Editorial

L’été de Damoclès

On l’avait dit, on l’avait prévu, tout le monde était prévenu. Les victimes du glissement de Tsimialonjafy et de Tsimbazaza, il y a quinze jours, ne seront pas les derniers. On attendait le pire lors des grosses pluies de la semaine dernière. Curieusement, il ne s’est rien passé. En fait, c’était pour endormir la prudence et chloroformer la vigilance. Le plus dangereux c’est le beau temps après la pluie. On pense que le pire est passé. Des habitants sont revenus après avoir quitté leur foyer un moment. Ils avaient rendez-vous avec le drame.
La douleur n’a duré que le temps de la tragédie. Par la suite, le train-train quotidien a pris le dessus. Les habitants des zones à risques comme les autorités ont oublié qu’il fallait prendre des mesures radicales et volontaires pour éviter le pire. L’accalmie a fait croire que la nature en avait fini avec ses imprévisibles sautes d’humeur, ses comportements inattendus.
La commune urbaine d’Antananarivo est le premier responsable qui aurait dû prendre des mesures incontournables face au danger qui guette des milliers de personnes. Elle n’a pas procédé à l’évacuation des habitants alors que le danger pendait depuis les éboulements meurtriers de 2015 et 2018. Il ne faut pas se plier à l’inconscience des gens qui s’accrochent à leurs foyers et leurs biens. Diriger c’est prendre les décisions qu’il faut au moment qu’il faut au-delà des petits calculs électoraux et quelle que soit la réaction des concernés. C’est la CUA qui donne aussi bien les permis de construction et les permis de démolition. Comme la plupart des constructions n’ont pas été autorisées, c’est une bonne raison de les démolir.
Heureusement, l’État a pris sa responsabilité face à la défaillance de la CUA en ordonnant, hier, l’évacuation manu militari des autres candidats au suicide de la nature. Ils seront relogés provisoirement au village Voara à Andohatapenaka avant l’octroi d’un terrain domanial. Une solution qui aurait dû être envisagée depuis longtemps sans attendre que des individus laissent leur vie. Si Pere Pedro avec presque rien arrive à donner un logis à vingt cinq mille personnes, l’État a priori peut faire davantage. C’est le véritable sens des logements sociaux dont la carence contraint les gens à construire là où la mort a également élu domicile. Dès qu’il pleut, on croise les doigts. Une véritable été de Damoclès pendue sur la tête des habitants des zones rouges.

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