Notes du passé

Une procédure sommaire pour condamner Rasalama

Depuis la décision de Ranavalomanjaka du 2 mars 1835, renforcée par celle du lundi 2 mars, les chrétiens qui refusent d’abjurer leur foi, se cachent pour pratiquer. Rasalama notamment découvre dans les environs du village de Manjakaray, une grotte où elle peut prier avec quelques autres croyants. Mais la perpétuelle menace qui plane sur sa tête, finit par se concrétiser. En effet, le 22 juillet 1837, ses esclaves la dénoncent au gouvernement espérant en obtenir une forte récompense. L’avocate générale, Berthe Raharijaona, parle des conséquences de cette délation, dans un article paru dans la Revue de Madagascar en 1963.

« Arrestation par des officiers et des soldats, perquisition et découverte de livres pieux chez son frère chez qui elle était logée, condamnation immédiate à voir ses biens enlevés par la populace, mise aux fers, aucune instruction judiciaire : telles furent les phases de la procédure sommaire à laquelle elle fut soumise. » Le soir même, elle est emmenée et sa garde, de jour comme de nuit, est confiée à un officier. Toutefois les fers lui sont enlevés.
Le 4 août, avec quinze autres coreligionnaires, elle est trainée au Palais de Justice d’Ambaton­drafandrana. Une audience solennelle s’y tient, en présence des chefs, des officiers et « d’une foule convoquée par un kabary ». L’avocate générale précise que les accusés doivent y assister, non pour être jugés, mais « pour être montrés au peuple et servir d’exemples ». Bref, « leur condamnation fut simplement portée à leur connaissance : l’esclavage à perpétuité, sans possibilité de rachat par la famille ». Aussitôt, la sentence prononcée, ils sont partagés entre les officiers, et Rasalama est « confiée » à Ramiandravola « qui avait la réputation d’être un maître impitoyable ».
Le 13 août, Ramiandravola prie Rasalama de coudre, mais comme c’est dimanche, elle refuse. Son maitre va immédiatement rapporter le fait au Premier ministre Rainiharo. À son tour, ce dernier s’empresse d’aller trouver la reine qui, très remontée, la condamne « à être exécutée, le lendemain matin, à Ambohipotsy à coups de lance ». Remise aux fers, Rasalama passe sa dernière nuit dans une petite prison provisoire, près du temple d’Ambatonakanga.

Berthe Raharijaona s’efforce dans son article de « décrypter » Ranavalona Ire qui laisse une réputation de reine cruelle. Toutefois, souligne-t-elle, dans le procès de Rasalama, « nous n’avons pas le droit de porter sur elle un jugement trop rigoureux. Et même, nous estimons que nous devons lui accorder les circonstances atténuantes. » Pour l’avocate générale, elle agit en souveraine de son siècle. Elle est bien « la femme superstitieuse de son époque, celle où ses conseillers sont avant tout les devins et les prêtres redoutés des idoles très puissantes, où le juge suprême de tout son royaume était un poison, le tangena. »

À cette époque, le christianisme se présente à elle comme un sacrilège, certes, mais surtout comme une offense politique : « En même temps que ses sujets méprisaient les idoles de leurs pères, ils cessaient aussi de prier les Ancêtres qui avaient fondé le royaume. » De plus, malgré cette volonté d’extirper le christianisme de son royaume, elle sait accueillir les « sages observations » qui lui sont faites en Conseil pour préparer le grand discours du 1er mars 1835. Ce Conseil a lieu le 25 février. La veille, elle reçoit une longue liste de chrétiens, en est scandalisée et jure de les exterminer. Un officier, Rainingitabe, ose se lever pour affirmer que les chrétiens sont « parmi les hommes qu’il commande, les plus zélés au travail, les plus dignes de confiance, les plus éclairés et les supprimer serait une pure perte ». La reine tient compte de cette observation.
Dans un autre Conseil des chefs de l’Imerina, il est débattu si, pour extirper le christianisme, on ne devrait pas condamner à mort deux des chrétiens les plus en vue dans chaque région de l’Imerina : le Conseil rejette la suggestion et la reine n’insiste pas.

Pour l’avocate générale, enfin, « Rasalama aurait pu subir la peine capitale dès son arrestation pour ne pas s’être confessée publiquement, pour avoir gardé des pièces à conviction chez elle et pour avoir été dénoncée. Ce qui n’eut pas lieu (…) la reine fit preuve de clémence (…) avant de céder à un mouvement de colère pour un simple refus de coudre le dimanche ».

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