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Bemiray – Référendum de 1958 – Le « Non » de la Guinée et de la ville d’Antananarivo

Le chef du gouvernement français d’alors, le général Charles De Gaulle, est accueilli  par la ville d’Antananarivo, le 23 août 1958, lors de sa tournée africaine pour le « oui »  à la Communauté.

Le référendum initié par la France du général De Gaulle, en septembre 1958, avait permis à ses colonies africaines de choisir entre la Communauté française (une sorte de Commonwealth à la française ?) et l’indépendance avec la coupure immédiate du cordon ombilical reliant le pays au colonisateur. Deux années plus tard, les ex-colonies devenaient des États du pré carré français, la Françafrique. Concept pas totalement mauvais, en témoignent les « zava-bita » d’un certain Eugène Lechat.
La célébration du 200è anniversaire de la venue à Madagascar des missionnaires de la London missionary society (LMS) est une opportunité pour Bemiray de Tom Andriamanoro pour évoquer les prosélytes malgaches du christianisme, lesquels se sont sacrifiés en martyrs afin de ne pas renier leur foi.

Le chef du gouvernement français d’alors, le général Charles De Gaulle, est accueilli
par la ville d’Antananarivo, le 23 août 1958, lors de sa tournée africaine pour le « oui »
à la Communauté.

Dimanche 28 septembre 1958. Il y a de cela soixante ans, un référendum pour ou contre un projet de Communauté d’États autonomes mais pas encore indépendants était proposé par la France à ses colonies. Seules la Guinée et la ville d’Antananarivo osèrent dire « Non ». Les résultats à Madagascar donnèrent plus de 50% de « Non » dans la capitale, pour un total de 77% de « Oui » à l’échelle de tout le pays.

Les étudiants et intellectuels africains et malgaches de l’époque se nourrissaient de théorie marxiste-léniniste, séduits par le fait que, quand Lénine fit triompher la Révolution de 1917, un de ses premiers décrets concernait la paix et la libération de tous les peuples opprimés. Ces intellectuels faisaient alors une différence entre l’Europe occidentale colonialiste, et cette autre Europe qui tenait un langage opposé, fait d’espérances nouvelles. Ils rejetaient la Loi-cadre présentée par la France et son principal concepteur Gaston Defferre comme un apprentissage progressif de l’indépendance. Les Malgaches, notamment, ne comprenaient pas qu’après une soixantaine d’années de colonisation, on puisse les croire incapables de diriger leur pays alors qu’avant, sous la Royauté, Madagascar avait déjà une structure d’État, un gouvernement, des ambassadeurs reçus aussi bien à Londres qu’à Berlin ou à Washington.

Le président
de la Guinée, Sékou Touré, le maire d’Antananarivo, Richard Andriamanjato, roulaient
pour le « Non ».

Menace
En 1957, une importante fournée d’intellectuels frais émoulus rentrait au pays avec la ferme intention de s’intégrer dans le jeu politique. Des partis s’étaient déjà formés à Madagascar, dont l’Union du peuple malgache, le Front national, le Comité d’action politique et sociale pour l’indépendance. Il revint à l’Union nationale des intellectuels et universitaires de réunir tous les ingrédients pour la réussite de l’historique Congrès de Toamasina de 1958 où seront coordonnées toutes les revendications et actions à mener. Richard Andriamanjato se vit confier le soin de poser au général De Gaulle, lors de son passage à Antananarivo, la question de savoir si le « Non » était bien synonyme d’indépendance immédiate. Réponse du grand homme : « Oui, mais n’attendez rien de la France par la suite ».
Cette menace à peine voilée allait être appliquée au pied de la lettre à la Guinée de Sékou Touré, poussant à la longue ce dernier à la pire des errances politiques. Aujourd’hui encore, les avis sont partagés sur ce qu’il faut retenir de ce champion du nationalisme sans concession, devenu un des dictateurs les plus sanguinaires que l’Afrique ait connus. Pour l’ancien Premier ministre de ce pays, Ahmed Tidjiane Souaré, « par la voix de Sékou Touré, la Guinée a proclamé qu’il n’y pas de dignité sans liberté. Et que nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage ». Les Associations des Droits de l’Homme, pour leur part, ont pointé du doigt tous les charniers où ont été enfouies les victimes du régime de terreur de Sékou Touré avec pour slogan « plus jamais ça ! ». Elles ont notamment localisé avec certitude celui où gisait, avec d’autres prisonniers du sinistre camp Boiro l’ancien secrétaire général de l’OUA, le Peul Diallo Telli dont la notoriété portait ombrage au tyran. Senghor l’avait prévenu : « Je connais Sékou, ne rentre surtout pas en Guinée ». Diallo Telli, dans un excès de naïveté, est quand même rentré, pensant pouvoir mettre son expérience internationale au service d’un pays mis au ban des nations. Mal lui en prit, le soir de son exécution Sékou Touré fit déterrer son cadavre pour s’assurer en personne de l’identité du supplicié. Ainsi sont parfois faits les chemins de l’Histoire…

Rétro pêle-mêle

Inconcevable pour la jeune génération malgache qu’il fût un temps où Madagascar avait des ministres français dont l’un a même franchi tous les échelons pour devenir secrétaire général adjoint du parti-État, le PSD, et même vice-président de la République. Eugène Lechat puisqu’il s’agissait de lui, représentait le produit-type des militants de l’ancien parti SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière). Il est arrivé à Madagascar comme instituteur et c’est tout naturellement qu’il adhéra à la cause pseudo sociale-démocrate du PSD. Au sein du gouvernement malgache, il avait été devancé par deux autres Français, Paul Longuet et Marcel Fournier, lesquels eurent la décence de prendre leur distance au lendemain du 26 juin 1960.
Modèle d’efficacité, Eugène Lechat a mis un point d’honneur à atteindre les objectifs définis dans les plans quinquennaux. À la tête des Travaux publics, il réhabilita nombre de routes et en construisit de nouvelles. C’est sous son « ère » qu’on inaugura l’aéroport d’Ivato auquel il refusa l’appellation d’Ivato-le-Grand car, dit-il, « je n’ai aucune sympathie pour les tsars de Russie ». Le port de Toamasina bénéficia des premiers travaux de modernisation grâce à un accord de partenariat avec le port de New York. Avec son collègue de l’Éducation Nationale, Laurent Botokeky, Eugène Lechat procéda à la construction de collèges d’enseignement général (CEG) dans presque tous les chefs-lieux de sous-préfécture. Last but not least, Air Madagascar connut ses plus belles années avec à sa tête un Daniel Andriantsitohaina qui n’était autre que le beau-frère par alliance d’Eugène Lechat. Bilan pour bilan, il est difficile de faire mieux que celui qui s’est fait appeler Rapiso, et a émis le souhait d’être inhumé à Ambalavao Tsihenimparihy…

Il était une fois – Ponce Pilate

« Ecce homo », œuvre du peintre suisse Antonio Ciseri, montrant Yéchoua (Jésus) présenté par Ponce Pilate à la foule.

(Extrait du livre Mes Évangiles d’Éric-Emmanuel Schmitt)

Il se leva et marcha avec nervosité : « Quelque chose est allée trop vite dans cette histoire. Je n’ai pas rendu ma justice, la justice de Rome, mais j’ai exécuté la leur, la justice des sadducéens approuvée par les pharisiens. Pendant le procès, Claudia Procura ne s’était pas gênée pour me le reprocher : tu ne peux pas faire ça, Pilate, tu ne peux pas faire ça ! Sans Yéchoua, je ne serai plus de ce monde ! »
Elle faisait allusion à la maladie qui l’avait tenue alitée dans notre chambre pendant des mois. Claudia perdait lentement son sang. J’avais convoqué tous les médecins de Palestine, des Romains, des Grecs, des Égyptiens, et même des Juifs, en vain ! Son visage avait perdu sa vie, sa coloration, la pâleur de ses lèvres m’effrayait.

Appelé par une servante, le magicien Yéchoua passa un après-midi auprès d’elle. Le soir même, le sang avait cessé de s’échapper du corps de Claudia. Yéchoua ne l’avait pas touchée, il n’avait appliqué aucun onguent. Il avait simplement parlé avec elle. « Yéchoua m’a sauvée. Pilate, sauve-le à ton tour ! »
Je vais le faire fouetter en public. D’ordinaire une bonne giclée de sang suffit pour satisfaire la soif d’une foule. Mais la scène de flagellation ne produisit pas du tout l’effet escompté. Le condamné subissait les coups sans crier ni broncher, comme indifférent. La foule s’excitait contre lui, trouvant l’acteur nul. Comme il n’apaisait pas son appétit de spectacle, elle réclama sa mort.

Couverture du livre d’Emmanuel Schmitt,
intitulé « Mes Évangiles ».

Laver les mains
Je songeais alors à une ruse. J’interpellais la populace et lui rappelais la coutume voulant que, pendant les fêtes de Pâques, le préfet de Rome relâchât un prisonnier. Je lui proposais donc de choisir entre Barabbas et Yéchoua. Je ne doutais pas de sa réponse, Yéchoua étant populaire et inoffensif tandis que Barabbas, un brigand qui avait volé tout le monde et violé beaucoup de filles, était dangereux et craint. Il passait au cachot sa dernière journée puisque dans l’après-midi, on devait le crucifier en compagnie de deux autres larrons de moindre envergure. Les gens se taisaient, surpris. Ils regardaient Yéchoua écroulé, tête basse, en sang, puis Barabbas, bien planté de manière arrogante sur ses jambes fortes tout en muscles et en peau brune, qui les défiait crânement.
Les voix s’enflèrent en une rumeur, d’abord murmurée, puis prononcée, puis clamée, puis hurlée : Barabbas ! Barabbas ! Barabbas !
Je ne comprenais pas. J’étais révolté, déçu, écœuré, mais je devais obéir. Engagé vis-à-vis d’eux, je n’avais plus les mains libres. Je décidais de me les laver devant eux.

Foi – Et la lumière fut…

Le 200è anniversaire de la venue des missionnaires de la LMS
a été célébré à Toamasina, le 18 août dernier.

Antananarivo détient certainement le record de la plus forte densité de clochers. Ces indicateurs d’une foi très pratiquante ne suffisent pas, car le dimanche, des salles de classe, d’anciens cinémas, et même des terrains vagues se transforment en lieux de culte.
Tout a commencé au XIXè siècle. Quelque part dans le Sud du Pays de Galles, le directeur d’un Institut de formation pour prédicateur, Thomas Phillips, posa la question à ses élevés : « Qui accepte d’aller à Madagascar comme missionnaire ? ». À ce défi fou répondirent sans hésitation deux tout-jeunes gens, David Jones et Thomas Bevan. Le culte d’adieu organisé à leur intention fut suivi par plus de cinq mille personnes, et on y prononça sept sermons.
L’extraordinaire histoire de l’évangélisation de la Grande île connut ses heures les plus sombres sous la très nationaliste reine Ranavalona 1ère qui sentait s’y profiler des velléités de colonisation. La persécution laissa à l’histoire du christianisme malgache plusieurs noms parmi lesquels : Rafaravavy Marie, sauvée du culte des idoles par la lecture d’Isaïe 44 et contrainte à l’exil. Paul le devin, un ancien « dadarabe » qui finit décapité. Rasalama, la plus célèbre, exécutée à coup de sagaie à Ambohipotsy. Rainiasivola, précipité du haut des falaises d’Ampamarinana. Retenu par des buissons, il cria à ses bourreaux pour les rassurer : « Soyez sans crainte, je vais me remuer pour tomber ». Il y eut aussi Ranivo, une splendide jeune fille de 16 ans, rayonnante d’une beauté telle que le bourreau hésita à la mettre à mort. Après l’avoir vainement enjointe de se dédire, il se contenta de la gifler en ordonnant à ses proches : « Emmenez-moi cette folle, et que je ne la voie plus ! ».

Le temple FJKM d’Ambohipotsy, inauguré en 1868, a été construit en 1863 en mémoire de la première martyre Rasalama, sagayée en 1837.

Lettres sans frontières

Gasstzar Rakotondrandria, écrivain et conférencier trilingue
In Le verbe en ciselure-Tefy Tenimanga Jewel Works

Hody amiko aho (1re partie)

Hody amiko aho anio, ary ho mandrakizay,
Ela ‘zay, ô tadidio, nipopopopo, niolomay.
Nikatsaka sy nikarataka, may ho tojo tendron-tsoa,
Mitsinjo hioty tsy ho mpangataka, fa ho mpamoka-javatsoa.

Hody amiko aho hamita hitsy roa na telo, efatra,
Tahiry soratra tsy hita, mifanosi-fanaretsaka.
Mitaky lamina aman-tony anaty atidohako ao,
Soa an-tsehatra iofoany, ho Lanitro sy Tanivao.

Hody amiko aho hanefy Teny, Tena, Tany ho manga,
Tontolon’ny amiko misesy, kajina, irina hisolanga.
Hody f’io no Antsahalemako, Fifanahy, Renisiray,
Hanitro io, Soa fonenako, anio sy ho mandrakizay.

Hody amiko aho handrehitra ilay Fitiavan-Dehibe,
Hipololotra, hodorehitra tsy hay tohaina efa ela be.
Foto-diako io mantsy, an-tany Hanitro doria,
Alenti-dalina toa fantsy hoe :
Amiko aho no hifankatia !
Mifatidrà anio, doria.

Photos : Archives de l’Express de Madagascar – AFP

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