Chronique de Vanf

Les grandes découvertes n’ont rien découvert

23 février 1488 : Barthélemy Diaz passe le cap de Bonne-Espérance 12 octobre 1492 : Christophe Colomb jette l’ancre sur une île des Antilles 20 mai 1498 : Vasco de Gama arrive en Inde 22 avril 1500 : Pedro Alvares débarque au Brésil 6 septembre 1522 : «arrivée» du premier tour du monde à la voile Partant de Séville (Andalousie, Espagne), le 10 août 1519, Fernand de Magellan commande une flotte qui cherche à rallier les Moluques (Indonésie actuelle) par la route atlantique. Magellan meurt aux Philippines d’une flèche empoisonnée, le 27 avril 1521, mais les dix-huit rescapés de la grande aventure achèvent la circumnavigation en mouillant à Sanlucar (Andalousie, Espagne), le 6 septembre 1522. Ce fut le premier «tour du monde» répertorié.

Juste avant que Portugais et Espagnols ne partent explorer le monde, inaugurant dans les livres d’histoire le chapitre des «Grandes Découvertes», les Chinois avaient conduit leurs jonques dans l’Océan Indien jusqu’à l’Afrique de l’Est, de 1405 à 1430. Auparavant, la thalassocratie de Srivijaya (7ème au 13ème siècle) avaient envoyé ses navires à balancier vers l’Ouest. Mais, contrairement aux Européens ou aux Arabes (Zanzibar signifie «pays des Noirs»), les uns et les autres n’ont pas baptisé à tour de bras les terres «nouvelles» à leur connaissance mais que peuplaient de longue date des gens peu soucieux de figurer ou pas sur un mappemonde.

Comme le chante si justement Michel Sardou, «Quand le vieux Magellan, découvrit le détroit, il y avait des enfants, qui s’y baignaient déjà». Sauf que ces enfants-là, pas plus que leurs parents et ancêtres, n’avaient tenu un journal de leur «grande découverte».

Cette première circumnavigation était partie d’Andalousie pour revenir en Andalousie. Ce mot Andalousie, désignant la province méridionale et méditerranéene de l’Espagne, viendrait de l’arabisation (al-andalous) d’un mot wisigoth «landa-hlauts» qui signifie «terre par tirage au sort». À peu près partout, les premières populations s’étaient simplement appelées les «gens». «Alamanie», «Alemani», «Alamans», a le sens de «tous les hommes», Alle + Mann. «Thiud», «Teuton», «Tedesco», autre mot pour désigner les gens de Germanie, signifie «le peuple». Dans notre Océan Indien, les textes arabes anciens mentionnent une population «Waq-Waq» : Gabriel Ferrand l’avait déjà identifié avec «Vahoaka», le peuple, les sujets dont le chef était l’Andriambahoaka ; Christian Otto Dahl a pour sa part conclu que «le nom indonésien des immigrants à Madagascar fut wakuak» (Malgache et Maanjan, p.359).

Les différents cartographes des siècles passés avaient attribué à notre Grande île des noms (Menuthias, Mogelasio, Malichu, Comorbimam, Saint-Laurent) sans bien entendu consulter ses habitants. Le 1er juillet 1665, semble-t-il que
Louis XIV imposa à l’île Saint-Laurent le nom d’île Dauphine : Andrianjaka et ses contemporains ne pouvaient pas être concernés par cette lubie lointaine dont ils n’avaient aucune idée. Le 10 août 1500, quand le vieux Diego Dias «découvrit» Madagascar, il y avait des gens qui y vivaient déjà sans avoir attendu d’être indexés dans les livres d’histoire.

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