Editorial Opinions

Simulacre

Quelle mouche a piqué le Premier ministre d’annoncer illico presto les dates de l’élection ? Il y a une semaine il avait déclaré que beaucoup de paramètres étaient à considérer avant de pouvoir fixer les dates de l’élection présidentielle alors qu’il avait promis le contraire. Puis, subitement à l’issue du conseil du gouvernement le Premier ministre annonce les fameuses dates alors qu’une réunion avec les corps diplomatiques et les partenaires internationaux étaient prévus le jour même. Vraisemblablement pour faire l’état des lieux avant de fixer les dates. Le chef du gouvernement semble avoir pris de court tout le monde y compris le président de la République en déplacement à l’extérieur et ceux qui réclament la refondation pour remettre à plat tous les problèmes avant de procéder aux élections.
Puis, contrairement aux recommandations de la Haute Cour Constitutionnelle, les élections auront donc lieu en pleine saison des pluies comme il y a 26 ans quand Monja Jaona avait osé tenir tête au puissant Ratsiraka le 7 novembre 1982. Il avait réussi un score de 49% à Antananarivo plus que jamais frondeur et ayant ras le bol des pénuries de produits de première nécessité en particulier le riz à l’époque. Ratsiraka l’avait nettement emporté au plan national. Sept ans plus tard, Manandafy Rakotonirina avait réalisé le même score dans la capitale où il est presque impossible de tricher, mais fut également battu à l’échelle nationale. L’opinion croyait à l’époque que l’impopularité grandissante de Ratsiraka suffisait pour le battre et combattre les fraudes et manipulations des procès verbaux.
Puis il y eut la crise de 1992, l’élection d’Albert Zafy, le retour de Ratsiraka au pouvoir, la crise de 2002 et l’élection de Ravalomanana, le coup d’Etat de 2009 et l’élection de Rajaonarimampianina.
Depuis 1975, il y eut quatre crises et six élections présidentielles mais on n’est pas sorti de l’auberge. Cinq Constitutions ont été votées mais elles ont été toutes taillées sur mesure à ceux qui les ont conçues et aucune n’a répondu aux attentes populaires.
Aujourd’hui on s’obstine à suivre le même chemin en espérant que la même démarche produira un autre effet. Le cycle est infernal et avec des lois électorales contestées et contestables, des règles du jeu loin d’être claires, à l’image de celles relatives à la campagne électorale, un gouvernement dont certains membres n’ont d’autre maître que celui qui l’ont proposé, au grand dam du Premier ministre, il est presque certain qu’on se retrouvera dans une nouvelle crise, sitôt après une élection organisée au forceps. Il est clair que dans les conditions actuelles où elle est organisée, l’élection ne servira qu’à ramener au pouvoir un de ceux qui ont ruiné le pays depuis 2009. Tout sera question de gros moyens qui élimineront sans pitié les candidats qui ont des idées mais qui n’ont pas assez de sous pour couvrir les vingt six mille bureaux de vote et contrôler le scrutin. La démocratie sera alors censitaire.
Ceux qui réclament une refondation n’ont pas ainsi tout à fait tort. Si c’est le prix à payer pour avoir une stabilité pérenne et un apaisement perpétuel, un antidote aux crises à répétition, pourquoi ne pas tenter le coup? Il faut mettre sur la balance le départ de l’actuel Président et le risque d’une crise dévastatrice. Il est patent qu’aucun des trois candidats majeurs annoncés n’acceptera les résultats des élections publiés par la Ceni ou la HCC. Comment peut-on croire que le Mapar ou le TIM feront confiance à la Ceni et à la HCC dans le traitement des résultats ? Le HVM aussi, a fortiori, après toutes ces décisions controversées prises par Ambohidahy. Croisons les doigts.

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