Editorial

Mort sur ordonnance

Les députés ont renforcé les pouvoirs du président de la République hier. Un vote massif a donné l’autorisation au Président de légiférer sur ordonnance pour une période indéterminée et concernant les projets de développement. La Constitution prône pourtant une période déterminée et pour des objets précis. Les pouvoirs du Président sont donc nettement étendus au moins jusqu’à la mise en place de la nouvelle Assemblée. Autrement dit, pas avant le mois de juillet si la date des législatives proposée par la Ceni, le 27 mai, est retenue par le gouvernement. On aurait été donc plus rassuré si l’autorisation était limitée dans le temps. Le gouvernement pourrait bien reculer davantage les législatives afin de mettre le Président à l’abri des secousses parlementaires. Le Parlement sera la dernière plateforme où l’opposition pourrait se faire entendre si elle obtient la majorité ou du moins équilibrer les débats.
Mais c’est moins le fond que la forme qui inquiète dans cette disposition prévue par la Constitution. Les députés auront donné une image pitoyable jusqu’au bout de leur mandat. Jamais, dans l’histoire, une Assemblée nationale n’a été autant secouée par des scandales financiers et des valses des députés d’un parti à l’autre. Durant quatre ans, ils étaient à peine une dizaine en moyenne à montrer une assiduité pour le vote des lois d’une importance capitale alors qu’hier, ils étaient quatre vingt quinze sur cent quatre pour se priver de leur attribution et la donner au Président. Le comble est qu’il s’agit des mêmes députés élus sous d’autres étiquettes reconvertis HVM avant de grossir les rangs du Mapar. Ils ont voté hier ce qu’ils ont reproché à Rajaonarimampianina.
On se demande si les lois votées à l’Assemblee nationale ont vraiment servi l’intérêt général. Si ce n’est pas le cas, le Parlement constitue une façade à la démocratie. Tout compte fait, l’idée de supprimer le Sénat n’est pas mauvaise mais tant qu’à faire autant raser également l’Assemblee nationale. Les députés ont eux-mêmes signé leur arrêt de mort. Le Président peut légiférer sur ordonnance dans un délai illimité. Autant le faire jusqu’à la fin de son mandat. Cela nous épargnera des sessions complètement inutiles et comme le dit le Président, on en fera une sacrée économie avec l’épargne générée par la suppression. Il y aura, à coup sûr, moins d’histoire et de face à face fastidieux et fallacieux entre députés et membres du gouvernement. Une comédie de mauvais goût juste révoltante. Reste à savoir si le Président peut légiférer la mort des deux chambres sur ordonnance.

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter