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Bemiray – Social – Une Fondation qui vole haut

« Pour que la mer ne soit plus la limite de notre rizière »

Les grandes compagnies peuvent s’impliquer dans des actions sociales, comme c’est le cas d’Air France. Des associations travaillant dans l’humanitaire bénéficient alors de sa générosité par l’intermédiaire d’une Fondation. Bemiray de ce jour traite aussi de ces meetings et autres marches qui n’attirent pas la foule : pour Tom Andriamanoro, « vide » rime ici avec « bide ». Enfin, on ne peut qu’admirer le tapis mohair du Sud, particulièrement celui tissé à Ampanihy.

On entend rarement parler de cette Fondation d’entreprise pourtant très active, à croire qu’entre elle et le besoin de notoriété il y a plus loin et plus long encore qu’entre les deux pôles, même en vol sans escale. « Elle », c’est la Fondation Air France créée en 1992, qui agit discrètement en faveur des enfants malades, handicapés, ou en grande difficulté, en favorisant leur épanouissement et en leur offrant les opportunités de s’ouvrir à la vie. Elle accorde pour cela son soutien financier à des projets clairement identifiés avec un budget annuel avoisinant les deux millions d’euros. Pour ses quinze premières années d’existence, elle a apporté une aide à plus de cinq cent mille enfants en France et sur tous les continents.
En France, la Fondation agit chaque année dans une région en s’étendant aussi sur les départements ultramarins. Dans le reste du monde, les projets s’implantent en priorité dans les pays desservis par la compagnie dont Madagascar, très présent durant ces quinze premières années, comme l’atteste cette chronologie non exhaustive des actions et participations de la Fondation en terre malgache :
-1997 : la Procure des Missions du Père Franco Nicchi ouvre une école maternelle à Talatanampano, à l’intention de cinquante enfants vivant dans une grande précarité. La Fondation finance une grande partie des équipements et les fournitures scolaires pour trois ans.
-1998 : l’Association Les Amis de Topaze envisage la création d’un Centre d’accueil pour enfants maltraités. La Fondation participe à la construction.
-2003 : ATD Quart Monde souhaite construire une bibliothèque dans le quartier d’Antohomadinika. La Fondation s’engage à participer à son financement.
-2003 : La Fondation prend en charge l’équipement d’un Centre préscolaire accueillant deux cent cinquante enfants, initié conjointement par Enfance et Espoir et une association créée par un médecin malgache, ainsi que le fonctionnement de la cantine.
-2006 : Solidarité Parasol-Passerelle pour l’espoir a pour objectif la mise en œuvre de projets en faveur de l’enfance et de l’adolescence défavorisées. La Fondation participe à l’achat d’une camionnette destinée au transport de provisions et aux cas d’évacuation sanitaire.
-2007 : L’Association Bel Avenir met en place un programme d’amélioration du niveau éducatif de la population dans les provinces de Toliara et de Fianarantsoa. En partenariat avec la Fondation, elle envisage l’implantation de cellules d’écoute, de cantines sociales, et de points santé.
-2007 : l’Association Manaobe a pour objectifs de retirer les enfants des rues de cet environnement, et de diminuer la mendicité. Le projet présenté à la Fondation porte sur le suivi des enfants pris en charge, la réhabilitation des locaux, et la valorisation du processus de scolarisation.
-2008 : SOS Villages d’enfants, une 0NG créée en 1956, accueille des enfants orphelins, abandonnés, ou séparés de leurs parents. Ces enfants y bénéficient d’un accompagnement individuel favorisant leur développement personnel et leur insertion sociale. Le partenariat avec la Fondation Air France s’inscrit dans le long terme et pourrait être qualifié de modèle.
Le plus grand avionneur mondial, Boeing pour ne point le nommer, a pour slogan « Unir les hommes ». Il est réconfortant de voir que des compagnies que l’on croyait motivées uniquement par leur métier de transporteur aérien en ont fait une devise, pour donner leur part de soleil à tous ces oubliés qui ne mettront probablement jamais les pieds dans un avion…

La Fondation Air France a célébré son 25è anniversaire en 2017.
Les enfants de familles démunies bénéficient de soins auprès de SOS Villages d’enfants, grâce à son partenariat avec la Fondation Air France.

Rétro pêle-mêle

On est en 2007, et Air Madagascar le « Voron-tsara dia » semble avoir perdu ses marques dans la capitale française. On se rappelle quand il avait pignon sur l’avenue de l’Opéra, un emplacement que d’autres n’auraient pas cédé pour tout l’or du monde. C’est pourtant ce qui s’est passé quand il émigra rue des Boulets sans véritablement y prendre racine. La compagnie poursuivit ses pérégrinations pour se retrouver boulevard Hausmann au premier étage du 73. Il est vrai qu’à l’heure du Net et du billet électronique, il n’est plus indispensable d’avoir une devanture offrant leur part de rêve aux passants. Air Madagascar dont le ravinala du logo, une aberration, a pris une teinte argentée ou bordeaux, a été complètement « bouffé » par la mondialisation. Une légion étrangère s’est approprié les services commerciaux de Paris, arborant des CV faisant état de passages chez Air Corporate System, Alliance Monde, Aer Lingus, Miki Travel, ou United Airlines. Dans tout cela, le « Voron- tsara dia » n’était plus qu’une fiche de paie.

Un artiste, ou un politicien, peut se retrouver devant un coliseum quasiment vide.

Rassemblements – L’horreur du vide

C’était du temps où Antsonjombe n’était pas encore ce qu’il est aujourd’hui. Plutôt un champ laissé en friche, légèrement en pente, que les artistes s’étaient appropriés, trop heureux d’avoir un chez-soi aussi miteux fût-il. Un chanteur qui n’était ni le meilleur ni le plus mauvais y avait programmé son spectacle de l’année. Il avait oublié, ou ignorait benoitement que pour espérer se vendre, un concert, comme tout autre produit, avait besoin de se positionner longtemps à l’avance à coups de supports informatifs et de matraquage. Une autre paire de manche, et pas de guitare ! À l’heure prévue, il n’y avait sur les lieux que le service d’ordre. Après une attente de deux heures, le public était composé en tout et pour tout de sept personnes. Ils avaient su prendre leur mal en patience et avaient plus pitié du chanteur dont on connaissait les tendances évangéliques, qu’autre chose. Pas de sifflet, ni de « remboursez ! » Et l’artiste, beau joueur, eut l’honnêteté de faire son tour de chant devant ces sept spectateurs, dans un Antsonjombe qui n’avait jamais paru aussi immense…
Le vide, qui rime merveilleusement bien avec « bide », n’est pas la hantise des seuls artistes. Il est aussi celle des politiciens et on ne s’étonnera pas outre mesure si, par affinité, des chanteurs en vogue tendent souvent la main à ces politiciens réputés bons payeurs. Question de donner à ces derniers, moyennant espèces sonnantes, l’illusion d’un succès populaire. D’autres stratagèmes sont utilisés par les politiciens pour parvenir le plus près possible d’un remplissage correct. Payer l’assistance généralement composée de petites gens, par exemple. Cinq mille ariary, parfois même trois, et le tour est joué. Appauvrir la population pour pouvoir l’acheter pour une bouchée de pain, le refrain est connu. Mais il est aussi possible d’utiliser le poids de l’autorité en faisant appel aux ruraux, plus malléables.
Peu importe la distance, le transport est offert gratuitement en Mercedes 18 places où pour une fois la surcharge est tolérée.

Au lieu d’un raz-de-marée escompté, une manifestation des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon n’a pas attiré pas une foule.

« Pot-au-feu »
Une autre tactique pour rameuter la grande foule est ce qu’un journaliste français appelle celle du « pot-au-feu », en ce sens qu’on peut y mettre qui on veut. Cela implique un rabattage dans tous les milieux et tendances, avec pour seul dénominateur commun la contestation. Car le « pot-au-feu » tente plus particulièrement les partis d’opposition, selon la formule fourre-tout : « Si vous êtes contre quoi que ce soit, rejoignez-nous ». Et ça marche dans des pays comme Madagascar, et moins dans des pays comme la France. C’est la mésaventure survenue tout récemment aux Insoumis de Jean-Luc Mélenchon. Ils avaient promis un véritable raz-de-marée contre la politique d’Emmanuel Macron et n’ont obtenu que des vaguelettes : trente mille marcheurs à Paris et quatre-vingt dix mille dans toute la France, une misère…
Comme d’habitude, la palme du savoir-faire revient aux Allemands. À l’intention des associations et partis en manque de militants, un site a trouvé le filon en mettant des manifestants en location à l’heure ou à la journée, exactement comme on loue des autocars ou du matériel de sonorisation. L’idée est venue d’une manifestation pour laquelle la Fédération des Médecins Conventionnés n’a pas hésité à enrôler des chômeurs et des étudiants pour grossir ses rangs. Pour l’organisateur ce n’était ni plus ni moins qu’une opération de relations publiques comme une autre. Du côté des figurants, l’argent est, bien entendu, la motivation première mais certains, avant d’accepter, s’assurent que le profil du payeur correspond à leur éthique. Pas question par exemple de s’afficher avec des néo-nazis et autres milieux d’extrême droite, d’autant plus que les caméras des services de police ont la réputation d’être terriblement efficaces.

Artisanat – Tapis magique, tapis mohair

Ampanihy est une petite bourgade égarée dans les immensités de notre Deep South, pratiquement à mi-distance de Toliara et de Taolagnaro. Dans tous les foyers, mahafaly et antandroy, le meuble principal est un métier à tisser, car ici on tisse depuis des générations. Cela fait partie des tâches ménagères, au même titre que la préparation du repas quotidien. Car Ampanihy, c’est connu, est le berceau du tapis mohair. Mais aussi idyllique qu’il soit, le tableau a des zones d’ombre car le cheptel s’amenuise. Un jour viendra où il n’y aura plus de laine à Ampanihy.
Paradoxalement, cette échéance n’affectera pas le mohair haut de gamme qui se confectionne dans l’atelier d’un expatrié. Ce dernier importe sa matière première d’Afrique du Sud, tout en utilisant en parallèle la même main-d’œuvre que les familles. C’est pour cela d’ailleurs qu’il se refuse à délocaliser son entreprise, car il ne trouvera pas ailleurs d’ouvrières aussi habiles.
Avec ses 70 000 nœuds au mètre carré, le haut de gamme d’Ampanihy figure parmi les tapis les plus beaux et les plus confortables du monde. Il distance même ceux de Turquie, de Colombie, et des pays d’Asie Centrale. Mais il ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt : le vrai tapis artisanal malgache, qui se tisse dans les modestes habitations, doit être préservé, et cela passe par une revitalisation de l’élevage de la chèvre.

Le tissage d’un tapis mohair de la laine de chèvre angora exige de la dextérité
et de sens aritistique.
Un beau tapis mohair produit par Eric Mallet à Ampanihy.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Textes : Tom Andriamanoro
Photos : l’Express de Madagascar – Eric Mallet – fournies – AFP

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