Editorial

Croissance virtuelle

Est-ce fortuit ? La croissance économique serait de l’ordre de 5% cette année selon la Banque mondiale. L’information a été balancée au cours d’une rencontre avec la presse la veille de l’ouverture du dépôt de candidature à l’élection présidentielle. Difficile donc de ne pas y voir un message politique clair dans cette révélation même si cette croissance fait suite à la performance réalisée l’année dernière et même si le constat est partagé par les autres partenaires de Madagascar comme le Fonds monétaire international ou l’Union Européenne. Il ne pourrait en tout cas pas s’agir d’une heureuse coïncidence.

Qu’à cela ne tienne. Qu’il s’agisse d’une « campagne » comme une autre ou pas, l’essentiel est que cette croissance soit réelle. Qu’il ne s’agisse pas d’une illusion d’optique répercutée par d’autres paramètres que les réalités vécues. On a du mal à voir des points favorables ayant pu permettre cette performance. Certes, des progrès ont été enregistrés au niveau des recettes douanières et de l’assiette fiscale mais les bailleurs de fonds eux-mêmes sont les premiers à reconnaître que c’est encore loin du niveau requis et de la moyenne africaine. La situation est aggravée par la grève à la douane et aux impôts.

C’est d’autant plus surprenant que la balance commerciale reste nettement déficitaire, que la corruption continue à pourrir le monde des affaires, que l’insécurité et les kidnappings plombent l’économie, que l’ariary continue de plonger.

C’est bien beau d’entendre une croissance positive mais pour le moment cela reste abstrait dans le quotidien de la population. C’est d’ailleurs une rengaine qui a rebattu les oreilles durant les années Ratsiraka sans que cela ait pu profiter à ses compatriotes.

La croissance n’a aucun sens si au lendemain de la révélation de la Banque mondiale on est accueillis par une nouvelle hausse du prix des carburants, une annonce d’augmentation du tarif des transports et inévitablement toute une kyrielle de majorations.
On doute fort que cette croissance soit générée par l’injection de l’argent frais dans le circuit économique et financier à travers les fonds octroyés par les partenaires. Rien que pour ce premier semestre, Madagascar a bénéficié de pas moins de 250 millions de dollars de ses partenaires traditionnels sans compter les apports de la coopération bilatérale.
Il est évident que ces apports peuvent donner une embellie dans les chiffres et statistiques mais avoir un impact direct dans les conditions de vie. La Banque mondiale prône d’ailleurs une croissance inclusive mais on ne voit pas trop comment y parvenir sans une création d’emplois, sans une augmentation du PIB, sans une possibilité d’épargne.
Aujourd’hui comme il y a quarante ans la croissance reste un mirage. Et pour parodier les détracteurs de la construction d’infrastructures routières à l’époque de Ravalomanana, on ne peut pas manger la croissance fut-elle à trois chiffres.

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