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CHRISTIAN NTSAY – Un Premier ministre sans étiquette à Mahazoarivo

Le nouveau Premier ministre a été nommé, hier. Issu d’un consensus avec le Président et adoubé par Mapar, il est, de prime abord, dépourvu de couleur politique.

Le dénouement ? À l’issue d’une jour­née marathon pour la presse, le nom du Premier ministre de consensus a été révélé par Hery Rajaonari­mam­pianina, président de la République, hier, au palais d’État d’Iavoloha. Christian Ntsay, représentant de l’Organisation internationale du travail (OIT), jusqu’ici, est le nouveau locataire de Mahazoarivo.

La nomination de ce fonctionnaire international à la tête du nouveau gouvernement a été actée, hier, suite à la présentation par Solo­nandrasana Olivier Mahafaly, désormais son prédécesseur, de sa démission et celle de son équipe. Une première depuis sa prise de pouvoir, c’est le chef de l’État himself qui, dans une déclaration à la nation, a annoncé l’identité du nouveau Premier ministre.
À entendre le locataire d’Iavoloha, le choix du représentant de l’OIT serait issu d’un consensus politique. Le président de la République utilise le terme « accord politique ». Dans son discours il soutient que « les protagonistes politiques ont fait preuve de sagesse pour préserver l’intérêt supérieur de la nation dans la nomination du Premier ministre et la mise en place du gouvernement. Cela nous a permis de trouver un accord politique pour l’apaisement ». Il a remercié les facilitateurs des pourparlers.
Priorité les présidentielles

Christian Ntsay, de prime abord, est sans attache politique bien qu’il ait déjà été ministre du Tourisme de 2002 à 2003. Ce qui pourrait avoir facilité le consensus. « Il a été choisi parmi la liste des noms présentés », ajoute le chef de l’État. Natif du Nord du pays, le nouveau Premier ministre a, aussi, l’avantage de disposer d’une solide réputation internationale grâce à ses gammes comme fonctionnaire international.
Sur le plateau de la station VIVA, hier, le groupe parlementaire des partisans de Andry Rajoelina (Mapar), a adoubé le nouveau Premier ministre. « Par respect de la décision de la HCC qui prescrit l’application de l’article 54 de la Constitution que nous avons présenté une liste de noms au président de la République. Celui du nouveau Premier ministre figure dans cette liste », affirme la députée Christine Razanamahasoa, coordonnatrice nationale du Mapar.

Le camp Tiako i Madaga­sikara (TIM), l’autre entité, partie prenante aux négociations n’a pas encore réagi à la nomination d’hier. Le discours de maître Hanitra Razafimanantsoa, vice-présidente de l’Assemblée nationale, sur la place du 13 mai, était encore, virulent, hier. Elle revendique à ce que le Premier ministre soit issu des « députés pour le changement ». Ce qui n’est pas le cas de Christian Ntsay. Les indiscrétions indiquent, cependant, que « l’accord », ayant amené à la décision d’hier, découle d’« une réunion au sommet », samedi.
Suivant la décision de la Cour d’Ambohidahy, du 25 mai, le Premier ministre Ntsay aura sept jours pour former son gouvernement. Une équipe de consensus qui aura la charge, essentiellement, de préparer la prochaine élection présidentielle acceptée par tous, comme le souligne Hery Rajaonarimampianina. Le chef de l’État indique que « l’accord politique », concerne la nomination du Premier ministre, mais aussi, « la mise en place du gouvernement ». Le nouveau locataire de Mahazoarivo devrait pouvoir, aisément, composer sa formation.
La nouvelle équipe gouvernementale pourrait, d’autant plus, ne pas avoir droit à une période de grâce. Mapar qui affirme s’en tenir à la décision de la HCC, soutient que « tout le monde devra, maintenant, se projeter sur les préparatifs d’une présidentielle anticipée ». À entendre les Oranges, « l’accord politique », ne porte que sur le gouvernement. Le caractère apolitique du Premier ministre fait consensus. Il lui faudra, néanmoins, avoir les épaules solides pour ne pas plier sous la pression des différents courants politiques.

Un technicien avec un fort entourage politique
Le Premier ministre Ntsay, est né à Antsiranana, le 27 mars 1961. Ce père de famille est le représentant de l’OIT à Madagascar, Maurice, Seychelles et Comores, depuis 2008. Ayant fait ses gammes comme expert et consultant international dans différentes entités comme le PNUD, l’UNFPA, ou encore, la Banque mondiale, il était, également, ministre du Tourisme de 2002 à 2003.
Diplômé en science économique et en gestion d’entreprise il a fait ses armes au sein du chantier naval Secren et de la société nationale d’hydrocarbure Solima, jusqu’à en devenir le directeur général. Christian Ntsay est, par ailleurs, issue d’une famille d’intellectuels et de politiciens. Frère cadet de Cécille Manorohanta, président de l’Université d’Antsiranana et ancienne ministre, ainsi, que d’Abel Ntsay, ancien président de la fédération de basket, il est aussi, l’un des petits fils de feu l’ancien président Albert Zafy.

Garry Fabrice Ranaivoson