Réunion de Pretoria
La Troïka entretient le suspense
Norbert Lala Ratsirahonana ne croit pas à l’amnistie de Ravalomanana (Photo : Hery Rakotondrazaka)
L’adoption des mesures d’apaisement, y compris l’amnistie intéressant l’ancien président Marc Ravalomanana, risque encore de ne pas être simple.
« Les parties prenantes malgaches sont invitées à accélérer le processus de mise en œuvre de tous les autres articles de la Feuille de route, en particulier ceux relatifs aux mesures de confiance », a indiqué le communiqué de la Troïka, organe de coopération de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et transmis, hier après-midi, par la présidence de la Transition. « Il s'agit notamment de la promulgation des lois d'amnistie, la libération des prisonniers politiques, le retour sans condition des exilés politiques», a poursuivi le texte.
48 heures après le rendez-vous, la Troïka daigne enfin publier un communiqué sur la « réunion d’urgence » à Prétoria, avec la participation de certains acteurs politiques malgaches. Elle préfère encore rester dans le vague concernant le cas précis de l’ancien président Marc Ravalomanana. En revanche, elle est claire concernant le calendrier pour l’adoption d’une loi d’amnistie pour le 29 février.
Comme toujours, l’absence de déclaration franche de la Troïka fait déjà naître des divergences d’interprétation de la situation. « Rien n’est encore décidé. Il appartient au Parlement d’étudier la situation et de trancher. S’il [Marc Ravalomanana] est amnistié, tant mieux, dans le cas contraire, qu’il en soit ainsi », a indiqué Norbert Ratsirahonana, conseiller spécial de Andry Rajoelina, président de la transition, et chef de délégation de la Présidence en Afrique du Sud. Il insiste sur la note explicative, prévoyant l’indépendance de la justice et la non-ingérence de la SADC dans le contenu de la loi d’amnistie, accolée à l’article 20 concernant le « retour sans condition », des exilés politiques.
Pas de commentaires
Le scepticisme de Christine Razanamahasoa, ministre de la Justice, sur la faisabilité même de l’adoption de la loi d’amnistie avant la date fixée risque de compliquer les choses. « Il existe un délai et des procédures à respecter. Le projet de texte devrait être examiné par le comité interministériel ad hoc, puis par le gouvernement, le Congrès et le Conseil supérieur de la transition », a-t-elle affirmé en marge de l’atelier sur l’administration publique à Ivato.
À coup sûr, le communiqué tardif de la Troïka n’arrange pas les partisans de Marc Ravalomanana. « Nous préférons attendre l’intervention de Marius Fransman auprès de l’Union africaine, lundi, pour voir », avance Mamy Rakotoarivelo, chef de délégation de la mouvance et président du Congrès, évitant de commenter ce communiqué. « En tout cas, la Troïka avait précisé son choix pour une option politique et non judiciaire [pour régler la situation de l’ancien chef de l’État] », se contente de rappeler celui qui croyait comme acquis le retour sans mandat d’arrêt de son patron après la réunion du lundi soir.
En tout cas, le communiqué de la Troïka ne confirme pas le sens de la déclaration d’Omer Beriziky, faisant référence au discours de Marius Fransman, mercredi. « Lors de notre réunion, il avait cité des propos de Nelson Mandela, comme quoi il n’y a pas de discussions sans liberté », avait-il rapporté. « Maintenant, il faut agir dans un esprit de pardon et de concession. La sortie de crise n’est possible qu’avec cet état d’esprit », avait-il poursuivi.
Le flou sur les dernières évolutions de la situation amène le Congrès supérieur de la transition à organiser une séance à huis clos sur les affaires nationales. Ce dernier prévoit une séance d’informations avec le Premier ministre Omer Beriziky et Pierrot Rajaonarivelo, ministre des Affaires étrangères, pour clarifier la situation.
Iloniaina Alain
Vendredi 27 janvier 2012