Editorial

Quatre Mi ami

Les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient. On connaît bien le Madagascar qui ne s’agenouillera jamais, l’autosuffisance alimentaire, les trente cinq mille logements par an… de l’Amiral Didier Ratsiraka qui a fêté ces 82 piges, hier, sans qu’aucune de ses divagations avec lesquelles il a embobiné la population pendant un quart de siècle, ne soit devenue réalité. Il a fait visiblement des émules car tous les candidats à la présidentielle semblent emboîter ses pas.
Ravalomanana avait promis en 2002 de transformer les pauvres en Crésus, de doter chaque foyer d’une Renault 4 et d’un frigo. Rajoelina y allait avec son tramway, son vary mora, ses hôpitaux gratuits, ses logements pour jeunes… en 2009. Il revient à la charge avec des projets mirobolants dont une nouvelle ville, une métamorphose de Tana, une transposition de Miami à Toamasina et on en passe et des meilleurs. Des projets à l’image de personne qui est un magicien du spectacle comme il vient de le rappeler à ceux qui l’ont oublié samedi à Antsonjombe. Il a certainement les moyens de ses ambitions. Avec les moyens qu’il déploie durant cette campagne électorale, on n’en doute pas une seconde. Là où on se pose des questions, c’est sur l’opportunité de ses projets.
C’est bien de faire rêver la population avec des artifices et il est facile de la berner avec du pain et des jeux, mais on se demande comment des « quatre mi » qui composent 80 % de la population selon la Banque mondiale vont s’adapter au luxe et aux lustres d’une ville comme Miami. Beaucoup n’ont aucune idée à quoi cela ressemble. Ceux qui ont encore le pouvoir de rêver dans leur sommeil su bord du canal Andriantany préféreraient certainement commander un toit décent, trois repas bien garnis par jour aux habits de lumière de la célèbre ville américaine. À Toamasina, Miami est d’ailleurs synonyme d’une soupe recommandée dans un restaurant de la ville.
Le développement ne se résume pas à la magnificence de la cité, aux éclats des infrastructures. L’amiral Ratsiraka avait bien défini le développement de tout l’homme et de tout homme dans une société où règne l’équité et l’harmonie. Hélas, il a légué une société pourrie, minée par la corruption, gangrenée par la concussion, déchiquetée par l’anarchie. Il est inutile de faire des projets grandiloquents quand la majorité de la population patauge dans une extrême pauvreté et dont la priorité est la survie à travers des vols et du vandalisme. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir les éclairages publics solaires sur la RN 1 dont les poteaux sont sciés ou arrachés par ceux qui n’ont d’autres ressources que les biens publics.
À l’allure où vont les choses, les lendemains de l’élection présidentielle vont être pires. On ne sortira pas de l’auberge.
L’urgence, pour le moment, est de donner à la population du travail et de quoi vivre pour enrayer la pauvreté. Le rêve est interdit pour un estomac vide et un cerveau sous alimenté. Le sommeil est juste un sursis avant l’issue fatale. Moralité, il faudrait revenir d’abord aux fondamentaux, en l’occurrence, la politique du ventre. Cela au moins, 80 % peut le comprendre et ne demande d’ailleurs que ça.

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