Editorial

Fée d’hiver

Gare aux saltimbanques. Le Premier ministre Christian Ntsay n’est pas du genre à badiner. Si ses premiers discours semblaient insipides et soporifiques, ses premières tournées ont révélé sa vraie personnalité, celle que ses collaborateurs à l’OIT ou à la BIT lui connaissent. Un homme carré, à cheval sur la discipline, intransigeant sur l’efficacité, inflexible sur la rigueur. En deux occasions, il a donné le la de ce que sera sa gouvernance. Et il apparaît de plus en plus que le fait qu’il a été présenté par Mapar n’est que pure formalité, étant donné qu’entre lui et les méthodes Mapar c’est le jour et la nuit.

Dans le Menabe pendant le week-end, il a donné l’ordre à tous les responsables de rétablir la plaque rouge pour toutes les voitures administratives. Il a donné un mois à tout le monde pour s’exécuter. Et il a donné l’exemple puisque depuis hier, toutes les voitures de la Primature, y compris celles qui l’escortent sont munies de plaque rouge. Tous les ministères devront suivre cette directive dont l’objectif est de limiter, sinon d’éradiquer, la gabegie et l’abus perpétré par les fonctionnaires sur les biens publics.
Puis, hier, après avoir reçu les représentants des syndicats grévistes de l’éducation nationale, il a donné jusqu’à cette nuit à ses techniciens et aux leaders syndicaux de trouver une solution pour mettre un terme à la grève qui pénalise les élèves.

Tout compte fait, le Premier ministre a une totale liberté dans ses actions. Ni le Président ni le Mapar n’a aucune prise sur lui.
Jamais, un Premier ministre n’a été aussi indépendant et péremptoire. C’est Rajaonarimampianina qui se frotte les mains étant donné que Christian Ntsay va réparer tous les dégâts enregistrés depuis quatre ans et redorer son blason juste avant l’élection.

Si l’ancien Premier ministre se vantait d’un gouvernement de combat, Christian Ntsay est en lui-même un vrai bagarreur de la discipline, de la bonne gouvernance, de la droiture. C’est l’homme qu’il fallait pour lutter contre la corruption, l’insécurité, la pauvreté… Le temps lui manquera peut-être mais il est certain qu’il laissera des traces après son passage à Mahazoarivo. Dommage qu’il a été tenu par la fameuse clé de répartition pour composer son équipe sinon on aurait eu un vrai gouvernement de changement. Il a tout de même pu nommer quelques éléments de sa trempe comme les ministres de la Justice, de l’intérieur, de la Sécurité publique, des Finances et du budget mais il en faut davantage pour redresser une situation gangrenée jusqu’à la moelle.

C’est bien de rétablir les plaques rouges mais c’est mieux d’aller en profondeur. Limiter carrément le nombre de voitures employées par les ministres et les ministères. Imposer des petites berlines au lieu des grosses 4×4. La lutte contre la pauvreté aura un sens le jour où l’État saura limiter ses dépenses, réduire son train de vie. Il est complètement cynique de donner des biscuits et des couvertures aux indigents habitant les tunnels pendant la fête nationale ou à Noël. On ne bâtit pas un programme de développement sur la charité ou l’aumône.
Dans tous les cas, le Premier ministre a montré qu’on peut encore compter sur des gens qui ont d’autres soucis que de se remplir les poches. On croit rêver. Un véritable conte de fée… d’hiver.

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