Courrier des lecteurs

L’accident volontaire pour une crise (avc)

Mal parti, Madagascar est-il enfin arrivé à bon port ? Non bien sûr. Aurait-il fait naufrage en chemin ? Pas davantage. N’en déplaise aux amateurs de médisance, ballotés par les eaux, godillant entre les écueils, Madagascar ne coulera jamais à pic.
Néanmoins, il faudra ajouter un nouveau ténor au choral de l’apocalypse, une nouvelle voix qui pourrait entonner le requiem de Madagascar : L’Élection Démocratique à l’Occidentale ou l’E.D.O.
Dans ce brûlot «l’Accident Volontaire pour une Crise», je soulève la polémique en soutenant que cette E.D.O met le feu aux poudres dans la forteresse du poliquement correct. Elle secoue les bases de ce qu’elle considère comme un grand édifice de tartufferie. En fait, elle réorchestre avec pétulance toutes les attaques en règle et les constats de carence que l’on a pu faire depuis 60 ans sur notre société aux prises avec ses contradictions internes, l’épuisement de son modèle démocratique, le théatre de ses bricolages constitutionnels et ce qu’il faut bien appeler la lâcheté de sa classe dirigeante, toutes tendances confondues. Cette dernière, à force de démagogie, se retrouve peu à peu rejetée par ces Malagasy mêmes dont elle a voulu s’attirer les bonnes grâces, les votes pour assurer son maintien aux affaires, la démocratie pour servir de parapluie. Comme dirait Jean Pierre Haga : « J’ai besoin de vos votes, pour gagner ma popote ». C’est ce système à bout de souffle, dangereusement fragile, que déchire à belles dents ce nouveau ténor, l’Élection Démocratique à l’Occidentale ou l’E.D.O.
Rageuse, râleuse, rouspèteuse, irritable sur les bords, dialecticienne plus brillante que profonde,comme toutes élections formatées à l’école de la démocratie occidentale où l’effet est plus important que la cause, les applaudis­sements et l’Audimat ainsi que le spectacle et le rêve plus respectés que la vérité, l’E.D.O détient un fonds de commerce qu’elle exploite avec verve et sincérité, une boutique prospère qui est en train de devenir une grande surface tant le mal social qu’elle dépeint les ravages et qu’elle seule pourrait combattre, devient une promesse mirobolante pour endoctriner le Malagasy. La perte de l’identité malagasy est une résultante des ravages collatéraux de l’Élection Démocratique à l’Occidentale.
Jamais, comme cette année, les symptômes du grand malaise malagasy ne seront apparus à ce point en pleine lumière. Par des acteurs et des voies différentes, on assiste à un même cruel diagnostic : la crise morale qui surgit sur la crise économique et politique, est profonde, peut-être même inguérissable.
Le paysage de l’esprit public, sur lequel le pessimisme a répandu ses eaux sombres, a changé. Il a même été totalement bouleversé depuis ces soixantes ans d’indépendance. L’abandon de nos valeurs héritées de nos
ancêtres, la méritocratie en péril, la turlutaine de la classe politique, l’optimisme des politiciens et sa croyance dans le progrès, toujours si sévèrement démentie par l’Histoire, ont constitué la systole et la diastole du cœur intellectuelle politique malagasy. Les digues des valeurs ancestrales et de la soi-disant laïcité républicaine, le magistère sacro-saint de l’État, arbitre et sauvegarde contre les appétits privés, ont sauté depuis longtemps. La mondialisation et les enjeux géopolitiques ont donné à l’argent un pouvoir sans frein tel qu’il n’en a jamais eu dans l’histoire des E.D.O à Madagascar.
Si on ajoute l’influence de la révolution culturelle, mai 72, 1991, 2001/02, 2009…., qui est le véritable bouc émissaire, la matrice intellectuelle des plaies, on aboutit à cette déconstruction qui a fait du pays du Fihavanana, du Fokonolona, une contrée hérissée de contradictions, souvent en deuil du bon sens, en proie à la démagogie. Même si on ne partage pas toutes les exaspérations de ces puristes patriotes nationalistes, qui n’ont d’yeux que pour un Madagascar souverain, sevré de la Mère Patrie et de son mentor la Communauté Internationale, on comprend parfois ce qui envenime ses exécrations envers ces vocabulaires qualificaticatifs qui, à l’origine, devaient marquer un progrés : Élection démocratique, libre et transparente, acceptée par tous, crédible……mais ont dégénéré à force d’avoir été poussés à l’extrême: Contestation des élections, confrontation des PV, fraudes electorales, corruption, achat massif de suffrages, crises pré post électorales, pronunciamiento.. . Constats amers énoncés par la Commission Economique des Nations unies pour l’Afrique: sur le continent, «les élections sont souvent une source de conflits davantage qu’un moyen pacifique de transfert de pouvoir.»
Nul besoin d’être un fin détective qui découvrirait l’assassin au pied du cadavre encore chaud. Et pas la peine d’aller chercher très loin les coupables. L’E.D.O les désigne: les Hommes qui nous gouvernent (la majorité, l’opposition tous dans le même sac) et les tenants médiatiques du politiquemenet correct qui sont leurs complices. L’E.D.O est l’origine de l’AVC malagasy.
Cette E.D.O du 07 novembre 2018 est une traduction politique et électorale d’un ras-le-bol malagasy autant que d’une déconnexion avec le système, mais surtout d’un laxisme chronique de l’État, demontrant une E.D.O Gasygasy (rien qu’à voir la contradiction entre les milliards d’AR dispersés à tout va et le design des panneaux electoraux, infime exemple). Paradoxalement, l’E.D.O est recadrée par la bouche téméraire d’un collectif de candidats qui, secouant sans doute violemment le cocotier, juge outrancier d’exonérer les Autorités concernées en matière de fraudes électorales. C’est, en effet, un discours dangereux à tenir. Ce collectif, qu’on le trouve courageux ou exagérement provocateur, montre qu’une fissure s’opère dans la dictature du politiquement correct. Mais, en même temps qu’il dégage un parfum agréable un peu oublié qu’on appelle la libérté de pensée, il marque l’ouverture d’une boîte de Pandore. D’autres E.D.O suivront qui, bravant l’air du temps, poseront plus de questions qu’elles n’apporteront de réponses, aggravant les tensions de l’esprit public, au lieu de les apaiser, accompagnant avec d’autres symptômes, comme l’irrésistible montée de la fracture du FIHAVANANA, de la fissurisation radicale d’un Madagascar dont beaucoup de réflexes restent encore le FOKONOLONA. Il y a là un fossé dangereux. Les partis politiques sont de plus en plus éloignés des préoccupations réelles des Malagasy. C’est ce qu’on appelle de manière péjorative, la tentation populiste.
Pourtant, malgré leur paysage traditionnel effondré, beaucoup de Malagasy restent nostalgiques d’un Madagascar jaloux de ses valeurs identitaires, ouvert aux autres sans être pour autant envahi par eux, où le mérite est considéré comme une valeur et non un avantage de classe privilégiée, un Madagascar qui est respectueux de ses Ray aman-dreny, qui vénère ses ancêtres, qui ne garde pas rancune face aux malheurs d’autrui…. A t-il une chance de revivre ? Y aura t-il un sursaut politique? Madagascar est il condamné à une irrémédiable décadence ? Plutôt que de multiplier les requiem et les pavanes pour une infante défunte, il serait intéressant de retrouver les sources de l’espérance. On voit mal, hors d’un séisme social dont on a tout à perdre , comment la solution ne viendrait pas de l’État, donc du politique. Mais aurons-nous le courage et l’intelligence de réussir à nous rassembler sur un projet et une personne qui conjuguent nos aspirations contraires ? Seule cette personne providentielle si décriée mais si nécessaire pourra parvenir à recréer et rebâtir l’harmonie des Malagasy entre eux. Bien malin qui peut le dire aujourd’hui.
Dérive d’un pays , Accident Volontaire pour une Crise, nous sommes les maîtres de notre destin.
« Aux urnes, citoyens ! »

par Ihanta Randriamandranto

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