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Parlement – Flagrant délire à l’Assemblée nationale

Les députés terminent leur mandat avec un nouveau blâme.

Pour leur dernière à Tsimbazaza, les députés ont servi une prestation à la hauteur de leur réputation. Flagorneries, quémandages et doléances farfelues ont été au menu.

Pitoyable . Tel est le qualificatif affublé à l’Assem­blée nationale, par l’Observatoire de la vie publique (SEFAFI), dans son dernier communiqué publié, la semaine dernière. « La législature qui s’achève aura montré le visage le plus pitoyable qui soit de l’Assemblée nationale et du Sénat », affirme-t-il.
La plupart des députés ont été fidèles à eux-mêmes durant la dernière séance plénière, à Tsimbazaza, hier. Il s’agissait de la présentation du programme de mise en œuvre (PMO), de la politique générale de l’État (PGE), par Christian Ntsay, Premier ministre. La Constitution prévoit qu’après l’exposé du chef du gouvernement, les parlementaires peuvent émettre des suggestions. Le show des députés a alors, commencé vers 11 heures. Cela a duré, jusqu’à 17 heures.
Durant près de six heures donc, les membres de la Chambre basse ont enchaîné les courbettes envers le pouvoir Exécutif et les doléances, voir des quémandages. Le mandat des députés arrive à terme, aujourd’hui. Diffusée en direct sur les médias nationaux, la séance d’hier, semble-t-il, a été une occasion pour la plupart d’entre eux de s’illustrer une dernière fois et se rappeler au bon souvenir de « leurs électeurs », ou « leur population », comme ils se plaisent à affirmer.
La plupart, d’autant plus, souhaitent briguer un nouveau mandat. La grande majorité ont quitté la séance après leur prise de parole. Au motif de « faire part des besoins locaux et urgents », les desiderata locaux, voir des requêtes personnelles ont occulté les observations sur le PMO de la PGE.

Demande osée
Le ton a été donné dès les premiers mots du premier député à avoir pris la parole. Il a soulevé un problème d’approvisionnement en eau d’un quartier d’une circonscription limitrophe de la capitale. Pour ce cas particulier, de simples citoyens ont, pourtant, déjà fait les démarches nécessaires afin et ont fait bouger les lignes, sans attendre la prestation hors sujet du député.
D’autres élus ont fait des demandes farfelues comme requérir au Premier ministre, que le gouvernement fournisse des lampes torches aux quartiers mobiles de sa circonscription. « Nos prises de parole devraient servir à apporter des observations au PMO présenté par le Premier ministre. Si nous passons notre temps à faire des doléances nous y passerons la journée », est un point d’ordre soulevé par un député durant l’assommante séance d’hier.
Une des rares prises de conscience et appel à rehausser le débat, rapidement étouffée par ses pairs. « Personne n’a le droit d’empêcher un député de parler. Si vous ne voulez pas parler, taisez-vous », réplique un des vice-présidents de l’Assem­blée nationale. Les cas particuliers peuvent, pourtant, être discutés durant des entretiens privés avec les responsables. Le statut de député, de plus, facilite l’accès aux hautes instances.
En cas d’insatisfaction, les parlementaires peuvent « interpeller », les membres de l’Exécutif. Ce n’était, pourtant, pas l’objet de la séance d’hier. S’il était nécessaire de soulever des cas locaux, les députés pouvaient s’en servir comme base d’une proposition d’amélioration de la politique étatique. Le vice-président de la Chambre basse ajoute, cependant, « (…) en plus, nous sommes heureux de rencontrer le nouveau Premier ministre et lui parler ».
Une flatterie à l’endroit du locataire de Mahazoarivo comme entrée en matière à une demande osée. C’est de rester au sein de l’entité chargée de la gestion des Fonds de développement local (FDL), même si les députés sortant ne sont pas réélus. Durant cette législature, la Chambre basse a été fortement critiquée pour la bassesse des débats et du comportement de certains de ses membres. La prestation de la majorité d’entre eux, hier, tend à conforter cette observation. Il semble, par ailleurs, que la plupart voulaient juste être vus et entendus.