Editorial

L’idiot des jeunes

Les enseignants ont repris les cours de guerre lasse sans avoir eu totalement satisfaction. Autant l’État s’est empressé de trouver d’on ne sait où 24 milliards d’ariary pour compléter le budget nécessaire pour l’organisation de l’élection après l’adoption de la loi de finances rectificative à l’Assemblee nationale, autant il s’est fait tirer l’oreille pour accepter les revendications des pauvres enseignants dont certains n’ont pas changé de chemise depuis le début de la grève. Ils s’en mordent d’autant plus le doigt que certains leaders syndicaux les ont menés en bateau avant de les abandonner purement et simplement lorsqu’ils ont eu ce qu’ils cherchaient. Meneur de grève, icône des maîtres Fram, il est coutumier de ce genre de volte-face mais les enseignants lui obéissent au doigt et à l’œil. Tels des moutons de Panurge, les enseignants mis sous pression par l’idiot des jeunes ont cessé presque simultanément les cours. Puis il a fallu d’une simple conférence de presse du fameux leader pour que le mouvement s’arrête illico presto. Il ne reste plus que quelques irréductibles qui continuent à arpenter les rues de la capitale en désespoir de cause.
Depuis que les soi-disant députés du changement et les partis politiques ont arrêté les meetings quotidiens du parvis, les syndicats des enseignants auraient dû se rendre à l’évidence. Ils ont servi de marche -pied aux leaders politiques devenus ministres, directeurs de cabinet ou conseillers spéciaux.
L’idiot de service est l’exacte réplique des prétendus députés inflexibles qui ont juré de ne pas abandonner la lutte si « Ressort » ne quitte pas le pouvoir. Dès la nomination du Premier ministre de consensus proposé à leur insu par leur propre parti, ils ont eu l’oreille basse et ont remercié de tout cœur Monsieur le Président.
Et la dernière députée fidèle au parvis, qui croyait avoir la maîtrise totale de la situation a fini par s’éclipser dans une discrétion totale.
Entretemps, celui qui a profité des résultats de l’événement du 21 avril, l’idole des jeunes, sillonne le pays pour sa campagne oubliant complètement les syndicats et les enseignants dont les revendications remontent d’ailleurs à la période de transition.
Le dossier de candidature ne comporte, hélas, les faits d’armes des candidats ni les promesses non tenues. La moralité devrait pourtant être le premier critère de sélection des candidats. L’énorme somme investie dans la campagne est un investissement que le candidat se fera rembourser une fois élu. Son arrogance financière dans un contexte d’extrême pauvreté constitue un cynisme flagrant et justifie les plaintes déposées par Pety Rakotoniaina pour enrichis­sement illicite. Son budget électoral devrait suffire pour résoudre beaucoup de problèmes sociaux. La campagne doit se faire avec des idées et des projets et non avec des billets et un étalage de moyens. Un futur président doit avoir un minimum de décence et le sens de la mesure. Il est complètement inutile d’organiser des shows politiques impressionnants pour un candidat qui a déjà eu un mandat de cinq ans pour convaincre l’électorat. On a pu voir ce qu’il a dans la tête, dans le ventre et dans les muscles. Dans les banques aussi bien évidemment.
Les grévistes ont bien appris qu’ils tirent toujours les marrons du feu. Les élèves sont les premiers à en payer les frais. Ils vont devoir passer les examens après trois mois d’arrêt des cours. Il y a fort à parier que les taux de réussite seront les plus bas de l’histoire. Ce qui arrange certains candidats. Plus les électeurs sont peu cultivés, plus il est facile de gagner une élection pour les candidats médiocres. Démocratie est bel et bien l’anagramme de médiocratie.

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