L'Express de Madagascar

Gasy pillage

Combien faut-il pour organiser une campagne électorale minimaliste? C’est à dire mobiliser vingt six mille délégués dans les bureaux de vote, les rémunérer au moins 10000 ariary par personne, faire des tournées dans les cent vingt districts en voitures ou en hélicos, confectionner des flyers et des affiches, commander des t-shirts par million, réquisitionner des artistes pour chaque concert, acheter les supports de communication pour les matraquages médiatiques,louer des jets privés pour se donner l’image d’un bon candidat, payer la caution, courtiser les délégués des autres candidats pour qu’ils modifient les résultats….. Au bas mot un bon candidat doit avoir dans son coffre au moins 20 milliards d’ariary pour faire bonne figure. Il faut tripler la somme pour avoir un bon score et intégrer le top 5.
Ceux qui font un investissement direct pour espérer être élus et avoir la main mise sur toutes les richesses nationales une fois élus cassent carrément la tirelire et mettent sur la table pas moins de 100 milliards d’ariary. Il est bien évident que ce sont les sponsors qui paient. La plupart du temps ils misent sur plusieurs candidats pour avoir la certitude de trouver le gagnant. Celui-ci ne se fait pas prier et se trouve pied et poing liés avant d’être élu. Le deal concerne les secteurs porteurs comme la communication, les mines, l’énergie, l’hydrocarbure, l’immobilier, le foncier chasse gardée d’une poignée de puissants opérateurs.
L’argent du kidnapping pourrait également être blanchi dans l’élection. Ce qui expliquerait la fréquence des rapts ce dernier trimestre.
Il y a donc énormément beaucoup d’argent qui est mobilisé dans cette élection. Il y en a plus que le budget de l’État. Les milliardaires se bousculent au portillon pour acquérir le pays le plus pauvre au monde. À se demander s’il s’agit vraiment de patriotisme. Tous ces richissimes candidats auraient mieux fait de mettre toute cette fortune colossale dans un « basket fund » destiné à réaliser des projets de développement urgents à l’instar d’écoles, de logements sociaux, d’hôpitaux, de routes ou à équiper les forces de sécurité.
Les fonds de propagande des candidats sont certainement supérieurs aux subventions octroyées avec condescendance et parcimonie par les partenaires étrangers.
À défaut d’avoir pu limiter les fonds de campagne à cause du feu vert donné par la Haute Cour Constitutionnelle pour les financements étrangers, la Ceni aurait dû exiger une campagne décente par respect aux 10 millions d’électeurs qui ne touchent que 1,90 dollar par jour selon les bailleurs de fonds. C’est carrément une insulte que de faire preuve d’une campagne ostentatoire où l’argent coule à flot au milieu d’une foule qui souffre le plus de l’extrême pauvreté depuis presque 10 ans.
En 1982, le nationaliste Monja Jaona avait montré que l’on pouvait tenir tête à une croque-mitaine, fut-il Ratsiraka sans aucun moyen mais avec des idées et beaucoup de conviction. Le recours aux artistes n’était pas encore de tradition et d’ailleurs Monja Jaona n’avait pas de budget pour leur cachet, les meetings se faisaient sans le moindre artifice mais il y avait foule. Monja Jaona aurait pu faire un meilleur score avec des moyens égaux et un scrutin transparent.
Beaucoup de candidats estiment qu’un trésor de guerre, une communication du tonnerre suffisent pour l’emporter. Ils n’ont pas tort étant donné qu’avec un électorat qui a le même niveau de culture et de connaissance qu’eux, il suffit souvent d’une bonne apparence pour faire la différence. Avis à ceux qui ont une tronche de body-builders.