Chronique de Vanf

2002, c’était déjà 2018 !

Attention, cette Chronique («Voeux à vue, et à volonté») date d’il y a seize ans. Le mercredi 2 janvier 2002, très exactement. Il est quelque part pathologique que 2002 ait déjà été 2018 ! Depuis 2002, on en aura fait du chemin, mais à tourner en rond, et à reculons. Rien que dans la Capitale, les bagnoles avaient bouffé le Zoma, hier, comme elles phagocytent aujourd’hui Antanimbarinandriana. Les remblais avaient fabriqué des quartiers inondables dans la plaine de l’Ouest, voilà cinquante ans, comme ils s’installent aujourd’hui sur le lit de l’ancien lac d’Imerimanjaka-Dorodosy. Quant à la politique, ou ce qui en tient lieu à Madagascar, rendez-vous aux trois derniers points de cette Chronique de janvier 2002. Décidément, c’est trop compliqué de faire «des voeux simples pour un bonheur sans histoires».

(Début de citation) Et si le XXème siècle, achevé pour ma part le 6 novembre 1995, avait profité du sursis de nos propres hésitations et des aléas de notre fugacité humaine – la mort du professeur Rakoto-Ratsimamanga ? À la différence des éphémérides, qui s’articulent parfaitement, la vie, la vraie, s’écoule à son rythme, à son temps, à ses saccades. Ainsi, si on «sent» l’expiration du XXème siècle malgache (30 septembre 1895 – 6 novembre 1995), par contre, on hésite encore à trancher si quoi que ce soit d’important a inauguré notre réelle entrée dans le siècle du troisième millénaire. Nous nous trouvons en transit, dans le sas d’un certain purgatoire. En quelque sorte, pour un meilleur ou pour le pire, cette élection présidentielle dont nous avions joué le premier acte le 16 décembre 2001, jette un pont vers ces temps nouveaux que nous savons irréversibles quand bien même ils se feraient attendre.
L’époque des voeux, c’est surtout l’heure des promesses aussi belles qu’incertaines et la minute de toutes les incertitudes qui dépassent notre faible savoir. Alors que le Rova d’Ambohimanga rejoint le patrimoine de l’Humanité, on ose à peine espérer que les autres témoins de notre histoire et de notre culture – au premier rang desquels le Rova d’Antananarivo, ses palais, mais surtout ses tombes royales – reçoivent la charité bien ordonnée de nos propres soins. Trimbalant dans le troisième millénaire notre sous-développement tiers-mondiste, on ose à peine espérer que, dans un «foreseeable future», chaque Malgache profite au quotidien du mieux-être élémentaire d’un taux de croissance économique de 6,7%. Empêtrés dans les embouteillages qui encombrent des rues urbaines sans kilomètre supplémentaire depuis les années cinquante d’un siècle révolu, on ose à peine imaginer qu’un urbanisme courageux, ambitieux et visionnaire, nous projette dans le futur pour mieux préserver nos racines : ces «trano gasy», aboutissement de notre syncrétisme architectural, qui font le cachet de la capitale de Madagascar depuis le XIXème siècle ; la plaine rizicole du Betsimitatatra qui valut à la «capitale montagnarde en pays tropical» l’autre surnom de «île au milieu des rizières» et qui donna la puissance économique à la capitale politico-religieuse qu’Antananarivo était depuis le XVIème siècle ; la convivialité de son Zoma légendaire, malheureusement sacrifié au profit d’un outil automobile qui asservit l’homme et lui vole tout l’espace à vivre.
Charnière et transition, plus que carrefour, l’époque que nous vivons ne permet pas les voeux sur la longue durée. Au crépuscule de l’an 2001, et à l’aube de l’an 2002, le siècle que nous n’avons pas encore entamé nous contemple du haut des surprises qu’il nous réserve. Souhaits périssables, certes, meilleurs voeux à consommer de préférence et sans modération avant la date de prescription. Des voeux pour un au jour le jour paisible, des voeux à vue, des voeux à la petite semaine. Des voeux pieux, au nombre fondamental et élémentaire des trois «toko» du foyer malgache. Des voeux simples pour un bonheur sans histoires.
1.Que le candidat proclamé par les institutions de la République, au terme de cette consultation populaire, soit reconnu par tous comme le Président de la République de Madagascar pour un mandat théorique des cinq prochaines années.
2.Que l’opposition se structure pour investir les travées parlementaires et actionner les procédures constitutionnelles de la motion de censure, contre le gouvernement, ou de l’empêchement contre le Président de la République.
3.Que le prochain Président de la République ne verrouille pas la vie politique au risque d’acculer l’opposition démocratique au désespoir de la rue.

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