Editorial

Mai…pris

Les médiateurs internationaux sont arrivés comme prévu. Ils viennent nantis d’une mission pour ramener la paix et la sécurité dans un pays membre de l’ONU, de l’UA, de la Sadc ou de l’Oif. C’est classique lorsque la démocratie, la paix et la sécurité sont en danger, même si le pays concerné n’appelle pas au secours. C’est automatique dans le cadre de la défense de la paix et la sécurité, principal objectif de tous les organismes internationaux. L’ONU peut même envoyer ces fameux casques bleus s’il y a nécessité quand le conflit est violent comme c’est le cas dans certains pays de par le monde.
Ils sont venus sans se faire de grosses illusions quant au résultat de leur mission. Le conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Abdoulaye Bathily a été on ne peut plus clair en affirmant que la solution de la crise est d’abord entre les mains des Malgaches. Ce qui ne signifie pas qu’ils ne vont pas remplir leur mission. Pour qu’il y ait une solution, elle doit venir des parties en conflit. Elle ne peut pas être unilatérale ni d’un côté ni de l’autre.
Pour le moment l’affaire se complique entre les députés opposants qui se croient en position de force et refusent tout dialogue et un pouvoir plus ou moins affaibli par la position des militaires qui ont décidé de se mettre à l’écart des querelles politiques.
Les députés opposants ne veulent même pas entendre parler de médiateurs internationaux à partir du moment où les forces armées ont décidé de cesser les interventions musclées contre les manifestants. Or, ils ont fait le tour des chancelleries et des organismes internationaux pour dénoncer les abus du pouvoir par rapport à la démocratie et la dictature imprimée par le régime Rajaonarimampianina. Si les médiateurs internationaux viennent, c’est dans un sens pour répondre à leur appel.
Aujourd’hui ils les accueillent avec un cinglant mai…pris, sûrs de leur démarche pour obtenir la démission de toutes les autorités grâce à leurs manifestations quotidiennes. Faute d’efficacité jusqu’ici, le mouvement se radicalise lentement et sûrement. Les adversaires de la dictature sont en train d’imposer la dictature à tout le monde en obligeant les employés à grossir les rangs des manifestants à coups de menaces et d’intimidation. Voilà donc les dirigeants de demain en train de montrer leur vrai visage.
Renier la médiation internationale c’est se diriger vers une autarcie que Madagascar ne pourrait pas supporter vu le niveau actuel de la pauvreté et surtout la géopolitique internationale. C’est de la pure démagogie que de promettre une telle stratégie pour sortir le pays du gouffre. Ceci dit, la médiation internationale n’est pas exempte de tout reproche. Elle a compliqué les choses en 2009 en intégrant dans les négociations, des fichiers que l’histoire a rangé dans les corbeilles alors que la crise ne concernait que deux fortes têtes. La résolution aurait été plus facile avec deux garnements qu’avec quatre abrutis. Elle est en train de refaire la même erreur en parlant de dialogue inclusif dans un imbroglio qui implique trois enfants prodigues de l’Imerina qui luttent pour le « royaume ». Deux prétendants que tout oppose se sont alliés pour détrôner celui qui est aux manettes  lequel refuse de céder la direction. Une guerre de leadership se profile dans cette alliance précaire laissant croire que les négociations seront inévitables tôt ou tard.
On a vu que les médiateurs sont terriblement patients. Ils ont mis quatre ans pour régler la crise de 2009. Ils sont prêts à rempiler pour la même période, soit carrément un mandat. Voilà, le décor est planté. La médiation, c’est à prendre ou à laisser. Après tout le monde s’en fout royalement que l’on figure derrière le dernier du classement mondial de la pauvreté. Un rang devant ou derrière, qu’est-ce que cela peut changer. Cela ne peut pas être pire.

par Sylvain Ranjalahy

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