Editorial

Peste ou rougeole ?

Entre la présidentielle et les épidémies, les chemins semblent faits pour se croiser. Entre Ratsiraka et Albert Zafy lors de la présidentielle de 1997, une épidémie de choléra accompagnait une hausse du taux de prévalence du sida. Il fallait donc choisir le moindre mal entre un ancien Président , seigneur déchu du socialisme,balayé par le « wind of change » des années 90 et un Président déchu par sa propre majorité à l’Assemblée nationale. Mais on ignorait qui incarnait le choléra et qui représentait le sida, toujours est-il que Ratsiraka l’avait emporté avant de finir son mandat par un long exil après un bras de fer avec Ravalomanana à propos des résultats de la présidentielle de 2001. Mais sida ou choléra, le pays ne s’en portait pas mieux. Pire, il souffrait d’un cancer presque au stade de la métastase qu’aucune thérapie n’a pu surmonter jusqu’à aujourd’hui. Le purgatoire est très long et Madagascar résiste grâce à l’énergie du désespoir, l’infime espoir d’un condamné à mort. Le peuple, admirable de courage, incroyable de résilience est toujours debout. Vingt ans après, il est confronté au même dilemme cornélien devant choisir entre la rougeole et la peste, deux maladies qui sévissent actuellement, sans savoir qui des deux candidats au second tour de la présidentielle représente quoi. Il s’agit de choisir le moindre mal tout en ne sachant pas lequel des deux présente le danger le moins dangereux après un mandat et demi pour l’un et un mandat plein pour l’autre. Dans l’un et l’autre cas, leur administration a été marquée par des dérives impardonnables pour un premier magistrat du pays.
L’autre dénominateur commun entre les deux est celui d’être un homme d’affaires dont la réussite n’a d’égale que le penchant pour la richesse.
Difficile donc de faire le choix entre deux candidats qui ont autant de défauts que de qualités. Il faudra se résoudre à jeter son dévolu sur la maladie qui tue le moins rapidement sans savoir lequel des deux représente quelle épidémie. Il faut faire un exercice de style en essayant de coller sur leur visage la silhouette d’une épidémie.
Le choix est d’autant plus difficile que leur campagne électorale est avare de détails et de précisions pour avoir des indices sérieux quant à leurs réelles intentions. La campagne manque d’arguments et de projets cohérents. L’un et l’autre font dans les effets d’annonce qui n’engagent que ceux qui les écoutent et y croient. Il faut donner la prophylaxie aux électeurs pour qu’ils puissent être fixés dans leur choix. Eh oui, ce n’est pas facile de choisir la maladie avec laquelle on doit vivre pour les cinq ans à venir. Si l’épidémie n’a pas raison de votre ténacité en cours de route.

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