Editorial

Rue publique 

Où veut-on en venir ? La crise actuelle n’a que deux issues. Soit un coup d’État et le camp des députés aux mains propres s’emparent du pouvoir, dissout toutes les institutions, installe une transition illimitée, organise un référendum constitutionnel et annonce l’élection présidentielle. Soit la Haute Cour Constitutionnelle déclare inapplicables les lois électorales et le président de la République les renvoie à l’Assemblée nationale pour de nouveaux débats. En même temps, il dissout le gouvernement.
Comme le coup d’État est désormais une option suicidaire et sans issue même si c’est le chemin le plus court pour parvenir au pouvoir, il ne reste plus que la seconde alternative. Et si le coup d’État reste l’apanage des manifestants et de ceux qui ne sont pas au pouvoir, l’initiative de la deuxième voie doit revenir aux tenants du pouvoir. C’est d’autant plus logique que le dialogue semble impossible entre un camp acculé pour ne pas avoir tenu compte des cris et des complaintes de la population, et un autre dont l’objectif n’est plus de négocier quoi que ce soit mais de supplanter carrément les dirigeants en exigeant leur démission. Le coup d’État est ainsi masqué par un mouvement populaire dont on dit pacifique mais qui est assorti de menaces pour ceux qui ne veulent pas y participer de façon volontaire. Si ce n’est pas de la dictature, ça y ressemble. C’est pire que ce qu’on reproche à l’actuel pouvoir.
De quel droit les soixante treize députés ou les milliers de manifestants peuvent disposer de la liberté des employés ou des étudiants? Il ne faut pas oublier qu’ils ne constituent pas la majorité ni à l’Assemblée nationale ni au niveau des communes. Tous les reproches proférés contre le régime Rajaonarimampianina sont justifiés pour la plupart, mais cela ne donne aucun droit à exiger sa démission. La République de la rue s’est toujours terminée dans un caniveau.
Comme la solution tarde dans un camp comme dans l’autre, l’armée est sortie de sa réserve pour faire entendre le clairon. Il était temps mais c’est encore l’incertitude étant donné qu’une prise du pouvoir restera un coup d’État, à moins que le Président démissionne et remette le pouvoir au plus ancien dans le grade au sein de l’armée. C’est qui au juste?
Un schéma vient de 46 ans qui est anti-constitutionnel mais qui serait la solution idoine.
Sinon, le Président reste à sa place mais revoit les lois électorales, fait les choses de manière correcte et claire, fait un nettoyage au sein de son gouvernement pour rassurer l’opinion.
Pour le moment, on assiste à une guerre d’usure entre les manifestants qui commencent à s’effriter et le gouvernement qui estime que l’ardeur populaire va s’estomper aussi longtemps que la crise dure même s’il ne fait rien pour que les choses changent. Un attentisme qui ne plait pas aux militaires et qui laissent le choix aux chefs de partis. Pile, aux armes citoyens, face, aux urnes citoyens.

par Sylvain Ranjalahy 

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