 09-02-2010

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| COURRIER DES LECTEURS
Histoire au pays Mandridrano |
La loi peut être amnésique et quand une telle situation se produit, c'est tout le système judiciaire qui devient un instrument d'oppression au lieu d'être un régulateur d'harmonie sociale. |
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Le dialogue ne devrait-il pas toujours primer sur la répression dans un litige foncier? Surtout que la loi a tendance à ignorer l'histoire qui ne saurait mentir.
J'ai lu avec beaucoup de tristesse les incidents d'Ankorondrano près d'Ampefy impliquant les paysans de cette région et les forces de l'ordre qui relèvent de Miarinarivo. Ma tristesse est doublement accentuée en raison du fait que je connais cette région d'où ma mère est originaire. Il s'agit de la région du Mandridrano ou de l'Itasy qui tire son nom du fameux lac si vous voulez. J'ouvre une parenthèse. J'avais l'habitude d'y passer trois mois chaque année de l'âge de 10 ans jusqu'à la fin de mon adolescence (à environ 19 ans je dirais). Lorsque j'ai exercé le métier de journaliste à Madagascar et que mes racines paternelles m'ont amené naturellement à Mahajanga, j'ai eu l'occasion de visiter Bealanana et Mandritsara.
Et là m'est apparu l'évidence des liens historiques qui existaient et qui existent encore virtuellement entre le pays Tsimihety et le pays Mandridrano avec l'architecture des habitations et l'âme de son peuplement mais c'est une autre histoire que je risque encore de vous raconter tantôt. Au cours de mes vingts deux ans maintenant à l'extérieur de Madagascar, je suis passé deux fois au pays et jamais au grand jamais je n'ai manqué de me ressourcer à Mandridrano, cette mythique et séduisante partie de Madagascar, héritage des "Zanamasoandro" auxquels se sont gréffés les "Zanabiby".
Le ressourcement à Madagascar serait incomplet pour moi sans une descente sur Mahajanga, le pays de mon père. Fin de la parenthèse. Pour revenir à Mandridrano et les évènements d'Ankorondrano, l'analyse historique de la propriété foncière de cette région s'impose. Si vous avez déjà visité le pays Mandridrano qui s'étend tout simplement d'Antanetimboahangy (Analavory) à Soavinandriana et ses environs, vous avez remarqué les plantations de "bakoly", une des particularités de cette région. Il y en a de moins en moins de nos jours mais elles sont encore là.
L'histoire, aucun livre ne nous l'enseigne, nous dit que les fruits des "bakoly" avaient été utilisés pour fabriquer des lubricants pour les moteurs d'engins aéronautiques dans la période qui va pratiquement de la première à la deuxième guerre mondiale mais c'était surtout durant la deuxième guerre selon l'histoire qui m'a été transmise par les ainés devenus actuellement des ancêtres. Beaucoup de ses plantations qui occupaient et qui occupent encore de vastes espaces cultivables et constructibles dans cette région, appartenaient au colon Golaz mais certainement qu'elles avaient changé de mains plusieurs fois en presque 100 ans.
Lorsque l'indépendance est arrivée à Madagascar, la nouvelle république a hérité des archives des cadastres domaniaux et des propriétés foncières établies lors de la colonisation. Mais, avant que les colons n’arrivent à Madagascar et particulièrement au pays Mandridrano, il me semble que c'est une évidence, ces terres appartenaient aux autochtones qui habitaient là depuis bien avant Radama I, c'est-à-dire, au bas mot depuis le règne d'Andrianampoinimerina (1787-1810).
Ainsi, le système judiciaire ne peut trancher sur le litige foncier d'Ankorondrano sans avoir effectué une analyse sérieuse et approfondie de l'histoire de la propriété foncière au pays Mandridrano. Voici une question que j'ai posée à mon frère cadet il y a quelques années de cela lorsqu'il était le député du pays Mandridrano : comment les colons avaient-ils acquis ces terres sur lesquelles ils avaient cultivé le "bakoly"? La réponse que j'ai eue à ce moment-là témoigne de la complexité du problème foncier à Madagascar pour que cela puisse être uniquement du ressort d'un tribunal du système judiciaire de Madagascar de décider à qui ces terres appartiennent.
J'ai toujours admiré le courage de mon frère cadet dans son parcours politique. C'est tout à son honneur d'avoir pris en toute intégrité beaucoup de décisions qui n'étaient pas toujours faciles à prendre. Mais dans la question de propriété foncière du pays Mandridrano, il a juste, comme de nombreux responsables politiques de cette région, éludé la difficile question. De plus, ces terres ont été durant la deuxième république hypothéquées pour des prêts bancaires auprès des banques nationales par les descendants des colons sur la base des papiers datant de l'ère coloniale.
L'histoire du pays Mandridrano n'a quand même pas commencé à l'arrivée des colons si je ne m'abuse. Qui a hérité des hypothèques bancaires en question à la privatisation des banques nationales? Voilà une question qui mériterait une réponse claire et nette.
L'Etat de Madagascar devrait racheter ces hypothèques à leurs justes valeurs actuelles et effectuer une réforme agraire en bonne et due forme qui tient compte des facteurs historiques et non juste des archives héritées de la colonisation.
De plus, pour ce même Etat de Madagascar, une forme de compensation devrait être étudiée et rendue possible pour les autochtones, propriétaires de ces terres avant l'arrivée des colons. Bref, tout ceci pour dire que le problème d'Ankorondrano n'est que le sommet de l'iceberg. Il y a une justice à rendre et ce n'est pas le prétoire l'endroit le plus approprié pour rendre cette justice. C'est une question d'histoire à laquelle s'est déjà mêlée la politique politicienne.
On ne peut la trancher qu'au milieu, et ce, après un cheminement et un questionnement dont le point de départ ne peut être que la volonté de l'Etat de Madagascar reconcilié à lui-même et son histoire de rendre une justice juste et équitable selon l'adage "Atao tery omby ririnina ka sady tsy hamono ny reniny no tsy hahafaty ny zanany" dont on n'a pas encore pu prouver l'impertinence et que beaucoup de gens ont tendance à oublier.
Jean \1 Ottawa, Ontario Canada
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Date : 16-08-2006 |
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