Editorial

Sans eau et sous l’eau

Gênant paradoxe pour les habitants de la capitale. La ville croule sous l’eau dès les premières pluies rendant la circulation compliquée et aggravant le problème de saleté alors que les foyers manquent d’eau depuis plusieurs jours. Eh oui, avec les remblais sauvages de tous les marais à l’intérieur et autour d’Antananarivo, conjugués à la défectuosité de presque tous les égouts, la capitale sera bientôt immergée sous des eaux d’ordures marinées depuis plusieurs jours faute d’enlèvement régulier.
Il a fallu trois jours de pluie pour que la capitale soit noyée dans des mixtures désagréables et dangereuses pour la santé. Il faut s’attendre à l’explosion de maladies contagieuses étant donné que toutes les conditions sont réunies pour la propagation d’une épidémie. La rougeole fait déjà beaucoup de ravages malgré la tentative des autorités de museler l’information et de maîtriser le bilan.
La population patauge dans cette saleté inénarrable aussi bien dans les bas quartiers que dans les bons quartiers où la défaillance des canaux d’évacuation, les constructions illicites dépourvues d’évacuation retiennent l’eau en surface pendant plusieurs jours. Mais le drame est que la majorité de la population est privée d’eau dans leurs foyers pour garantir l’hygiène à moins de sortir sous la pluie et prendre une douche froide comme le font les gens du Sud désertique quand la nature se montre généreuse. Les campagnes de sensibilisation de lavage de la main avec du savon n’ont plus aucune raison d’être faute de la matière première qu’est l’eau.
Les robinets sont à sec depuis plusieurs jours. Ceux qui ont les moyens recueillent l’eau de pluie dans des récipients pour pallier la défaillance de la compagnie distributrice d’eau. Pourvu que la pluie dure toute l’année. Les abonnés ne savent plus où donner de la tête, étant donné qu’il ne s’agit pas d’un problème d’étiage ou de sécheresse.
Le plus grave pour la ville d’Antananarivo est que le problème se complique davantage d’une année à l’autre. Les sensibilisations sur la nécessité de ne pas jeter les ordures dans les égouts ne suffisent plus. Avec une population de plus en plus nombreuse, de plus en plus pauvre, de moins en moins cultivée et éduquée, au fil des années, la tâche est de plus en plus immense. La population est imperméable à toute discipline, à toute réforme, à toute mesure d’assainissement. D’ici quelques années, toute la ville sera sous l’eau et les immondices. Seul le toit de Manjakamiadana restera visible de loin. Une vision apocalyptique certes mais bien réaliste si Antananarivo continue à être le champ de bataille des leaders politiques, si l’assainissement de la ville continue à être l’objet de chantage et de luttes politiques intestines, si la mairie et la présidence de la République ne comprennent pas qu’il s’agit de la capitale du pays et que sa gestion incombe aux deux parties. Le prochain président aura du pain sur la planche pour redresser cette situation dramatique. Les crises successives ont fini par faire d’Antananarivo une ville pratiquement ingérable et dont l’avenir est sérieusement compromis. Elle est la deuxième Ville d’Eaux… usées.

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