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La génération y face au monde du travail l’essor du freelancing

Henri 1 Louis Mencken disait : « La seule liberté que l’homme simple désire vraiment, c’est celle de démissionner de son job, de se faire dorer au soleil et de se gratter là où ça le démange. » Cette citation exprime parfaitement la vision que tout professionnel a déjà eu de son travail. La génération Y, née entre 1980 et 1998, a fait de ce désir de liberté une réalité et une évidence. Elle ne part peut-être pas au soleil, mais elle a décidé de s’affranchir du salariat pour s’orienter vers un mode de travail privilégiant l’autonomie, la flexibilité et l’indépendance. Ce mode de travail est communément appelé par le terme anglo-saxon « freelancing » qui désigne le travail indépendant. Les freelancers sont alors des travailleurs indépendants qualifiés qui choisissent de se mettre à leur compte sans employer d’autres personnes2. Le cabinet de conseil américain McKinsey estimait récemment que 20 à 30 % de la population en âge de travailler aux États-Unis et dans quinze pays d’Europe ¬gagneraient tout ou une partie de leur revenu en indépendant. Aux États-Unis, un actif sur trois travaille aujourd’hui en freelance. D’ici 2020, ce sera un sur deux.
Cet article présente des résultats d’une étude faite sur des jeunes Tananariviens, de 20 à 38 ans qui ont suivi des études supérieures.

La génération Y sur le marché du travail
Selon Alain Caroll, la génération Y est caractérisée par une forte méfiance envers le marché du travail3. Comparée à ses prédécesseurs, cette génération est encore plus confrontée aux clauses restrictives des emplois, aux travaux précaires et contrats ponctuels, et font face à un marché du travail plus fragmenté et insécurisant.
À Madagascar, 20% des jeunes diplômés sont au chômage et huit Malgaches sur dix sont sous-employés. Ce taux s’explique, d’une part, par la prédominance du secteur informel, mais aussi par le sous-emploi touchant particulièrement les jeunes qui vivent en milieu urbain. Par conséquent, 60% des jeunes Malgaches sont sous-employés ou effectuent des travaux qui ne correspondent pas à leurs diplômes (inadéquation formation-emploi)4.
Cette précarité pourrait trouver son origine aussi bien dans la demande de la part des entreprises que dans la qualité de la main-d’œuvre. L’enquête que nous avons faite sur les offres proposées par les entreprises locales et la demande des actifs à Antananarivo, a démontré qu’outre l’inadéquation entre l’offre et la demande ainsi que l’inadéquation formation-emploi, les offres disponibles auprès de ces entreprises ne satisfont pas la demande. L’alternative à cette précarité pourrait être le développement de l’auto-entrepreneuriat. Aussi, le développement du numérique et la globalisation offrent des opportunités professionnelles qui vont au-delà des blocages liés au temps et à l’espace. De plus en plus de travailleurs qualifiés s’orientent actuellement vers le freelancing via différents outils dont les plateformes numériques. Alors que l’opinion générale a tendance à limiter le concept aux métiers créatifs (graphiste, photographe, auteur …), les travailleurs indépendants exerçant en tant que cadre, professionnel, scientifique et technique, peuvent être aussi considérés comme des freelancers. Le freelancing est ainsi un nouveau souffle pour les travailleurs qualifiés qui souhaitent s’affranchir de la courbe du chômage. Son développement pourrait également être une opportunité pour l’insertion, dans le marché du travail formel des moins instruits qui constituent la majorité des actifs Malgaches.

Le numérique, à la source des mutations dans le monde du travail
Michel Serre parle de la révolution numérique non comme une révolution industrielle, mais comme une révolution anthropologique5. Selon ce philosophe, le numérique a donné naissance à une génération qui a la responsabilité de réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… Cette génération pragmatique et consciente est désormais guidée par les valeurs de transparence, de responsabilité et de durabilité. Qu’arrive-t-il alors quand ces individus rentrent dans des entreprises, héritières de deux cents ans de théories des organisations? Ils se heurtent à des modèles de management, de leadership, des systèmes organisationnels qu’ils ne comprennent pas. D’où l’apparition des stéréotypes souvent associés à la jeune génération comme l’instabilité, l’insatisfaction, l’arrogance…
Les entreprises se doivent ainsi de repenser ces modèles existants afin de répondre aux aspirations d’une génération d’actifs qui exigent plus d’agilité, de collaboration et d’ouverture sur un écosystème. Aussi, le développement de nouveaux modes d’organisation, amplifié par la crise économique, a-t-il renforcé la précarisation de l’emploi, la dualisation du marché du travail et le morcellement des parcours.

Ces changements managériaux sont détaillés par les différents points du management 2.06. Il s’agirait tout d’abord de l’intégration des outils numériques dans l’organisation. On observe aussi l’émergence des modèles hiérarchiques collaboratifs, de plus en plus horizontaux, favorisant le décloisonnement des tâches et la gestion en mode projet. Le manager passe alors du rôle de chef au rôle de coach, coordinateur et fédérateur. À ceci s’ajoute l’impératif de transparence par la libération de l’information et enfin, la prise en compte de la génération Y puisque celle-ci formera 70% des actifs d’ici 2025. Mue par ces aspirations, cette génération attend de ces organisations qu’elles lui proposent des manières plus créatives et libres de travailler comme l’intrapreneuriat et surtout le freelancing.
La génération Y emmène alors le rapport au travail vers un nouveau paradigme. Au lieu de gérer une carrière, elle entreprend une carrière. Elle se construit sa trajectoire professionnelle grâce à plusieurs expériences toutes aussi enrichissantes les unes que les autres.

Génération Y, génération freelance ?
L’opinion générale a tendance à associer le freelancing à la seule précarité du travail. La réalité vécue par les freelancers est toutefois plus nuancée. Certes, la situation du marché du travail et la mutation économique actuelle sont des facteurs déterminants de l’essor du freelancing, mais la tendance relève aussi d’une transformation culturelle et sociale profonde apportée par la génération Y.

Une enquête auprès des jeunes professionnels à Antananarivo a démontré que les caractéristiques générationnelles7 ont une influence sur le choix du mode de travail. Les caractéristiques de la génération Y ont ainsi tendance à être retrouvées chez le freelancer. Ce sont ses caractéristiques qui la poussent à s’affranchir des modèles établis et à sortir de sa zone de confort. Tandis que celles du salarié demeurent dans une logique d’intégration en entreprise. À l’opposition de ses prédécesseurs qui recherchaient une sécurité à travers leur travail, si bien que l’idéal professionnel était de devenir fonctionnaire, les caractéristiques de la génération Y présentent une toute autre aspiration. Les caractéristiques en question sont liées à l’usage accru de la technologie de l’information et de la communication qui, pour eux, n’est plus seulement un outil, mais un véritable langage. Ensuite le court-termisme puisque cette génération a du mal à se projeter à long terme, est opportuniste et son sentiment d’appartenance organisationnelle est faible. Enfin, les Y, dans le monde du travail, sont dans une logique d’épanouissement. Derrière cela, se trouvent les thématiques de recherche de sens, de reconnaissance, d’accomplissement et d’équilibre vie privée-vie professionnelle.

Toutefois, l’enquête a démontré que, contrairement à la théorie qui stipule que les Y attendent que leurs activités répondent aux questions qu’ils se posent, mais non qu’elles leur apportent un confort matériel, le Y tananarivien est encore dans une logique de recherche de stabilité. L’environnement peu sécurisant où évoluent ces jeunes, les conduit vers une logique de survie qui, selon eux, n’est accessible que par le contrat social du salariat. Pourtant, l’enquête a révélé que les attentes et aspirations générationnelles à Antananarivo sont loin d’être aux antipodes de la théorie. La présence de caractère court-termiste et de recherche de stabilité témoigne des aspirations contradictoires de cette génération. Ces contradictions dépassent et agacent souvent les générations précédentes qui, jusqu’à présent, forment la majorité des managers et leaders du pays.
Les aspirations, les valeurs, les comportements de la génération Y façonneront le monde de demain et deviendront les normes. Si nous regardons ces jeunes d’un angle différent, au-delà des stéréotypes, nous retrouvons une génération qui, dans un contexte précaire, cherche à trouver sa place, à faire entendre sa voix et à faire la différence. « Soyons indulgents avec eux, ce sont des mutants », disait Michel Serre. Enfin, pour pouvoir être le levier de ces transformations, les jeunes Malgaches doivent impérativement s’affranchir de la passivité et l’inertie qui lui colle trop souvent à la peau et adopter un comportement favorisant la prise d’initiative, le sens de la responsabilité et l’audace. Koffi Annan disait : « L’avenir vous appartient, mais il ne peut vous appartenir que si vous y participez et le prenez en charge. »
Henry Louis MENCKEN (1880-1956), plus connu sous le nom de H. L. Mencken, est un journaliste, linguiste, satiriste, critique social et un libre penseur, surnommé « le sage de Baltimore » ou encore « le Nietzsche américain »

Source: [https://cdn.hopwork.com/etude-freelance-2017/etude-complete-hopwork-ouishare-2017.pdf]
ALLAIN Carol. Le choc des générations : Cohabiter une responsabilité partagée, Les productions Carol Allain, 2010, 230 p
INSTAT, BIT. Enquête sur la transition des jeunes dans la vie active, Antanarivo, 2016, 74 p
SERRE Michel, La Petite Poucette, Le Pommier, mars 2012, 68p
CERCLE HUMANIA, APEC, KURT SALMON. Une fonction RH Digitale engagée à accompagner la transformation numérique de son entreprise, Kurt Salmon, 2015, 36p
PICHAULT François, PLEYERS Mathieu. Pour en finir avec la génération Y, enquête sur une représentation managériale, Annales des mines-Gérer et comprendre, ESKA, 2012, p39-54

Cahier du management
par ISCAM en collaboration avec l’Express de Madagascar

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