Notes du passé

Conseils pratiques au futur colon de Madagascar

Le Bureau du Comité de Madagascar est installé officiellement, le 8 mars 1895, en France. Dans son discours, le président du Comité, Alfred Grandidier, ne cache pas sa satisfaction d’avoir contribué, « dans la mesure de ses faibles moyens » à la conquête de la Grande ile. Comme lui, les membres du bureau et du conseil du Comité, des scientifiques dans tous les domaines, « ont fourni au gouvernement français, par nos explorations, par nos études d’ordre divers et par nos écrits, les renseignements utiles sur les meilleurs voies et moyens de mener à bonne fin, rapidement et sûrement, notre expédition
militaire ».

Et d’ajouter : « Il y a quelques années seulement, d’après les idées alors en cours, il n’est douteux pour aucun de ceux qui connaissent Madagascar que l’expédition se fût faite alors dans les plus tristes conditions. Bien étudiée et bien préparée comme elle l’est aujour­­d’hui, elle se fera d’une façon toute autre et le succès est pleinement assuré, grâce aux sages décisions et aux utiles précautions prises par les chefs du corps expéditionnaire. »
Quelques années plus tard, dans leur Bulletin, ils dispensent quelques conseils pratiques destinés au futur colon. « L’hygiène sera l’une des conditions sine qua non de réussite. Le colon n’a pas à se faire d’illusions sur le sujet; un homme robuste et jeune ne peut pas résister au climat des pays chauds s’il ne
s’observe continuellement et ne règle sévèrement son genre de vie. » La question des vêtements, en revanche, est vite résolue. Dans la Grande île
tropicale, comme dans tout pays chaud, il convient de porter des habits légers, de couleur claire. La flanelle est d’un très bon effet, « mais comme elle est généralement mal soignée par les blanchisseuses, elle se feutre et devient plutôt dangereuse qu’utile ». Au contraire, le coton est recommandé car il conserve sa propriété et est pratique. Le casque léger ou le chapeau à très grands bords complètera le tout.

Mais c’est sur l’alimentation que l’attention du colon doit surtout se porter. Elle doit être variée par des légumes frais et des viandes légères.
« L’estomac, rapidement fatigué par les chaleurs, supporte difficilement les excès de table et finit par refuser tout service aux imprudents. »
Les abus alcooliques sont à éviter, même si la chaleur porte à boire. Et « le colon qui met toujours quelque chose dans son eau, finit pas s’alcooliser progressivement mais sûrement ». Et l’isolement aidant, un homme parfaitement sobre chez lui, en arrive à boire plus qu’il ne doit lui-même et cette
« inconscience » est terrible en ses conséquences. L’homme y perd à la fois la santé, l’intelligence, l’estime de soi-même et des autres; ses efforts restent vains sans qu’il se rende compte de la cause de son insuccès; le découragement, la ruine et souvent la mort sont les conséquences de son oubli des principes de l’hygiène.
Mais selon le conseiller en hygiène, avec un peu de bonne volonté et d’énergie, le colon s’habituera à des règles dont il n’aura pas à souffrir au bout de très peu de temps. « Il ne voudra même pas boire entre les repas tant son corps sera fait à ce régime, et s’en trouvera très bien. » Même le vin de bonne qualité « réservé pour les jours de maladie ou de fatigue extraordinaire », sera très « avantageusement» remplacé, même aux repas, par des infusions légères de thé ou de café.
Parallèlement, « les soins de propreté corporelle devront être poussés jusqu’à la minutie de façon à bien permettre le fonctionnement de la peau dans sa
mission évacuatrice. »

Et le conseiller de faire une digression: « Les Égyptiens se saluent par Comment suez-vous? pour Comment vous portez-vous? Tant il est reconnu que la transpiration est indispensable à l’homme sous le soleil ardent. » Mais cette action éminemment propre à abaisser la température très élevée du corps par l’évaporation, ne s’effectue que quand « les pores sont complètement propres ».

Enfin, l’Européen devra limiter sa tâche à la direction et à la surveillance de son personnel. Chercher à faire plus est inutile. Sinon, tôt ou tard et peut-être au moment où le colon aurait le plus besoin d’être en bonne santé pour la bonne marche de ses intérêts, il serait terrassé par la maladie et probablement contraint d’abandonner subitement le fruit de ses peines et de son argent en des mains étrangères.
« Or, l’œil du maître fermé, il y a beaucoup de chance pour que les résultats soient arrêtés. »
En résumé, « ce n’est qu’en s’astreignant à une hygiène sévère et raisonnée que le colon conservera la plénitude de sa santé et de ses moyens d’action ».

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