Chronique de Vanf

Le business de la rentrée scolaire

Chapô : Juste par scrupule, ce caillou qui empêche de bien marcher. Parce que, pas plus qu’on y a guère fait attention, voilà cinq ans, aucune raison que le sujet fasse la Une aujourd’hui. Allez, juste une pensée particulière pour toutes ces mamans (pourquoi ce sont toujours les mères qui s’y collent, d’ailleurs, peut-être parce qu’elles adorent ça) qui étiquettent, scrupuleusement, patiemment, amoureusement : crayons, stylos, équerres, compas, rapporteurs, trousses, cahiers, dictionnaires, livres… Les enfants, un jour, vous saurez vous souvenir que «C’est Maman».

Qualität. Made in Germany : «Wir entwicken und produzieren ausschliesslich in Deutschland. Damit garantieren wir höchste Produktquälitat». «Nous développons et produisons nos stylos exclusivement en Allemagne. Cela nous permet de garantir la haute qualité de nos produits et le respect des rigoureux standards écologiques et sociaux exigés en Allemagne». Le «Made in Germany», dont j’ai gardé le souvenir, labelisait des magnétophones, des téléviseurs ou des bougies d’allumage automobile. À l’époque, le souci n’était ni écologique ni social, mais simplement d’efficacité et de solidité. Je n’ai pas compris que la «Deutsche Quälitat» importait autant jusque sur de (simples) stylos Schneider.

Corvina (Italie), Reynolds (France), Nataraj (Inde), etc. Pour ma part, j’en étais resté au bon vieux «Bic» : stylo standard, universel, bon marché, interchangeable, jetable, mais capable d’écrire sur 200 kilomètres selon Discovery Channel.

Le rituel de la ruée vers les fournitures scolaires est suffisamment décliné à tous les modes des marronniers journalistiques sur chaque chaîne généraliste du bouquet satellitaire, pour que, jusqu’à la périphérie du village planétaire, on se reconnaisse dans cette autre Humanité globale du business autour de l’enfant-roi.

Le droit de dépenser pour l’interminable liste des fournitures exigées par l’école, vient en dernière cataracte d’une cascade de préalables : droit d’examens, droits d’inscription, écolages. Et, partout où s’affiche le mot magique de la période août-septembre, «Fournitures», des centaines de parents, pris par la fièvre de l’achat obligatoire, obsédés par la date-butoir plusieurs semaines avant la rentrée proprement dite, malades d’anxiété à l’idée de rater les meilleures affaires. Vite, vite, quoi, quoi, où, où, ça, ça, là, là. Ils sont tous en mode oeillères, ne fonctionnant qu’en aller-retour compulsif des yeux entre la sacro-sainte liste et des rayons dont on a peur qu’ils se vident avant de dénicher la bonne couleur de protège-cahier, le bon format de multiples cahiers, la marque la plus convoitée de stylos, de crayons, de gommes.

C’est étrange qu’un propriétaire d’école n’ait toujours pas eu l’idée de créer sa propre centrale d’achats. Le business de la rentrée scolaire, le business de la scolarité tout court, est une filière parfaitement intégrée : la liste kilométrique de l’école se prolonge naturellement par les kilomètres de rayonnages d’abondance dans les magasins, entre le vraiment utile et le parfois futile. Pour en revenir au stylo Bic : autrefois, il nous suffisait de trois couleurs, bleue, noire et verte, le stylo rouge étant interdit puisque réservé à la correction des profs : alors, à quoi bon les packs actuels de 12, de 16, de 24, stylos de toutes les nuances improbables ?

Le système est bien rodé. Le besoin intégré. Les parents en victimes consentantes. Les enfants en agents attentifs de la société de consommation. Cette Chronique n’y changera rien, mais il fait du bien de pouvoir pousser un coup de gueule d’amère lucidité. Qu’ils sachent lire et écrire ! Il est quelque part rassurant que les PPN (produits de première nécessité) de la génération console demeurent les outils de l’instruction.

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