Chronique de Vanf

Dans la nuit de lundi à mardi

Akbar se reconnaîtra : j’ai donc commencé à lire Yuval Noah Harari, «le penseur le plus important du monde» (Le Point, 20 septembre 2018). L’auteur de «Sapiens» (première édition publiée en hébreu en 2011), dont j’ai précisément un exemplaire sous les yeux.
Yuval Noah Harari parle donc de la «révolution cognitive»: de nouvelles façons de penser et de communiquer apparues entre 70.000 et 30.000 ans avant notre ère. Et d’écrire : «la caractéristique véritablement unique de notre langage, c’est la capacité de transmettre des informations (…) sur des choses qui n’existent pas. Pour autant que nous le sachions, seuls les Sapiens peuvent parler de toutes sortes d’entités qu’ils n’ont jamais vues, touchées ou senties. Légendes, mythes, dieux et religions – tous sont apparus avec la Révolution cognitive (…) On conviendra sans trop de peine que seul l’Homo Sapiens peut parler de choses qui n’existent pas vraiment et croire à six choses impossibles avant le petit déjeuner. Jamais vous ne convaincrez un singe de vous donner sa banane en lui promettant qu’elle lui sera rendue au centuple au ciel des singes. (…) c’est la fiction qui nous a permis d’imaginer des choses, mais aussi de le faire collectivement. (…) Ces mythes donnent au Sapiens une capacité sans précédent de coopérer en masse et en souplesse. Fourmis et abeilles peuvent aussi travailler ensemble en grands nombres, mais elles le font de manière très rigide et uniquement avec de proches parents. Loups et chimpanzés coopèrent avec bien plus de souplesse que les fourmis, mais ils ne peuvent le faire qu’avec de petits nombres d’autres individus qu’ils connaissent intimement. Sapiens peut coopérer de manière extrêmement flexible avec d’innombrables inconnus. C’est ce qui lui permet de diriger le monde pendant que les fourmis mangent nos restes et que les chimpanzés sont enfermés dans les zoos et dans les laboratoires de recherche».
Le magazine «The Economist» qualifie Yuval Noah Harari de «intellectuel global du XXIème siècle». Plus sobrement, j’aurais aimé que nos classes de philo aient comme prof ce docteur en histoire capable de faire rire sur la «théorie du commérage» et la «théorie du lion près de la rivière».
Après «Sapiens», il a continué avec «Homo deus» et «21 leçons pour le XXIème siècle». Dans ce dernier livre, il parle de «post-vérité» : «Homo sapiens est une espèce postvérité dont le pouvoir suppose qu’on crée des fictions et qu’on y croie».
Ces notes d’une lecture, apparemment savante, pour vous parler d’une fiction toute bête : la capacité que nous avions eu, tous, d’inventer un «Nouvel An» et de croire, tous, qu’on en franchissait le seuil très physique dans la nuit d’un lundi 31 décembre au mardi 1er janvier. Bonne Année 2019.

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