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Zafimahaleo Rasolofondraosolo – « Revenons au socle de notre République »

Candidat à la présidentielle, Dama explique ses motivations et sa vision du futur du pays. Il plaide pour un changement du système de gouvernance par une revalorisation du « Fokonolona ».

• Qu’est-ce qui a motivé votre candidature ?
– Ma conscience. Je suis grand père maintenant. J’ai vécu tous les évènements qualifiés de crises politiques dans le pays. Je suis un sociologue, mais j’ai commencé à observer la société malgache dès l’âge de 18 ans. Ce qui m’a amené à écrire la chanson « Adin-tsaina », qui raconte l’histoire d’un homme que sa femme a quitté. Mes chansons, des chansons du groupe Mahaleo ont toujours parlé de ce qui se passe dans la société, des aléas de la vie de la population. Lors de mes études de sociologie, j’ai pris conscience que le pays est dans cet état à cause de son système de gouvernance. Il est dominé par des élites qui comptent 1% de la population.

• Mais pourquoi Dama a-t-il décidé de s’engager et être candidat ?
– Qui parmi ces candidats a pris le temps d’analyser le fond de la crise politique répétitive ? Ce qui importe pour eux, c’est de se bousculer pour diriger, alors que le système qui écarte la grande majorité de la population au profit des 1% d’élites, aucun d’entre eux n’y pense. Aucun d’entre eux ne songe à changer les choses pour renverser cette tendance.

• Ce que vous dites ne se rapproche-t-il pas des idées de la refondation ?
– Les personnes qui parlent de refondation font partie de ce 1%. Certains d’entre eux ont déjà été au pouvoir, ont profité de leur statut de dirigeant. Aussi, j’hésite lorsque soudainement, ils parlent de refondation. Cela confirme que le système où le pouvoir concentré entre les mains de l’État central et qui a créé un gouffre entre lui et le peuple n’est pas efficace. Ce système a été mis en place depuis des dizaines d’années, marginalisant la majorité de la population. Et c’est ce que mes concurrents veulent perpétuer.

• Comment Dama compte-t-il changer les choses alors ?
– Je le redis, je suis sociologue. J’observe, j’identifie le problème et recherche une solution. Je peux affirmer que la solution est un changement du système de gouvernance.

• Quelle est la différence avec les idées de la refondation ?
– La différence est que c’est le « Fokonolona » qui est le berceau de notre Répu­blique. Lorsqu’on pose la question au Malgache lambda, c’est quoi une République, plusieurs n’arrivent pas à répondre. Dans les faits, pourtant, notre Répu­blique c’est le « Fokonolona ». C’est la seule structure malgache où est préservée la valeur d’une République qu’est le sens du bien commun.

• Le « Fokonolona » existe-t-il toujours, lorsqu’on constate que les vols, les meurtres, les vindictes populaires sont quasi-quotidiens ?
– Il faut faire la différence entre « Fokonolona » et « Vahoaka ». Le « Vahoaka » n’a pas d’âme, où il y a les meurtres, l’individualisme et j’en passe. Le « Fokonolona » tient compte du « iray vatsy iray aina », ou le sens du bien commun. L’exemple le plus concret est le « Fokonolona », régi par le « Dina » (pacte villageois), avec comme socle la valeur républicaine qu’est le sens du bien commun. C’est la raison de son efficacité dans la lutte contre l’insécurité. Parce qu’il conserve le « iray vatsy iray aina », la structure organisationnelle, socioculturelle ancestrale qu’est le « Fokonolona » résiste et existe jusqu’à nos jours.

• Vous avez déjà été député à deux reprises. Qu’aviez-vous fait durant vos deux mandats, ou cette idée de revaloriser le « Foko­nolona » est-elle récente ?
– Lorsque j’étais député, j’étais le seul à avoir porté l’idéologie avant-gardiste à l’époque qu’est le respect de l’humanité, « ny maha-olona ». J’étais un candidat indépendant. À Antananarivo, il fallait être élu dans les six arrondissements et non pas comme aujourd’hui, où il y a deux sièges par arrondissement. Cela témoigne de l’adhésion des habitants à l’idéologie « ny maha-olona ». À l’époque, j’ai appliqué la praxis apprise sur les bancs de l’université. J’ai écouté les habitants des quartiers de la capitale. C’est là que j’ai appris les termes « Ambohikobaka » et « Ambalabahoaka ». Une image du fossé qui sépare la structure de base qu’est le
« Fokontany » et la commune.

J’affirme que plusieurs de nos
compatriotes ne veulent plus que la politique et la gouvernance du pays soient entre les mains d’une minorité. Plusieurs souhaitent que la
souveraineté de l’État soit rétablie.

• Concrètement, comment allez-vous faire pour changer le système ?
– Justement, ce sont les constats et les expériences acquises durant mes mandats de député d’Anta­nanarivo et d’Ambatofinan­drahana, qui m’ont poussé. Le fossé est trop grand entre le pouvoir central et les citoyens à la base, entre les intellectuels et ceux qui ne le sont pas, entre le pouvoir qualifié de « Fanjakana » et le monde rural où ce sont ceux qui ont fait des études qui font la loi. Lorsque j’étais député, j’ai plaidé pour une décentralisation du budget, comme ça a été le cas durant la première République. La centralisation du budget n’a commencé qu’à partir du directoire militaire de 1972, et continue jusqu’à nos jours.

• Pourquoi viser la présidence de la Républi­que, et non pas un nouveau mandat législatif ?
– Un député n’élabore pas et n’exécute pas un projet. Sa lutte se limite aux débats parlementaires. Nous parlons de budget, ma lutte consistait en sa décentralisation, pour que la loi y afférente permette réellement aux « Fokonolona » et « Fokontany » d’être souverains dans la gestion de leurs localités. Qu’on leur donne les moyens humains et financiers pour cela. C’est la raison pour laquelle je me suis dit, être député ne suffit plus, puisqu’il faut changer le système de gouvernance du pays. Je suis convaincu que la population malgache  veut une revalorisation du « Fokonolona » et du « Fokon­tany ». Le « Fokonolona » doit reprendre ses droits et ses devoirs. La centralisation à outrance est insoutenable.

• Les débats politiques parlent aussi d’un changement de Constitution pour choisir entre un État fédéral et un État unitaire. Qu’en pensez-vous ?
– Il ne faut pas leurrer la population. Nous avons déjà le « Fokonolona », où peut se régir la sécurité, le foncier et plusieurs autres choses. Il faut changer la Consti­tution, mais ce sera un « fitondram-pokonolona » (un État des Fokonolona). Il faut, cependant, que ce soit un pouvoir issu des élections qui prenne l’initiative d’un changement de la Loi fondamentale. Nous sillonnons le pays, écoutons la population. Le constat est que le peuple ne veut plus d’une nouvelle Transition, avec ses errances et ses excès.

• Comment allez-vous concilier le changement de système avec la gestion du pays ?
– Ce sont deux choses indissociables, puisque le développement part des
« Fokontany ». Il faut prendre en considération le programme des « Fokontany ».

• Changer le système ne nécessite-t-il pas du temps ?
– Notre pays dispose déjà de structure idoine avec les « Fokontany ». Ils sont pour l’instant imbriqués dans un système déconcentré. Il suffit de les ériger en entités décentralisées, accompagnées d’une décentralisation budgétaire.

• Mais vous vous donnez combien de temps pour cela ?
– Il faut dix ans pour remettre en état le système de gouvernance dans le pays. Pour que le développement parte à nouveau de la base. Il faut d’abord être élu pour pouvoir reconsidérer à nouveau la valeur des citoyens à la base. Il s’agira d’une gouvernance de proximité. C’est un concept qui a le vent en poupe, qui existe à Mada­gascar depuis longtemps avec le « Fokonolona » et les « Fokontany ».

• Dama vise donc deux mandats de président de la République ?
– Mon souci n’est pas la durée ou le nombre de mandats, mais le moment opportun pour engager le changement. Nous sommes dans la période idéale pour le faire. L’anarchie et la
loi du plus fort règnent. L’élection devra remettre de l’ordre. Une fois élu, il faudra redonner un nouveau départ et changer les choses.

• Pensez-vous avoir une chance face aux autres candidats et leurs énormes moyens ?
– Je suis un gars qui tourne beaucoup et depuis longtemps, et qui écoute. J’affirme que plusieurs de nos compatriotes ne veulent plus que la politique et la gouvernance du pays soient entre les mains d’une minorité. Plusieurs souhaitent que la souveraineté de l’État soit rétablie, en ont assez de la pratique politique actuelle. Ils sont euphoriques devant la perspective du changement.

• Votre candidature ne risque-t-elle pas de devenir un aventurisme ?
– Vaut mieux ne pas se présenter si c’est juste pour vivre une aventure. J’ai passé quarante-six ans à écouter Madagascar, fait des études de sociologie pour être à même de le connaître. Il ne s’agit pas simplement de tenter ma chance. Le changement que je compte faire cadre avec le précepte de la démocratie participative que connaissent et souhaitent revivre les Malgaches. Il faut juste savoir expliquer aux partenaires internationaux que le « Fokonolona » est le socle de notre République, de notre démocratie. On ne va pas réinventer la roue.

• Qui finance votre candidature, et quelle entité présente votre candidature ou s’agit-il d’un parrainage ?
– J’ai lancé un appel jusqu’à l’international à la redevabilté des Malgaches envers la patrie. Mon appel a eu écho, notamment chez la diaspora. Nous allons incessamment ouvrir un site web pour faire du « crowdfunding ». Je vais, par ailleurs, déposer mon dossier de candidature cette semaine. Vous verrez quelle entité m’a investi pour être son candidat.

• Vous n’êtes pas le seul prétendant à la présidentielle à plaider un changement de système. Qu’est-ce qui vous différencie des autres ?
– Ils ont tous fait partie et jouissent du système. Pourquoi ne parlent-ils de cela que maintenant ? C’est inquiétant. Je suis le seul à ne jamais avoir fait partie du système. J’ai déjà été élu, ce qui est une force. Un point important, selon moi, je suis le seul à ne pas avoir de double nationalité. Un dirigeant doit avoir une seule nationalité. C’est aussi une manière de valoriser la patrie.

 

20 commentaires

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  • J’ai toujours été admiratif des démarches socioculturelles de DAMA. Lors d’une formation proposée aux éducateurs malagasy (1999-2000) j’ai proposé aux apprenants d’effectuer une analyse approfondie sur une de ses chansons « MADIROVALO ». Quelques-uns s’attendaient à des thèmes bien connus de Claude Levi-Strauss ou Edgar Morin ; mais celui de DAMA explore mieux la réalité de la société malagasy. Sa candidature aux présidentielles ne m’étonne pas. Il est le bienvenu dans cette sphère impardonnable convoitée par plus des corrupteurs que des honnêtes gens.

    • Dama est un expert dans la matière de sociologie, mais pas dans la gouvernance. Il nous faut une personne capable de bien gouverner le pays.

    • Ny zavatra tsapako eto amin’ny ity nosin-tsika ity dia raha manna fahaizana iray monja ny olona dia mieritreritra no efa tampom-pahaizana. Ny tiako tenenina fotsiny dia hoe aleo aloha manangom-pahaizana fa manjary vao maika mampitontongana ny firenena.

  • Bonne idée de mais en ce qui concerne la faisabilité, comment peut-on la réaliser? les citoyens on besoin d’un grand projet comme le VINA FISANDRATANA 2030

  • Marina mihintsy ny voalazan’i Dama hoe ny tsy fahaiza-mitantanan’ireo mpitondra tany aloha tany no nahatonga izao zava-misy eto amin’ny firenena izao!Tototrin’ny krizy Madagasikara , misy akony lehibe eo amin’ny seha-panarenana izany.Saro-bahana ny olana arak’izany , amiko mbola tsy mendrika ho anao Andriamatoa Dama ny fitondrana ny firenena fa ilaina traikefa be ny amin’izany.

  • Tsara ho fantatra anefa fa ny fitantanana ny firenena dia mila fahaizana eo amin’ny sehatra rehetra fa tsy vitan’ny fiaraha-monina fotsiny ihany, izay ilay hoe traikefa !

    • Na izany na tsy izany misy ihany ny toerana sahaza azy. Tamin’ny andron’i Rajoelina aza nampidirina daholo izao olona tsy manana traikefa rehetra izao. Izany no nahatonga an’i Madagasikara latsaka tao anatin’ny fahantrana. Soa ihany fa nihezaka mafy ny fitondram-panjakana.

      • Inona marina moa ilay hoe manana traikefa @ fitantanana ny firenena ? Raha ny fijeriko azy @ izao zavamisy izao dia ilay traikefa voatonona lava eto toa ilay fahaizana manao kabary ambony vavahady sy kopaka ambava ! Izay mihintsy no mahatonga ny firenentsika tsy ho tafarina hatramin ‘izay .Mazava be le constat hataon ‘i Dama : Nanomboka t@ taona 1972 no nitotongana tanteraka i Mada teo @ lafiny rehetra;Economie sociale; civisme;sécurité;santé;éducation sy ny sisa tsy ho voatanisa ! Mipetraka ny fanontaniana : Nitondra ny vahoaka malagasy aiza marina la fameuse date du 13 Mai sy le kianja malaza fanaovana tolona ? Tsotra be ny valiny ; Nitondra antsika any ankady ! Vao tonga ilay fitondrana miaramila dia very zo tanteraka ny sarababembahoaka ! tonga ny gaboraraka satria tonga teo @ ireo manana traikefa ! 50 Taona aty aoriana 80% ny gasy lasa mitrongo vao homana ! Miverina foana le tantara eo @ ilay kianja 13 Mai ! vao maika milentika ny sambo e! Ireo le mpitondra manana traikefa

  • je pense que ce chanteur Dama n’est pas à la hauteur pour gouverner le peuple Malagasy , parce que ce n’est pas de la musique mais c’est la vie de la nation qui est en jeu.

    • Et le DJ alors?
      Est-ce qu’il est question de disco ou des grands shows… plutôt que de la vie de la nation?
      Arrêtez avec vos propos « pas digne », « pas à la hauteur »…
      qui est digne? qui est à la hauteur?

  • Tena kely ny fanantenako raha toa ka i Dama no hitondra firenena anh , marina fa mahay mandinika ny zava-misy eo amin’ny fiaraha-monina , saingy maro ny zavatra takian’izany atao hoe « filoham-pirenena » izany . Ary tena sarotra izany mitantana firenena izany , indrindra moa fa izy efa potikin’ny krizy io!

  • En effet, Dama est très érudit, il n’est pas un expert en politique, il ne devrait donc pas se présenter aux élections Parce que la politique exige des compétences particulières

  • Metimety aminy kokoa raha mpanolotsaina fa tsy filoha satria izany no mifanaraka @ marim-pahaizany. Ilaina ny olona tahak’azy fa mbola sarotra ho azy kosa ny hitantana firenena izany

  • Ekena hoe manna tsangan-kevitra iano ruy Dama fa kosa izahay vahoaka ohatran’ny tsy mino anao izany, mbola maro zavatra hafenina ianao ao an-tsainao ao.

  • Tsy ampy handresena lahatra ny vahoaka ny fehin-kevitra avoakanao, satria ny fiainana @zao dia tsy atao « IMAGINAIRE » foana fa mitaky fahavononana hiasa avy hatrany.

  • Tsara ny fandavan-tenany fa mbola sarotra ho azy no hitondra firenena izany. Marina fa manam-pahaizana izy ary efa nandinika efa ela ny firenena, fa tsy ampy ho entiny amaha ny olona sy hitondrana ny firenena izany.

  • Marina loatra fa ny fokonolona io ihany no fototra tsara hananganana indray an’i Madagasikara ho firenena vanona. Olona sahy mijoro amin’ny fahamarinana toa an’i Dama no ilain’ny firenena fa tsy ny be vola sy be diplôma. Rehefa ireo no taratry ny « fokonolona fa tsy ny vahoaka » dia ho resy lahatra izy hiara-manarina ny firenena iombonana

  • izao aloha dia mihaiky fa olon’ny fiarahamonina i Dama amin’ny maha-Artiste azy , kanefa mbola sarotra amin’ny ny hitondra ny firenena raha izany satria mila fahaizana manokana izany mitantana izany, izay hitako fa izany tsy fahaizana mitantana izay no mbola tsy ampy an’i DAMA