euros à 19 millions d’euros alors que l’État qu’il dirige ne peut même pas s’en offrir l’hélice pour chasser les dahalo. Est-il plus important de privilégier l’égalité des chances des candidats en obligeant l’ACM de donner une autorisation de complaisance que de prôner une campagne propre et morale à la hauteur de la pauvreté des électeurs ? Quel cynisme que de faire campagne avec vingt hélicoptères dont le fonctionnement coûte 250 euros de l’heure dans un pays où le revenu moyen est de 2 dollars en 24 heures. Il n’y a le moindre indice de patriotisme dans cette débauche de moyens colossaux dans une élection dont l’organisation a nécessité l’assistanat international. Ce qui est certain, c’est que la terreur risque de l’emporter au quart de tour.

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