Racisme
La justice condamne un passager français
Après le procès, le Français a été ramené en prison pour règlement des procédures de sa mise en liberté (Photo Mamy Mael)
un Français a été écroué pour avoir proféré des propos racistes à l'endroit d'un steward de la compagnie Air Madagascar. Il a fait l'objet d’une condamnation, hier.
Du fil à retordre pour un passager du vol Paris-Maurice, de la compagnie Air Madagascar. Inculpé pour voie de fait et propos injurieux à l'endroit d'un steward, Yoan Chingaïny a écopé de six mois de prison avec sursis, assortis d'une amende 540 000 ariary. Ce ressortissant français qui était du voyage s’est vu condamné au terme de son procès qui s'est déroulé à la salle d'audience numéro un du palais du tribunal à Anosy, hier après-midi. Dans la foulée, il a été contraint de payer un ariary symbolique de dommages et intérêts à Narivony Rakotomanga, le membre du personnel navigant commercial d'Air Madagascar, victime de ses injures racistes, et une autre pièce symbolique à la compagnie, qui s'est constituée partie civile.
Excuses écrites
Le verdict d'hier est une première dans l'histoire des stewards et hôtesses malgaches. « Il est fréquent que le personnel navigant commercial des vols d'Air Madagascar endurent des propos vexants de la part de certains passagers de nationalité étrangère. (...) J'ai franchi ce grand pas pour ma famille, mes collègues, ma compagnie et ma patrie », lâche Narivony Rakotomanga.
« J'ai toléré les insultes faisant greffe à ma personne et à mon métier. Malgré ces concessions, il m'a jeté au visage que mes ancêtres étaient des esclaves et que je le suis moi-même car il est blanc et moi noir, et que c'est lui qui me dicte ce que j'ai à faire », se désole-t-il.
Yoan Chingaïny a embarqué à l'aéroport de Roissy Charles de Gaule avec une jeune femme. Le couple devait passer des vacances à Maurice. Il était prévu que leur avion fasse une escale de quatre heures à Tana. Leur voyage a connu une autre tournure lorsqu'il a été arrêté à l'atterrissage, à l'aéroport international d'Ivato, dimanche vers 23 heures. Entendu au parquet, mardi, il a été d'emblée placé en détention préventive à la maison centrale d'Antanimora pour être jugé, hier.
C'est une bouteille d'alcool qui a semé la zizanie.
« J'ai acheté du whisky à la boutique Duty Free de l'aéroport de Paris. Le commerçant m'avait indiqué que je pouvais le boire pendant le vol. J'ai eu une altercation avec le steward lorsqu'il me l'a pris une dizaine de minutes avant l'atterrissage », relate l’accusé. « Cet incident ne serait pas arrivé s’il me l'avait demandé poliment», déplore-t-il. Comme réponse du berger à la bergère, le steward a mis en avant que des boissons alcooliques offertes ont été servies durant le vol. « Avant l'atterrissage, en faisant un contrôle final, j'ai vu une bouteille d'alcool à moitié vide traîner sur le siège du passager français. Celle-ci peut être un dangereux projectile si on la laisse n'importe où en cas d'arrêt ou d’accélération. Il m'a traité de tous les noms lorsque je l'ai prise, même si je lui ai dit qu'il pouvait la récupérer une fois au sol », se justifie, quant à lui, le steward.
En prononçant son jugement, hier, vers 18 heures, le président du tribunal a signifié à l'accusé qu'une présentation d'excuses écrites adressées au steward et à l'Air Madagascar serait un geste noble sa part.
Seth Andriamarohasina
Jeudi 01 decembre 2011