Editorial

Petit Modèle

Un nouveau patron à Mahazoarivo. Il s’agit de Christian Ntsay, grand technicien, frère de l’ancienne ministre Cecile Manorohanta et d’Abel, ancien président de la fédération malgache de basket-ball. Un choix plutôt inattendu étant donné que tout le monde s’attendait et le parvis espérait, un Premier ministre tiré parmi les thuriféraires du 13 mai, un tribun parmi les trois tireurs d’élite. Le Président a choisi le moins politique et le plus consensuel d’entre tous. Un choix qui a surpris les manifestants du parvis dans un premier temps. Au moment même où la présentation du nouveau Premier ministre se déroule à Iavoloha, les députés du parvis vocifèrent contre une nomination qui n’aurait pas reçu leur aval. Puis dans la soirée, ils ont dû faire profil bas lorsque leur gourou leur a dit que l’heureux élu a été bel et bien proposé par Mapar.

Du coup, c’est l’autre aile de l’alliance inceste, en l’occurrence le TIM qui sent une fumée sortir des narines. Le choix a été également fait par dessus la tête. Tous les vocabulaires péjoratifs affublés à Mapar, rangés dans le tiroirs depuis deux mois ont ressurgi. L’ambiance risque d’être indescriptible ce jour au parvis où malgré l’assurance donnée par Andry Rajoelina, la nomination a été prise comme une douche froide.

C’est dans ce contexte que Christian Ntsay devra former son gouvernement en sept jours. Une véritable gageure. A-t-il reçu carte blanche pour vouloir accepter de céder son fauteuil de haut fonctionnaire international contre un poste de Premier ministre de quatre mois ? Dans le cas contraire il sera à la merci des extrémistes de Mapartim qui ne veut pas entendre le nom d’autres partis dans le gouvernement. Mais logiquement la nouvelle équipe, dont la mission principale est d’organiser des élections admises par tous, devrait être à l’image du Premier ministre. Consensuel, neutre et apolitique. Autrement dit, il ne devrait pas subir de pression si un préalable avait été établi pour qu’il accepte le poste. Il ne devrait pas y avoir non plus de course aux strapontins étant que la finalité n’est pas d’exécuter un quelconque programme mais de parfaire le processus électoral. Dès qu’il y a un élément politique, d’où qu’il vienne, dans le mécanisme, cela pourrait enrayer toute la machine.

De toutes ces conditions dépendent la réussite ou l’échec du nouveau Premier ministre, de sa longévité à Mahazoarivo. La formation du gouvernement sera un premier test pour lui. Il devra mettre son empreinte et prouver à la population qu’il est là d’abord pour redonner espoir, pour moraliser la vie politique, pour remettre en place la discipline. Avec sa personnalité bien tranchée, il ne devrait pas connaître trop de problème pour y parvenir. C’est d’autant plus facile que sa tâche est déjà cadrée par l’arrêt de la HCC qui stipule que la clé de répartition des sièges du gouvernement doit se conformer aux résultats des législatives. Et que les ministères régaliens restent la chasse gardée du Président.

Bien évidemment il y aura comme d’habitude beaucoup de prétendants pour peu d’élus. Il y aura d’autant moins d’élus que la réduction du nombre de départements de trente deux à dix-huit par exemple ne serait pas un mauvais signal. Des départements comme le secrétariat général chargé des relations internationales, le ministère de la Jeunesse et des sports, le ministère de la Culture, le ministère de la formation professionnelle… ne servent qu’à détourner des fonds.

Christian Ntsay a tous les atouts pour accomplir sa mission. C’est l’occasion ou jamais de montrer que les techniciens peuvent faire mieux que les politiciens dans la gouvernance et gestion des affaires nationales. Si depuis son élection, Rajaonarimampianina avait procédé de la sorte, il n’en serait pas là aujourd’hui. Sinon il risque de ressembler à tous ses prédécesseurs. Des chefs d’institutions qui fonctionnent avec une manette. Des Premiers ministres PM en somme ou PS, play station.

par Sylvain Ranjalahy

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