Langue étrangère
La maîtrise du français en déclin
La plupart des cours dispensés aux élèves sont en français (Photo Hery Rakotondrazaka)
La langue française tient un rôle important dans l'enseignement malgache. Toutefois, bon nombre d'élèves et d'étudiants ne la maîtrisent pas.
Parler, écrire et lire le français constituent les apprentissages fondamentaux dont chaque établissement scolaire à Madagascar assume la responsabilité et dont la maîtrise est plus que déterminante vu que la plupart des leçons prennent appui sur le français. Madagascar figure, d'ailleurs, parmi les 49 États et gouvernements membres de l'organisation internationale de la francophonie et le français est considéré comme une deuxième langue officielle, utilisée dans différents services administratifs, et dans le commerce. Elle occupe surtout une place très importante dans l'enseignement. Presque tous les cours sont donnés en français depuis le primaire. Ainsi en moins de 10 ans, 66 000 jeunes malgaches apprennent le français. Par ailleurs, partout, dans les endroits publics: les rues, les magasins, on entend des gens qui utilisent cette langue.
Bref, le français s'enracine de plus en plus dans la vie quotidienne à Madagascar sans toutefois, nuire à l'attachement du peuple malgache à leur langue maternelle. D'où le dicton: « Andrianiko ny teniko, ny an'ny hafa koa feheziko » qui signifie qu'il est très utile de maîtriser des langues étrangères mais en même temps il faut que sa langue maternelle soit placée au-dessus de tout.
Mais contre toute attente, force est de constater que plus on fait des efforts pour inculquer le français chez les jeunes, moins ils maîtrisent comme il faut cette langue. Une situation qui implique des problèmes au niveau de l'enseignement en général à Madagascar mais aussi au niveau de l'avenir professionnel des jeunes.
Discriminatoire
Le problème se pose surtout dans les écoles publiques où 4 élèves sur 5 ne maîtrisent pas la langue française.
« Les élèves connaissent mais ne maîtrisent pas la langue française. Ils la comprennent mais ne la pratiquent pas », note Philippe Georgeais, directeur de l'Institut français de Madagascar (IFM) et conseiller de coopération et d'action culturelle à l'ambassade de France, interrogé sur la manière dont les Malgaches vivent les réalités de l'évolution de la langue vivante lors du colloque organisé à l'IFM le 10 janvier. Le fossé devient beaucoup plus grand une fois que l'étudiant franchit le cap des universités. Une enseignante de la langue française à l'université de Madagascar a affirme. « Le français est à la fois une langue d'enseignement et une langue enseignée. C'est un facteur discriminatoire à la réussite du cursus universitaire. Certains étudiants ne comprennent pas bien qu' il y ait des sessions de remise à niveau ».
La langue française reste donc un facteur de blocage à la réussite du cursus universitaire. Mais elle l'est aussi quand il s'agit de de trouver un emploi. La tendance actuelle, dans des recrutements, est surtout la maîtrise d'une langue étrangère dont le français.
Le problème, est à la base même, à entendre certains participants au colloque organisé à l'IFM. « Des hommes formés pour relever le défi manquent à l'enseignement à Madagascar », conclut le directeur de l'IFM.
Adoption et non imposition
Pour les spécialistes linguistiques, la solution pour la maîtrise des langues étrangères est l'adoption et non pas l'imposition. Adoption signifie former d'abord les maîtres et les conseillers pédagogiques en ayant un projet spécifique sur cela et, avoir du matériel didactique. L'enseignement de la langue française à un enfant élevé dans une famille française et un autre qui n'a jamais été en contact avec un français ne devrait pas être le même.
Michella Raharisoa
Mercredi 25 janvier 2012