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Actualité Madagascar » Politique » Jean Robert Razafy
Jean Robert Razafy
« Fermer les aéroports a été irrationnel »
Ancien directeur régional de l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) pour l'Afrique australe et orientale, Jean Robert Razafy retrouve son poste de directeur général de l'aviation civile de Madagascar (ACM). Un audit de l'OACI auprès de cette institution est prévu le 17 février prochain.
• Votre nomination survient quelques jours avant l'audit de l'OACI, est-ce que vous pensez que c’est une coïncidence ?
- À ma connaissance, j'ai été nommé en tant que directeur général parce qu'il y a des problèmes au sein de l'ACM. Mais il est vrai que ma nomination arrive peu de temps avant l'arrivée de l'OACI. Est-ce une coïncidence Je ne sais quoi vous dire. Tout ce que je sais, c'est que nous devons nous préparer à l'arrivée des auditeurs, en les devançant. Je connais les points que l'OACI va soulever lors de son arrivée, je vais donc faire une sorte d'audit interne. Comme ça, nous serons en mesure de savoir ce qu'elle peut trouver. Mais nous pourrons faire plus fort en lui indiquant nous-mêmes les défaillances ou les atouts de l'ACM.

• Mais quelles sont exac­te­ment les missions qui vous ont été attribuées ?

- Il y a des choses que l'on peut réaliser à long et à court terme. Pour le long terme, il y a par exemple la mise en place des nouveaux règlements si besoin est, les appliquer et les contrôler, voir s'ils sont complets ou efficaces. C'est très important de savoir si les règlements sont efficaces ou non. Pour le court terme, nous avons par exemple le problème d’Air Madagascar. Je m'envole d'ailleurs aujourd'hui (jeudi soir) pour Bruxelles afin d'assister à une rencontre avec l'Union européenne. Je ne serai pas là-bas pour apporter des solutions ou faire de négociations, mais pour savoir exactement le fond du problème. Il y a aussi cet audit de l'OACI qui concerne la question de la sûreté. Cette organisation internationale a dû soupçonner des défaillances auprès de l'ACM et a décidé de venir. Notre rôle est ainsi de veiller à ce que l'on ne tombe pas, par exemple, dans la liste noire.

• Mais quel est exactement l'enjeu de cet audit ? Est-ce que Madagascar risque d'être sanctionnée ?
- Personne ne peut sanctionner un État. Par contre, le pays risque une sanction indirecte, du point de vue économique. Si la sûreté est remise en cause, on pourrait assister à une dégradation de la réputation de l'ACM. Les étrangers risquent de ne plus venir à Madagascar. C'est pourquoi, il est très important de bien se préparer à cet audit. Si on peut cacher les failles, on le fera mais, c'est surtout une question de devoir. La question n'est pas de faire bonne figure vis-à-vis de l'OACI mais d'assurer le devoir envers le peuple tout entier, le pays, pour que tout le monde puisse voyager en toute sûreté.

• En parlant de sûreté, où en est exactement l'affaire SRDI ?

- Il faut rappeler que l'Etat a pris ses responsabilités en décidant de rompre ce contrat. Je ne me permettrai donc pas de porter un jugement là-dessus. Par contre, il nous revient de trouver des solutions en tant que techniciens. Il faut rappeler que l'objectif de ce contrat était d'assurer la sûreté dans les aéroports, avec des produits finis. La SRDI devait fournir les équipements et le personnel. Cependant, l'État a jugé que la gestion de la sûreté entre dans le cadre de la souveraineté de l'État. Personne ne peut dire si c'est vraiment le cas ou non. Le contrat a ainsi été rompu, comme tout litige dans les droits des affaires, la SRDI est libre de contester ou non.

• Justement, est-ce qu'elle a porté plainte à ce sujet ?

- À ma connaissance, non. Je crois que l'affaire n'est pas encore arrivée à ce stade. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons rester les bras croisés. La question de sûreté ne peut pas attendre. L'ACM doit agir, c'est pourquoi je vais réexaminer de fond en comble ce dossier SRDI. Je vais réévaluer complètement les choses à plat. Après, nous allons proposer des solutions qui nous satisferont techniquement.

• Mais selon vous, croyez-vous que la SRDI a la capacité d'assurer la gestion de la sûreté de nos aéroports ?
- C'est pour cela que je vais fouiller de fond en comble le dossier. Actuellement, je n'ai aucune raison de dire que cette société est apte à assurer la gestion de la sûreté ou non, étant donné qu'elle n'a pas encore commencé à travailler. Mais il ne faut pas non plus oublier que ce qui est bien pour un aéroport ne peut pas, forcément, être bien pour un autre. Donc, je ne peux pas comparer avec ce qu'elle a pu faire dans un autre pays.

• Après réexamen du dossier, pourrait-on envisager le retour de la SRDI ?

- Il ne faut pas oublier que l'ACM est un instrument du gouvernement. Nous sommes son outil, une organisation autonome de l'État, avec un rôle régalien. Notre rôle, c'est de proposer des solutions multiples à l'État, mais le dernier mot lui appartient. On pourra éventuellement proposer son retour, mais c'est à l'État de trancher.

• Cela signifie-t-il que l'ACM n'a aucune autonomie de décision ?

- C'est vrai que certaines décisions peuvent être prises sans qu'on fasse appel à l'État, mais cela dépend de leur importance. L'ACM n'est pas un État dans l’État. Sa mission a été attribuée par l'État. On nous demande d'assurer la sécurité, donc, on assure la sécurité.

• Toujours à propos de cette question d'autonomie de décision, l'ACM a publié dans son site que la décision du notam pris le jour du retour prévu de l'ancien Président Marc Ravalo­manana, a été prise par le président de la Haute autorité de la transition, était-ce normal ?
- Je déplore ce qui s'est passé. Comme je l'ai dit tout à l'heure, l'ACM est un instrument du gouvernement. C'est un instrument autonome étatique, avec comme supérieur hiérarchique le PHAT. Ce n'était pas la peine d'écrire que l'instruction venait de lui. C'est comme si avant chaque opération, un chirurgien qui travaille dans un hôpital public déclare à son patient : « L'État ou le Président m'a ordonné de vous opérer. »

• La sortie de ce notam était-elle justifié ?
- Le Notice to Airmen est un outil de travail très important, très efficace. S'il n'y a pas de notam, il ne peut y avoir de sécurité. C'est un réseau de communication aiguille, si un notam est sorti, le monde entier est en mesure de le voir. Malheureusement, Madagascar a détruit cette notion. En 2006, le gouvernement a recouru à cet outil pour empêcher Pierrot Rajaonarivelo de rentrer. Or il y a plusieurs solutions pour empêcher une personne de rentrer au pays. Pour ce qui est de ce samedi-là (21 janvier), il y avait une situation explosive à l'aéroport, le danger était imminent avec l'AV7 et autres. Si l'Etat a laissé cet avion atterrir, il y avait un risque énorme d'affrontement. De ce point de vue, je pense que l'interdiction d'atterrissage est mieux que de voir un bain de sang. Cependant, une autre solution aurait pu être trouvée, au lieu de sortir un notam.

• Est-ce que vous pouvez citer un exemple de solution qui aurait pu être prise ?
- Le plan de vol est effectué avant le décollage. L'ACM a ainsi été prévenu. Dès qu'il a reçu ce plan de vol, il aurait pu donner l'autorisation, mais avec comme premier port d'entrée, Morondava. Il revient ensuite à la compagnie de décider de venir ou non. Décider de fermer les aéroports était tout simplement irrationnel et illogique. Techniquement, c'était une faute.

• Airlink indique avoir signalé l'affaire à son aviation civile. Est-ce qu'elle a le droit de poursuivre en justice l'État malgache ?
- Le droit international permet à Madagascar de faire ce qu'elle veut dans son espace aérien. Si elle veut fermer ses aéroports, elle peut fermer ses aéroports. Si elle veut tirer sur un avion qu'elle juge suspect, c'est aussi son droit. L'article premier de la convention de Chicago souligne bien que la souveraineté de l'État ne peut être touchée. Mais comme je l'ai dit auparavant, ce sont surtout les sanctions indirectes qu'il faut craindre.

Propos recueillis par
Judicaëlle Saraléa
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