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Actualité Madagascar » Politique » Raharinaivo Andrianantoandro
Raharinaivo Andrianantoandro
« Une menace plane sur le pays »
L’ancien président du Congrès annonce son retour sur la scène politique. Il suggère une autre voie : « ni Rajoelina, ni Ravalomanana ».
• Comment interpréter votre retrait de la scène politique, il y a quelques mois, et votre retour, aujourd’hui ?
- Il faut se rappeler qu’en 2010, nous avons privilégié l’approche de paix et abandonné la logique de l’affrontement. Nous sommes ainsi entrés dans les institutions de la Transition. Puis, il y a eu la signature de la Feuille de route ainsi que l’adhésion de la mouvance Ravaloma­nana, et je ne voulais pas être un obstacle au processus de sortie de crise. Avec Andry Rajoelina à la présidence de la Transition, Omer Beriziky, de la mouvance Zafy, à la tête du gouvernement, il était normal que la mouvance Ravalomanana ait droit à une institution. Il fallait donner une chance au processus, d’où mon départ. Mais ce n’était pas la seule raison de mon retrait. Nous avons également été déçus par la tournure qu’ont prises les choses.
• Qu’est-ce qui vous a déçu ?
- Nous avions espéré que notre entrée dans le système mènerait vers la reconnaissance internationale. C’était une condition nécessaire, mais loin d’être suffisante. Ce qui me rassure finalement, c’est que nos efforts n’ont pas été vains. La mouvance Ravalo­manana a quand même fini par suivre la voie que nous avons tracée et a accepté de signer la Feuille de route. Aujourd’hui, avec tous les foyers de tension qu’il y a au pays : les grèves à l’université, les conflits entre magistrats et policiers, les malaises dans les casernes, les relations tendues entre le Premier ministre et le président de la Transition, on sent une cacophonie certaine. Le pays est en danger. Je me suis dit qu’il était temps de parler, de faire des propositions politiques.
• Étiez-vous déçu parce que Rajoelina vous a lâché après avoir trouvé ceux qui pouvaient lui emmener vers la reconnaissance internationale ?

- Oui et non. Disons qu’il y a eu une certaine naïveté de Rajoelina d’avoir cru que notre entrée dans le système pouvait lui rapporter la reconnaissance. Quand je suis venu avec plus de 70 anciens députés et sénateurs, il pensait que la condition était remplie. Mais si c’était une condition nécessaire pour désta­biliser Ravalomanana, elle n’était pas assez pour lui donner la reconnaissance internationale. Quand il s’est rendu compte que notre entrée dans le régime ne suffisait pas, il nous a rejetés. Pourtant, la mauvaise gouvernance imputable à ce régime est telle que la reconnaissance internationale ne s’obtiendrait pas facilement. Il ne faut pas non plus oublier qu’elle ne sera totale que lorsque le pays sera dirigé par un gouvernement élu.
• Ne seriez-vous pas plutôt déçu de ne plus avoir droit au gâteau ?
- Sûrement pas. Je rappelle que si nous sommes entrés dans le système, c’était pour mettre fin à la logique d’affrontement. N’oubliez pas que, même quand j’ai été président du Congrès, j’ai toujours été critique dans mes discours. Et je n’ai jamais participé aux événements aux couleurs du TGV (Tanora
malaGasy Vonona). L’année dernière, rappelez-vous, malgré mon statut de président du Congrès, je n’ai pas été à Ambohitsorohitra le 7 février. Aujourd’hui, nous ne faisons pas partie des signataires de la Feuille de route. Le HPM (Hery politika mitambatra) et les AS (Autres sensibilités), signataires de la Feuille de route, semblent même avoir plus de poids que nous, alors que nous comptons de nombreux élus. C’est de l’exclusivité. Si je reviens, c’est pour revendiquer notre droit de participer aux débats.
• Le président de la Tran­si­tion ne s’est-il pas rattrapé en nommant les vôtres au Parlement ?
- Ce serait plutôt un cadeau empoisonné. Nous avons l’impression, aujourd’hui, de dépendre du bon vouloir de celui qui nous a nommés. Nous y sommes super-minoritaires. Au Congrès, nous sommes passés de 52 à 15 membres, insuffisant pour créer un groupe parlementaire, et au Conseil supérieur, d’une vingtaine à huit membres.

« Nous assistons à une cacophonie incroyable »

• N’avez-vous passé aucun deal avec le président de la Transition lors de votre départ ?
- Aucun.
Etes-vous encore en contact ?
- Je lui donne mes avis sur certains points, de temps à autre, mais pas de façon systématique. Mais s'il avait écouté les conseils prodigués, la situation ne serait pas telle, aujourd'hui.
• N'êtes-vous pas en train d'évacuer vos frustrations ?
- Il s'agit plutôt d'un combat que d'une frustration. Mais ce n'est pas ce qui est important. Pourquoi ne pas contourner un obstacle s'il le faut Il s'agit d'un réalisme politique. Ce n'est pas mon genre d'insister sur une voie si celle-ci ne mène à rien.
• Quelle voie suggérez-vous alors ?
- Une menace plane sur le pays. Nous assistons à une cacophonie incroyable. La
com­mémoration du 7 février illustre cette situation. Le président Rajoelina et Monsieur Ravalomanana pensent que l'interprétation de l'apaisement et la réconciliation selon la Feuille de route est tributaire de leur seul avis. Ils savent très bien ce qu'ils ne veulent pas, mais ne connaissent pas ce que souhaite la population. Le premier ne veut pas le retour du second tandis, que le second ne souhaite pas voir le premier rester à la présidence de la Transition malgré la signature de la Feuille de route, d'où le blocage du processus. À mon avis, il faut que les deux personnalités règlent leurs affaires et laissent la population et ceux dont le sort ne dépend pas de l'amnistie, aller de l'avant, vers les élections.
• Faut-il donc écarter les principaux protagonistes à la crise ?
- Pas du tout. Mais je les appelle à ne pas prendre en otage la population. Je lance également un appel aux acteurs politiques à ne pas aller dans ce sens et à se mettre sur la bonne voie pour la recherche des voies et moyens pour la mise en œuvre de la Feuille de route.
• Pensez-vous que l'option du directoire militaire reste d'actualité ?
- Le retour de tels bruits traduit cette partie visible de l’iceberg, d’un certain malaise dans les casernes, mais qui, au bout, menace la paix. Pour revenir à la question, est-ce qu'il y a vraiment des velléités allant dans ce sens L'avenir nous le dira.
Etes-vous d'accord pour le retour de Marc Ravalo­manana ?
- Chaque acteur politique a une vision politique. Pour atteindre ses objectifs par rapport à celle-ci, il établit une stratégie et une tactique en fonction des réalités, faites d'alliance et de trahison comme c'est le cas de l'alliance des mouvances des trois anciens Présidents. Je ne peux pas écarter une telle hypothèse. En tout cas, je ne souhaite pas revivre un système politique pour servir une ambition personnelle et satisfaire un besoin personnel. J'aspire plutôt à m'associer à un système permettant de partager une vision.
• Pourquoi étiez-vous absent à la commémoration du 7 février ?
- Je rappelle que je n'ai pas non plus assisté à la cérémonie de commémoration en 2010, même si j'étais un Chef d'institution. Il y avait un message véhiculé à travers l'événement qui ne va pas dans le sens de l'apaisement. Si c'était un culte, on aurait associé d'autres événements similaires comme celui de 1991 ou celui de 1972. Mais l'initiative avait été axée contre des personnes. Et puis, en 2009, j'ai été avec Monsieur Ravalomanana, donc me rendre là-bas aurait été comme si je me dénonçais moi-même. Pour la sortie de crise, je dis qu’il faut mettre en avant une vision commune de vivre ensemble avec des valeurs acceptées par les Malgaches.

Propos recueillis par




Iloniaina Alain
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