Editorial

Vol de nuit

ArrêtÉ vendredi, l’ancien conseiller de l’ex-président de la République Hugues Ratsiferana a été déféré au parquet dès le lendemain pour être mis sous mandat de dépôt à la maison de force à Antanimora à la sortie du tribunal. On l’accuse de vol avec effraction de matériel de l’État.
Hugues Ratsiferana a transporté chez lui pendant la nuit des ordinateurs et du matériel de bureau de l’Association malgache pour le développement et la promotion des entreprises qu’il préside.On ignore le statut exact de ce matériel mais le fait qu’il l’a transféré chez lui suppose qu’il a ses raisons. Quant à l’effraction, on se demande comment est-ce possible dans un bâtiment gardé par des militaires.
Qu’il y ait eu vol et effraction soit, ce n’est pas le plus grand crime commis jadis et naguère pour justifier une célérité de la justice qui s’est refait une image pendant le gouvernement de consensus. Des inculpés pour atteinte à la sûreté de l’État sont curieusement laissés à l’air libre après leur passage au parquet de même que des redoutables kidnappeurs. On croise les doigts pour qu’elle ne serve de nouveau des intérêts politiques et se fasse instrumentaliser même si cette première affaire en dégage le relent.
Fils de paysan de Behenjy devenu simple employé de comptoir avant d’embrasser des études aéronautiques pour être l’un des meilleurs pilotes de ligne d’Air Madagascar dont il était le directeur général durant la Transition, Hugues Ratsiferana est loin d’être un parvenu pour commettre des larcins de ce genre. Il aurait pu rester pilote et travailler pour d’autres compagnies étrangères et devenir un nabab. Ce ne sont pas les sollicitations des grandes compagnies comme Singapore Airlines, Émirats, Etihad Airlines, Turkish Airlines qui manquaient il a préféré rentrer dans l’espoir de remettre à flot « sa » compagnie. Hélas, la situation s’est compliquée. Toutes les solutions adoptées ont échoué. De la à voler du matériel de bureau.
Ambassadeur itinérant avant d’être nommé coordonnateur général du Sommet de la Francophonie, Hugues Ratsiferana a pris la direction de l’AMDP depuis 2017. Il est à la recherche de partenaires pour des projets de développement.
L’arrestation de Hugues Ratsiferana n’est peut être que le début de « l’assainissement », de la croisade contre la gabegie et la corruption. C’est très bien mais est-ce qu’on a mis la main sur le meilleur client aussi bien dans l’entourage de l’ancien président que dans le camp de la nouvelle majorité. Il ne faut pas oublier que beaucoup de politiciens ont offert leur soutien de façade à Rajaonarimampianina contre une immunité fiscale ou pénale. Ils ont renversé leur veste dès que l’ancien président a été affaibli. Sont-ils blanchis de facto ?
En ce début de mandat, on pourrait donc commencer par l’emprisonnement d’un barron de l’ancien régime pour servir d’exemple. On continue ainsi à perpétuer l’alternance en prison déclenchée par la crise de 2002, reprise par la crise de 2009 et visiblement poursuivie actuellement.
Tant qu’à faire il faut sévir avec la dernière rigueur les trafiquants invétérés ainsi que les délinquants fiscaux qui grèvent les recettes de l’Etat. Qu’on loge tout le monde à la même enseigne et qu’on en finisse avec une justice à deux vitesses. Le Président a bien dit dans Jeune Afrique qu’il ne fallait pas confondre vitesse et précipitation et que son adversaire n’est tel ou tel homme politique mais la pauvreté des Malgaches.
Le vol de nuit, Hugues Ratsiferana en a fait des milliers. Sauf celui qui conduit à Antanimora.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter