Notes du passé

Les Malgaches, des sujets et non des citoyens français

En France, à la fin du XIXe siècle, en dépit de l’opposition de la gauche, l’édification d’un empire colonial apparait indispensable au développement des nations industrielles. Des organisations très actives, telles l’« Union Coloniale », le « Comité de Madagascar », militent pour gagner l’opinion publique, le Parlement, le gouvernement à cette entreprise.

Car les principes de la colonisation découlent « d’une véritable doctrine » dont les fins sont essentiellement économiques. « Les colonies sont faites pour les colons français », pense Gallieni qui exprime un principe communément admis à l’époque, principe qui explique les mesures à prendre dès 1897, en matière de commerce.

Il se concrétise par l’élimination de la concurrence internationale obtenue par le protectionnisme
qui frappe les produits étrangers de droits de douane. En revanche, les marchandises françaises
pénètrent en franchise. Ainsi, les consommateurs locaux son sacrifiés : les étoffes américaines moins chères que celles françaises avant 1896, ne se vendent pratiquement plus sur le marché malgache. Cette renaissance du « pacte colonial » provoque une montée générale des prix pour les produits fabriqués importés exclusivement de France. À l’intérieur, les commerçants et les compagnies commerciales contrôlent le commerce, la Compagnie lyonnaise en 1897, la Compagnie Marseillaise en 1898, etc.

En outre, « la colonie doit se suffire à elle-même », intiment à Gallieni les autorités métropolitaines. Autrement dit, toutes les ressources seront tirées de Madagascar. Pour le gouverneur général, c’est une situation de pauvreté qui « rappelle singulièrement celle de Rainilaiarivony » après 1885. « La suppression des droits de douane sur les produits français, alors que l’équipement du pays demande des capitaux et des efforts considérables, oblige à pratiquer une politique fiscale particulièrement lourde. »

Ainsi, la colonisation de la Grande ile coïncide avec une révolution sociale. La libération des esclaves votée le même jour que la loi d’annexion, le 6 aout 1896, et l’abolition de la royauté décidée l’année suivante établissent l’égalité des Malgaches conformément aux principes de 1789. Mais « cette égalité s’établit dans le contexte de la situation coloniale ». Les Malgaches sont des « sujets français », mais non des « citoyens français », ce qui signifie « qu’ils n’ont aucun droit politique ». La libération des esclaves survenue dans une période troublée par l’insurrection des Menalamba, passe presque
inaperçue. « La sujétion des Malgaches comportait des obligations qui différenciaient bien les sujets, c’est-à-dire les colonisés des citoyens. »

Il y a ainsi une « justice indigène » dont les principes sont les coutumes, aussi n’est-elle donc pas la même pour tous : code des 118 articles dans le Betsileo, code des 305 articles dans l’Imerina,
coutumes locales ailleurs…

Des prestations représentent également la contribution des Malgaches au développement de la colonie. « La nécessité de trouver à Madagascar l’essentiel des ressources nécessaires à l’équipement du pays, conduisit Gallieni à imposer un immense effort à la population assujettie : les prestations en nature rétablirent, en fait, la corvée- cinquante puis trente jours de travail gratuit-, plus générale qu’au temps de la monarchie par suite de la suppression de l’esclavage. » On peut y échapper en travaillant chez les colons. Mais l’abus des fausses déclarations d’emploi amène très vite à une fiscalité très dure pour les pauvres.

De plus, de 16 à 60 ans, tous les hommes doivent payer une capitation, un impôt nominatif personnel fixé par l’autorité du district. Le sujet doit prouver à tout instant qu’il est en règle avec le fisc et cet impôt per capita ne tient pas compte de la fortune de chacun.

« Comment Gallieni peut-il trouver tant d’argent dans une économie familiale de subsistance ? »
Le gouverneur général estime qu’en obligeant les Malgaches à se placer ou à produire, « l’impôt enseignerait le travail et, de ce fait, éduquerait le peuple ». La capitation, les impôts sur les biens (rizières, bœufs), les taxes sur les marchés, les impositions indirectes auraient constitué en 1903, d’après Hubert Deschamps, « une charge de 25,67 francs par personne », c’est-à-dire une charge considérable. La révolte de 1905 dans le Sud-est est provoquée, dans une large mesure, par la lourdeur de ces impôts.

Enfin, l’indigénat est une institution qui place le colonisé à la merci de l’administration coloniale. « En cas d’insuffisance dans l’accomplissement de ses charges, une peine de prison ou une amende, fixée sans jugement préalable, peut frapper l’indigène. »

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