Editorial

Voeux sinchers

On reprend les mêmes et on recommence. On ne déroge pas à la tradition avec la grande messe d’Iavoloha où plus d’un millier d’invités vont assister aux présentations de vœux ce jour. Un rendez-vous qui se tient à la veille de la proclamation des résultats officiels de l’élection présidentielle par la Haute Cour Constitutionnelle. Pour le président par intérim, hôte des convives, il s’agit de son premier et dernier acte dans ce genre de cérémonie. Une bonne raison de ne pas le rater pour son passage à la tête de l’état au détriment de son ancien patron contraint de démissionner selon les dispositions constitutionnelles. Une première donc dans les annales de la République qui coûte cher à l’état.
La question n’est pas de savoir si un président par intérim est habilité à organiser cet événement mais de savoir si une telle cérémonie est opportune dans la conjoncture actuelle. D’abord avec son coûts on peut sauver beaucoup de vies à en juger les nombreux appels de détresse sur les réseaux sociaux, à aider la Jirama à acheter du fuel et atténuer le délestage, à acheter des ambulances pour les hôpitaux publics, à payer les bourses des étudiants, à aider la Samva dans le ramassage d’ordures, à aider la Cua dans la maintenance des rues de la capitale… Ce ne sont pas les priorités qui manquent.
Le pays souffre surtout de la mauvaise gestion de ses ressources, de son budget, d’un manque de réalisme et de priorisation des actions à entreprendre. Avant d’avoir un joli projet de société ou un programme mirifique, il faut d’abord une gestion rationnelle du budget de l’état. Ce serait déjà un grand pas en avant et résoudra plusieurs problèmes. Il suffit de voir le parc automobile de l’Etat depuis que les plaques rouges ont été ré instaurées pour réaliser l’ampleur du gaspillage et des dépenses inutiles de l’administration.
On ignore si le prochain président élu prévoit de refaire la cérémonie après son investiture, toujours est-il qu’une fois coûte déjà la peau des fesses. En 2011, les cérémonies à Iavoloha se faisaient à plusieurs reprises avec une cérémonie chacune pour les politiciens, les sportifs, les artistes, les journalistes….
Il faut sérieusement réfléchir sur la suppression de cet événement qui ne sert pas à grand- chose pour ménager les finances de l’Etat.
Au plan politique, la cérémonie se tient dans une conjoncture tendue. L’atmosphère est alourdie par le contentieux électoral qui oppose les deux candidats du second tour. On ignore s’ils vont honorer l’invitation du président par intérim ou pas. S’ils sont présents, il est difficile d’imaginer qu’ils vont se mettre à la même table sans procéder à un troisième débat qui risque, cette fois, de dégénérer. Ils vont sûrement se souhaiter les vœux les plus « sinchers ». L’appétit risque, dans ce cas, de bouder la cérémonie.
Mais cela pourrait aussi être l’occasion de les réconcilier et d’aplanir les différends. Les plats peuvent peut-être réussir là où les urnes ont visiblement échoué. C’est l’occasion où jamais de concrétiser le slogan « le plus important, c’est la fraternité » ou encore « bâtisseur et non destructeur ». Si cela ne peut pas se réaliser à ce niveau, la suite n’est que baliverne.
Si aucun des deux n’est présent ou si l’un des deux est absent, cela voudra dire que l’un ne lâchera pas l’autre d’une semelle pendant son mandat. C’est d’autant plus certain que le verdict de la HCC ne plaira jamais au perdant. Les vœux que l’on formulera à cette occasion risquent de ne jamais être exaucés. Du moins, celui de voir la HCC prononcer une égalité parfaite entre les deux candidats et de donner la victoire au benjamin ou au doyen ou de procéder à un tirage au sort qui sera tout de suite contesté par le perdant. Que dit la Constitution dans ce cas précis ? Rien.

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