Editorial

L’an pire

Malédiction ou fatalité ? A chacun son appréciation toujours est-il que l’année commence mal malgré toutes les prières débitées ici et là. Le sort semble s’acharner sur le pays désireux de relever la tête et d’aller de l’avant après un demi-siècle et une décennie d’aventures sans lendemain, de promesses creuses, de démagogie éhontée, de supercherie gratuite.
Au lendemain de l’investiture du nouveau président, les faits rappellent qu’une élection démocratique n’apporte pas des solutions par claquement des doigts. Que l’homme propose mais une autre force dispose.
Deux cyclones, un glissement de terrain meurtrier, une inondation, un incendie, une attaque armée en pleine rue… sont déjà venues importuner le jeune pouvoir. Le bilan est lourd. Vingt sept morts du mauvais temps, des milliers de sinistrés, un mort par balle. Un premier mois et dix premiers jours particulièrement compliqués.
On ne peut rien contre les caprices de la nature, la colère de Dieu, l’ivresse de l’orage dont on a titillé l’amour propre par des pluies artificielles. En revanche on peut très bien faire quelque chose contre l’insécurité, les rapts et les kidnappings, les braquages, les attaques armées. Si l’utilisation abusive des gyrophares peut faire l’objet d’une séance suivie d’un communiqué au conseil de gouvernement, l’insécurité devrait bénéficier d’une séance spéciale et urgente à Mahazoarivo et à Iavoloha. Les rapts et kidnappings ne se réduisent plus à une affaire entre Indiens comme on aime à le répéter, pour susciter une indifférence coupable, puisqu’a Tsaratanana ce sont bel et bien des bandits malgaches qui prennent en otage leurs compatriotes.
C’est bien de se soucier de la sécurité dans les campagnes et de se doter de matériel pour combattre le fléau du vol de bœufs, mais il ne faut pas occulter la sécurité des citadins.
Les anciens dirigeants n’ont absolument rien fait pour juguler le mal. Une liste des kidnappeurs a été remise au Premier ministre et au président de la République du régime précédent par l’ambassadeur de France qui a été prié de plier bagage. Depuis, les kidnappings n’ont jamais été aussi florissants. Aussitôt que la police annonce avoir arrêté des kidnappeurs redoutables, un Indien se fait enlever. C’est exactement le cas hier. Dans la matinée, la gendarmerie abat un présumé membre d’une bande de kidnappeurs qui fomentait un coup à Andohatapenaka, l’après-midi une tentative de kidnapping qui finit par la mort du fils de la personne ciblée, se passe à Tanjombato. La veille la police a cueilli deux prétendus kidnappeurs à Ambatobe.
Les bandits doivent bénéficier d’une solide protection pour oser narguer la police et la gendarmerie de cette façon. Les arrestations  n’ont jusqu’ici aucun effet sur la recrudescence du kidnapping.
Si une bagarre de rue avait attiré l’attention de la primature dont la célérité de la réaction a surpris, on se demande pourquoi les kidnappings en particulier et l’insécurité en général ne suscitent guère la préoccupation de Mahazoarivo et d’Iavoloha.
On peut faire tous les projets et toutes les projections, l’an pire semble au milieu du foyer.

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