Retour avorté de Marc Ravalomanana
La transition consensuelle à l’épreuve
Mamy Rakotoarivelo tenant entre ses mains le Notam, lors de la conférence de presse à Ivato, samedi (Photo Hery Rakotondrazaka)
La mouvance Ravalomanana annonce la suspension de sa participation aux institutions de la Transition. Une décision qui risque de mettre à mal la mise en œuvre de la Feuille de route.
Ça sent la crise institutionnelle. Le retour avorté de l’ancien président Marc Ravalomanana fait entrer la Transition dans une zone de turbulences.
« Devant une telle provocation et le non-respect de la Feuille de route, nous décidons de suspendre notre participation au sein du gouvernement. Nous ne participerons ni au conseil du gouvernement ni au conseil des ministres », a déclaré Mamy Rakotoarivelo, chef de délégation de la mouvance Ravalomanana et président du Congrès, samedi à Ivato.
La mouvance Ravalomanana étend son initiative au Parlement. « Nous n’assisterons pas non plus à la session parlementaire extraordinaire », a-t-il soutenu.
Les résolutions interviennent après la décision des autorités de fermer l’aéroport d’Ivato, dissuadant l’avion transportant l’ancien président Marc Ravalomanana d'atterrir. « Quelque part, on veut toujours pratiquer l’unilatéralisme. Dans ces cas-là, laissons-le [Andry Rajoelina, président de la Transition] assumer ses responsabilités. Nous nous demandons seulement si nous obtiendrons la reconnaissance internationale avec une telle attitude », a signalé Mamy Rakotoarivelo, tout en fustigeant la gestion par la présidence de la Transition du retour de son patron. En même temps, il a remis en cause l’application de la Feuille de route à travers les événements de samedi.
Transition en danger
La décision de la mouvance Ravalomanana, en cas d’exécution, mettra à mal l’avenir de la Transition censée être consensuelle et inclusive selon la Feuille de route. « Celle-ci ne peut pas être appliquée sans leur présence », a analysé le Premier ministre Omer Beriziky dans une interview accordée à Radio France internationale (RFI), hier.
Dans la pratique, la session extraordinaire du Parlement qui s'ouvre aujourd’hui, risque d’être la première illustration de la crise. Les deux Chambres, dont l’une est présidée par Mamy Rakotoarivelo, devraient examiner des textes importants pour la mise en place de la Transition. Le projet de loi sur la Commission électorale nationale indépendante reste à adopter. Plus tard, il en sera de même du code électoral qui attend son adoption en conseil des ministres amputé de cinq membres du gouvernement.
Ce contretemps pourrait être fâcheux pour la Transition qui souhaite voir le bouclage de plusieurs textes avant la fin du mois. Pierrot Rajaonarivelo, ministre des Affaires étrangères, avait expliqué ce choix pour « montrer notre bonne foi » et permettre au gouvernement de plaider auprès des Nations unies afin d'obtenir leur engagement dans le processus de préparation des élections pour espérer leur tenue cette année. Mais voilà, l’évolution de la situation remet en cause le calendrier.
La gestion du retour avorté de Marc Ravalomanana a également révélé un dysfonctionnement au niveau de l’Exécutif déjà hésitant dans la gestion du bras de fer impliquant les magistrats et les policiers. La présidence de la Transition a court-circuité le gouvernement dans la décision de fermer momentanément des aéroports dont celui d’Ivato. Omer Beriziky a assuré qu'il n'en a pas pris l’initiative et n’a pas été informé de l’initiative que la Présidence assume à demi-mot. « Il a été décidé de fermer provisoirement l’aéroport international d’Ivato », a concédé un communiqué de la Présidence.
Clin d’œil de Beriziky au FFKM
Le Premier ministre Omer Beriziky se tourne vers le Conseil œcuménique des Églises (FFKM) pour « raccommoder les déchirures », selon ses termes dans son interview sur RFI, hier.
« Peut-être avons-nous encore plus besoin aujourd’hui de nos sages, des quatre chefs d’Églises, qui ont joué beaucoup de bons rôles. Il est temps peut-être que nous nous tournions aussi vers eux pour justement demander leur concours dans la résolution de cette crise », a-t-il indiqué dans son intervention sur RFI, pour « pouvoir nous retrouver de nouveau, pourquoi pas , autour d’une table. »
Dans une certaine mesure, la déclaration du chef du gouvernement rejoint celle de l’ancien président Didier Ratsiraka. Ce dernier avait relancé les chefs d'Églises du FFKM. Il avait évoqué ce projet dans le cadre de l’organisation d’une conférence au sommet qu’il véhicule depuis un certain temps.
Iloniaina Alain
Lundi 23 janvier 2012