Notes du passé

Des maitres indulgents pour les esclaves-porteurs

Gwyn Campbell n’est pas la seule auteure à étudier le groupe social peu connu que forment les « maromita ». Parmi ces chercheurs, on peut citer Gabriel Rantoandro qui fait remarquer que « l’importance de l’esclavage dans le portage est attestée tant par les témoins contemporains que par les documents d’archives » (Revue
historique Hier et aujourd’hui,
2e semestre 1982).
Il commence, avant tout, en soulignant que les déplacements internes, surtout vers une autre province, sont interdits aux esclaves. De ce fait, les personnes qui les contraignent à de tels voyages, risquent de lourdes sanctions, comme le prévoit le Code des 305 articles de 1881, il faut le consentement des propriétaires. Les missionnaires britanniques qui se défendent de cautionner le système, se trouvent eux-mêmes contraints de l’accepter.
Cependant, ils éclairent sur un point particulier : « Nous n’engageons jamais un esclave comme tel ; nous louons nos domestiques et nos porteurs de palanquin directement, sans avoir rien à faire avec leurs maitres. Ce n’est que lorsqu’on part pour de longs trajets exigeant des passeports, qu’on s’occupe de demander le consentement du propriétaire et uniquement parce que la loi l’impose.» D’autres témoins comme Martineau et Catat, indique Gabriel Rantoandro, soulignent à diverses reprises la place importante des esclaves dans l’activité de portage. Ce qui amène l’auteur à s’interroger aussi sur le rôle des propriétaires dans le travail de leurs esclaves.
D’après lui, dans le domaine commercial, les marchands merina envoient ceux de leurs esclaves les plus dociles vers les ports, porteurs de sommes d’argent ou de marchandises à vendre. Cette pratique est déjà attestée dans les Tantara ny Andriana eto Mada­gascar. « Dans les registres des passeports, les demandes malgaches vont dans le même sens, car tout se passe comme si les demandeurs laissaient à leurs esclaves- c’est généralement le cas- le soin de prendre livraison de sel à Toamasina ou plus souvent à Mahanoro, sans participer au voyage. » Mais cela ne concerne pas les étrangers qui engagent des porteurs.
Les missionnaires britanniques, gros utilisateurs de main-d’œuvre, sont bien placés à cet égard. Ainsi, Clark révèle que les maitres « se comportaient différemment vis-à-vis de leurs esclaves-porteurs ». Les uns sont assez indulgents, ce qui permet à leurs esclaves de s’occuper comme ils veulent et se contentent de visites occasionnelles et de petits présents, signes de leur servitude. D’autres perçoivent la moitié de ce que gagnent leurs esclaves. Le missionnaire cite une troisième catégorie de maitres, « intransigeants avec leurs esclaves et prenant les salaires éventuels de ces derniers dans leur intégralité ».
Pourtant, certains témoins, comme Catat et Martineau, ne manquent pas de critiquer ce « tableau ». Ainsi, le premier soutient qu’en chemin « les esclaves échappent à la surveillance continuelle du maitre, ils ne lui apportent qu’une petite part de leurs bénéfices, puisqu’ ils ont dépensé la plus grande partie de leur argent dans les étapes successives ». Le second semble plus catégorique : « Quant à prélever une partie des gages du porteur de grand chemin, le maitre ne peut y penser et pour cause, la somme est le plus souvent mangée avant la fin du voyage. » Entre ces affirmations, Gabriel Rantoandro estime que celle de Clark est la plus vraisemblable.
En 1878-1879, l’accroissement du trafic dans les deux sens, entre la capitale et Toamasina, qui entraine l’augmentation considérable du nombre des porteurs, ne laisse pas indifférentes les grandes familles tananariviennes « accusées par les missionnaires d’exploiter à mort leurs esclaves ». L’auteur de l’étude essaie de confirmer cette allégation et distingue les gros propriétaires et les grandes familles de la capitale des petits propriétaires. Mais en général, les propriétaires se confondent avec les marchands (tananariviens ou tamataviens) qui mènent leurs négoces avec la seule aide de leurs esclaves.
Gabriel Rantoandro fait aussi ressortir que, dans le registre des demandes d’autorisations de passeports pour les porteurs, il est distingué la catégorie esclaves et celle non esclaves. Mais si dans la catégorie esclaves, il n’y a que les Andevo, dans celle des non-esclaves, on retrouve des Olom-potsy, des Olo-mainty, des Hova, des Masombika, des Zazamanga, des Makoa, des Sakalava, des Betsimisaraka, des Bezanozano, des Antankay, sans oublier les non-indiqués. À préciser effectivement que les Masombika et les Zaza­manga sont considérés comme non serviles, les premiers étant libérés en 1874, et deviennent « ambaniandro ». L’un d’entre eux est même un marchand relativement connu car son nom se retrouve très souvent parmi les demandeurs de passeports. Les Zaza­manga sont assez proches des Masombika avec lesquels ils sont souvent confondus.

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