Editorial

Chambre de commerce

Est-ce que les députés de l’opposition , notamment ceux de l’alliance Tim-Mapar auraient-ils boycotté le vote des projets de lois électorales si leurs gourous n’étaient pas menacés d’exclusion par certains articles ? Si Ravalomanana et Rajoelina étaient assurés de pouvoir participer à la présidentielle, il y aurait eu certainement moins de contestations. Les articles les plus incriminés sont ceux relatifs au bulletin n:2 et à la traçabilité du financement de la campagne électorale. Si les deux « candidats » étaient irréprochables sur ces points, ils seraient prêts à avaler la couleuvre.
Il est clair que si les deux hommes étaient exclus de la présidentielle, le Tim comme Mapar auraient du mal à dénicher un candidat de taille pour les suppléer. Le problème s’était déjà posé en 2013 où les deux partis ont dû trouver des candidats par défaut après la mise à l’écart de leurs ténors par le « Ni…ni ».
Cela dit, cette éventualité ne dédouane en rien ceux qui se sont donnés en spectacle dans une lamentable scène où l’odeur de la corruption transperçait l’écran. Fiers comme un paon, ils ont encore le culot de faire le tour des radios et télés pour se disculper et menacer de déballage au lieu de faire amende honorable et d’apaiser la tension. Pourquoi nier ce qui est une évidence depuis quatre ans dans un camp comme dans l’autre ? C’est de notoriété publique que la corruption est … monnaie courante à l’Assemblee nationale où la présence est fonction de l’enjeu financier, l’assiduité réservée à une quinzaine de députés conscients de leur redevabilite  vis à vis de leurs électeurs. Où étaient ils lors de l’adoption du code de la communication voté par dix-huit députés ? Le monde de la presse et de la communication n’avait justement pas des mallettes à leur offrir pour qu’ils ne votent pas. S’il y avait cette belle solidarité, beaucoup de choses auraient changé.
L’Assemblée nationale a toujours été particulière. Chambre croupion à la solde du pouvoir révolutionnaire de 1976 à 1993, chambre froide et « présidenticide » à l’époque de feu Albert Zafy, chambre à coucher des lois sous Ravalomanana, chambre d’amis avec Rajoelina, Chambre de commerce depuis 2014, elle n’a jamais été sérieuse et n’a jamais joué le rôle que les électeurs attendaient d’elle.
La corruption se présentait sous forme de dotation de 4×4 à l’époque de feu le Premier ministre Francisque Ravony qui avait échappé une fois à une motion de censure. Comme c’est devenu un droit acquis par la suite, les députés voulaient le beurre et l’argent du beurre sous le régime Ravalomanana. Depuis 2014, alors que le 4×4 n’a jamais été accordé de manière officielle, les monnaies sonnantes et trébuchantes sont devenues la valeur étalon. On a ainsi les députés que l’on mérite.
S’il est impossible de mettre un critère pédagogique et académique aux candidatures à la députation, on peut fixer dans un décret les émoluments et les avantages d’un député pour limiter les abus. Il est peut-être encore temps de faire des amendements dans ce sens. Certes, ce n’est pas un rempart absolu contre la corruption quand on propose 50 millions d’ariary pour lever la main, mais au moins on ne consacre pas une session extraordinaire aux basses revendications. Ce n’est pas non plus une garantie sur la capacité des députés de débattre la loi de finances qu’ils votent en deux temps trois mouvements. D’ailleurs ce serait pareil si on leur donne une semaine ou un mois.
L’Assemblée nationale sert jusqu’ici de façade démocratique pour les beaux yeux de la communauté internationale. Tout compte fait elle crée plus de problèmes qu’elle n’en résout.

par Sylvain Ranjalahy

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