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Andry RAJOELINA – “Nous voulons un scrutin propre et transparent”

C’est avec un capital confiance, visiblement, intact que le candidat numéro 13 s’engage dans le deuxième tour de la présidentielle. Il martèle une conditionnalité, que le scrutin soit propre et transparent. Interview à cœur ouvert.

• Après avoir estimé gagner dès le premier tour, dans quel état d’esprit abordez-vous ce deuxième tour ?
– Je suis candidat pour sauver la Nation, pour la victoire de la nation. Ce n’est pas la première fois que nous faisons une campagne pour la présidentielle. Par rapport à celle de 2013, pourtant, nous avons ressenti, cette fois-ci, un grand engouement populaire tant dans l’accueil de la population, que sur l’attention qu’elle porte à notre programme. Nous étions certains d’arriver en tête et c’est le cas. Ceux qui ont voté pour moi ont espéré la victoire puisqu’ils ont perçu cet engouement durant la campagne, ce plébiscite de celui qui peut réellement sauver Madagascar.

•Avec trente-six candidats inscrits, penser gagner dès le premier tour n’était-il pas utopique ?

-Je vais vous dire une chose. En 2013, à l’issue du premier tour, le candidat Hery Rajaonarimampianina avait obtenu près de sept-cent-cinquante mille voix. Le candidat Jean Louis Robinson, avait eu environ neuf-cent-cinquante mille voix. Cette fois-ci, j’ai obtenu près de deux millions de voix, malgré les anomalies. Nous pouvions donc, légitimement, envisager une victoire au premier tour vu ce score et le déroulement de la campagne électorale. Nous prenons part au deuxième en ayant confiance que nous resterons en tête à l’issue du vote du 19 décembre.

•En cas de défaite, quelle serait votre réaction ?

-Laissons le peuple choisir. Quant à moi, je fournirais l’effort nécessaire pour convaincre ceux qui hésitent, ceux qui n’ont pas voté. Je suis confiant du fait que le taux de participation augmentera puisque la population est face à un tournant dans l’histoire du pays.

Quand je dis, aujourd’hui, que nous allons
rattraper le retard de développement de
Madagascar, je vous donne rendez-vous d’ici
cinq ans pour voir le résultat

•Les réactions de plusieurs candidats dont vous, à l’issue du premier tour, ont brandi une contestation des résultats. Après la proclamation à la HCC, vous aviez déclaré que vous acceptez les résultats. Garderiez-vous la même posture à l’issue du second tour ?

-Quand vous participez à une compétition, vous acceptez l’arbitre. La seule chose que vous pouvez faire, c’est de demander un arbitrage impartial. La population veut une élection propre et transparente. Nous avons voulu pouvoir confronter et valider avec nos exemplaires des procès-verbaux (PV), les résultats traités au niveau des SRMV [Sections de recensement matériels de vote]. Je n’ai pas fait de polémique à l’issue du premier tour. Nous voulons, néanmoins, que le deuxième tour soit réellement propre et transparent, parce que la population ne veut plus de trouble.

•Vous semblez laisser entendre que vous n’accepteriez pas les résultats du deuxième tour si vos conditions ne sont pas acceptées.

-Non. Ce n’est pas du tout le cas. Ce n’est pas ce que je veux dire. Tout ce que je demande, c’est que l’élection soit propre et transparente. Nous allons observer le déroulement du vote depuis les bureaux de vote. à la réception des PV, nous allons faire les confrontations dès les SRMV. Nous allons placer quatre personnes au moins, au niveau de chaque bureau de vote. Nous n’allons pas frauder. Nous voulons juste la transparence. Après, il faut que le perdant se taise et laisse le Président élu travailler, comme je l’ai fait durant les cinq dernières années.

•Des analystes disent que vous avez misé votre campagne du premier tour sur le populisme. Comment comptez-vous manœuvrer cette fois-ci ?

Il ne faut pas confondre populisme et savoir convaincre la population sur la base d’un programme. Aucun candidat à la présidentielle, avant moi, n’a proposé une convention avec la population et fait le serment de l’honorer. Les solutions que je propose sont mesurables et quantifiables. Quand je dis, par exemple, que pour lutter contre l’insuffisance alimentaire, nous allons élargir de cent mille hectares les rizières. Pareillement, lorsque je parle de doubler la production d’électricité d’ici cinq ans.

•Comment allez-vous financer tous ces projets ? Comptez-vous augmenter les taxes ou serait-ce essentiellement par des financements extérieurs ?

-Ce qui manque dans ce pays c’est une volonté politiqué accompagnée d’actions de l’état. Ce ne sont pas les investisseurs privés qui manquent. Seulement, la procédure et la corruption douchent leurs intentions. S’agissant du financement, nous allons utiliser d’abord nos ressources propres en maîtrisant nos richesses. Il y aura, aussi, les bailleurs traditionnels et le partenariat public-privé. Pour la construction de building, par exemple, les premiers seront terminés d’ici un an et demi. Ce sera, aussi, des sociétés privées qui y investiront.

•Vous affirmez que des investisseurs sont déjà prêts à financer vos projets. N’y aurait-il donc, plus d’appel d’offres ?

-Tout ce que nous faisons et allons faire suit et suivra la loi. Plusieurs investisseurs sont intéressés par Madagascar, d’autres sont déjà là depuis plusieurs années. Seulement, nous manquons de volonté politique, la procédure est trop lourde, des conditions sont floues. Nous allons casser le monopole à Madagascar, nous lancerons des appels d’offres ouvertes.

•Vous parlez d’amélioration des conditions d’investissement, de lutte contre la corruption, de bonne gestion des ressources et de volonté politique. Pourquoi ne pas avoir agi dès la Transition ?

-Je voudrais rappeler que la communauté internationale a imposé une cohabitation politique durant la Transition. Nous étions quatre mouvances à diriger la Transition. La Feuille de route me limitait dans la gestion des affaires courantes et l’organisation des élections. Maintenant, Andry Rajoelina en 2009, est différent de celui de 2018.

Qu’est-ce qui a changé ?

-En 2009, je ne me suis pas préparé à diriger le pays. Je n’avais pas de programme. Je n’avais pas d’équipe d’experts qui m’entoure. Andry Rajoelina de 2018, s’est préparé, s’est formé, a un programme, propose une convention à la population et collabore avec plusieurs techniciens nationaux et étrangers.

•En 2009, justement, la légitimité populaire a été votre principal argument face à vos détracteurs. Le faible écart de voix entre vous et le candidat Marc Ravalomanana, ne remet-il pas en cause la légitimité des faits de 2009 ?

-Au contraire, ce résultat confirme la légitimité du mouvement. Les chiffres confirment que je suis celui qui a eu le plus de suffrage. J’ai gagné à Antananarivo, capitale de Madagascar. J’ai gagné largement dans tous les chefs-lieu de province.

•L’écart n’est, cependant, pas très large. Comment allez-vous convaincre ceux qui n’ont pas voté pour vous, les indécis, ceux qui se sont abstenus pour confirmer cette avance ?

-Je tiens à souligner que plusieurs de ceux qui n’ont pas voté n’ont pas eu leur carte électorale. Cela n’empêche pas que j’appelle tous les électeurs à aller aux urnes. C’est un devoir citoyen. Je suis, par ailleurs, convaincu que si l’on parle de programme, l’IEM [Initiative pour l’émergence de Madagascar], est la seule vision quantifiable et mesurable. La seule qui s’accompagne de conventions avec la population.

•Les projets que vous annoncez font, pourtant, l’objet de raillerie, comme lorsque vous faites référence à Miami ou Paris.

-à Toamasina, j’ai dit :
« En France, il y a Saint-Tropez. Aux états-Unis, ils ont Miami. à Toamasina, regardez le bord de la mer. Nous pouvons réhabiliter ce bord pour ressembler aux plages de Miami ». Je vous le dis, ceux qui me critiquent, aujourd’hui, seront les premiers qui voudront voir ce bord de la mer de Toamasina qui ressemblera à ces célèbres places à l’étranger. Je tiens à le souligner, j’ai parlé du bord de la mer et non pas de la ville. Pareillement, à Ambatondrazaka. J’ai dit :
« Voulez-vous que ce stade soit aux normes ? Aux normes comme ceux à Paris ? Nous allons faire de ce stade un stade aux normes comme ceux à Paris».

•Il est, néanmoins, difficile de croire que vous réussiriez à tout faire en cinq ans.

-Je suis une personne qui voit les choses en grand. Je l’ai déjà démontré lorsque j’étais candidat maire où j’ai annoncé la construction du Coliseum. Ceux qui m’ont raillé à l’époque, dont le parti TIM [Tiako i Madagasikara], se bousculent, aujourd’hui, pour utiliser ce site. Pareillement, quand j’étais maire d’Antananarivo, où j’ai dit que nous allons reconstruire le palais de la ville. C’est le parti de celui qui a voulu m’empêcher de le faire, mon adversaire, qui y travaille, actuellement. Alors quand je dis, aujourd’hui, que nous allons rattraper le retard de développement de Madagascar, je vous donne rendez-vous d’ici cinq ans pour voir le résultat. Ceux qui se moquent de moi, aujourd’hui sont ceux qui jouiront des fruits de ce travail.

•Comment allez-vous convaincre la population de vous suivre dans ces projets, d’accepter les contraintes qu’ils impliqueront ?

Madagascar a besoin d’un grand leader, un jeune patriote, visionnaire qui rassemble tout un peuple autour d’un programme. C’est ce que je propose à la population aujourd’hui. Quand je parle de la création d’une nouvelle ville, par exemple, il n’y aura ni expropriation, ni démolition. Nous allons construite cette ville sur les terres inhabitées de la rive gauche de la rivière Ikopa qui est, d’autant plus, une zone non inondable.

•Et où comptez-vous construire les nouveaux logements que vous annoncez ?

-Ils seront construits dans les nouvelles villes. Nous allons créer de nouvelles villes dans plusieurs localités, comme à Toamasina, ou Mahajanga. Notre objectif est de construire entre quarante et cinquante mille logements d’ici cinq ans.

•Pour la construction d’infrastructures routières, y aura-t-il des risques d’expropriation pour utilité publique ?

-C’est aux urbanistes de voir les plans de ces infrastructures. Ne nous focalisons pas sur les démolitions. Je suis un bâtisseur. Ce qui sera bâtisera pour l’intérêt de la population. Il n’y aura, cependant, pas de forcing. Il y aura des relogements et des indemnisations suivant la valeur des biens concernés et même mieux. Tout se fera dans les règles, le respect de chaque individu et de leur droit.

•L’économie du pays dépend, surtout, de ses recettes fiscales. Comment comptez-vous augmenter notre assiette fiscale qui est parmi les plus faibles en Afrique ?

-Ramener tous ceux qui sont dans l’informel dans le secteur formel. Il s’agira, aussi, de maîtriser nos richesses naturelles, comme l’or. Nous aurons des réserves conséquentes qui stabiliseront notre monnaie. La vente augmentera nos recettes. Il s’agira, aussi, d’utiliser notre propre argent. Dans mon programme, je prévois de transformer la Caisse d’épargne en banque d’état, en banque d’investissement. Elle dispose de plusieurs milliards de réserve. Il y a, également, la lutte contre la corruption qui nous coûte plusieurs milliards d’ariary.

•Des industriels et hommes d’affaires comptent parmi vos proches. Ces derniers ont, probablement, financé votre campagne. Parmi eux, il y a cependant, ceux qui sont cités dans des enquêtes pour corruption, ainsi que d’exploitation illicite de ressources naturelles. Comment allez-vous manœuvrer ? Qu’en sera-t-il de l’indépendance de la Justice ou des enquêteurs ?

-Je vous le garantis, je mènerai une lutte sans merci contre la corruption. Je n’aurai aucun état d’âme contre quiconque entravera la loi. Il faut, toutefois, voir que lorsqu’un industriel ou homme d’affaires malgache réussit, nous Malgaches, pensons toujours qu’il y a quelque chose de louche. Lorsqu’il s’agit d’opérateurs économiques étrangers, pourtant, personne n’a rien à redire ou ne s’interroge sur l’origine de leur fortune. Il y a, probablement, aussi une mentalité à changer. Mais, pour ma part, je combattrai la corruption qu’elle soit nationale ou étrangère.

•Qu’en est-il de votre relation avec la communauté internationale, actuellement, surtout qu’elle vous a qualifié d’auteur de coup d’Etat après les événements de
2009 ?

-Il y a eu un énorme changement. Le contexte a changé. En 2009, j’ai dirigé un pays à l’issue d’une révolution populaire. Il y a tout de même eu une reconnaissance après, puisque j’ai été accepté comme Président de la Transition. En 2013, j’ai montré l’exemple en Afrique, en faisant une passation démocratique. Mon image sur la scène internationale, aujourd’hui, est celle d’un Chef d’Etat qui a respecté un passage de pouvoir démocratique. Je peux vous dire que mes relations avec la communauté internationale sont excellentes.

•Je voudrais parler du financement de votre campagne. Certains évoquent 180 millions de dollars dépensés pour le premier tour. Auriez-vous une estimation de votre fonds de campagne pour cette présidentielle ?

-Ceux qui avancent ce chiffre disent n’importe quoi. Il n’y a rien à cacher, d’autant plus, la loi impose que chaque candidat tienne un compte de campagne et en fasse part aux autorités compétentes le moment venu. Seulement, j’ai la chance d’avoir le soutien de bon nombre d’opérateurs économiques et de citoyens qui m’aident dans ma campagne électorale puisqu’ils croient en mon programme, ils croient en moi, ils croient en l’avenir de Madagascar. Durant mes tournées je suis même hébergé gratuitement. Je tiens, également, à souligner que tous ceux qui assistent à nos meetings viennent de leur plein gré.

•Vous êtes pourtant, cité parmi ceux qui ont payé des personnes durant les meetings, dans le rapport des observateurs européens.

-Je n’ai jamais payé quelqu’un pour assister à mes meetings ou voter pour moi, jamais. à titre d’exemple, aucun de ceux qui étaient au Coliseum n’ont été transporté. Pour moi, l’amour est le plus important. Dans certaines localités, les dépenses de campagne proviennent-même des cotisations des militants. Contrairement à ce que pensent les gens, il n’y a pas de dépenses ostentatoires. Même pour les artistes. S’il était question d’argent, ils ne me suivront pas. Ils le font par conviction, même gratuitement.

•Le déploiement de vos hélicoptères durant la campagne impressionne tout de même et amène à se poser des questions sur vos dépenses.

-J’utilise trois hélicoptères. Leur utilisation est régie par des contrats qui figurent dans nos comptes de campagne. Pourquoi lorsque c’est Andry Rajoelina qui utilise trois hélicoptère on s’interroge sur ses dépenses, mais quand le candidat numéro 25 déploie deux hélicoptères, juste un de moins que le mien, il n’y a aucun problème ? Qu’il utilise un troisième alors.

•Après ce que vous avez déployé au premier tour en reste-t-il encore pour le second tour ?

-Même s’il ne me reste plus qu’un micro, je ferais campagne. La question du financement me rappelle ma campagne lorsque j’étais candidat maire. Tous ceux qui m’ont soutenu et aidé ont été des volontaires. Ce que j’avais à l’époque était ma foi et ma détermination. C’est toujours le cas, aujourd’hui. J’ai la foi et la conviction que Madagascar doit gagner.

7 commentaires

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  • Samy mihandrahandra fifidianana madio daholo ny rehetra fa ny kandida koa dia mila mitana ny teny nomen’ny tamin’ny vahoaka koa ny kandida mba tsy hampikorontana ny vahoaka,amin’izay mba fitia mifamaly .

  • Hianareo ihany no mandoto ny fifidianana eto ary manao kilalao maloto koa mody hianareo indray no mangataka fifidianana mangarahara eo. Lany angaha ny vola hividianana vaton’olona?

  • ny fifidianana mangarahara no tena tadiavina, ary amiko, aleo amin’izay ny tena fahamarinana no tena hajaina ka tsy hisy intsony ireo isintona lakolosy sy hanao mamo miantso polisy.

  • ce qui me surprend beaucoup c’est qu’il veut rattraper neuf ans de chaos qu’il a généré depuis 2009 en 5 années; à quand la traversée du lac d’Ivato en marchant sur l’eau ???

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