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Edition n° 4535 du 09-02-2010
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CHRONIQUE DE VANF

L’honnêteté de la vérité qui dérange
Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

 
Un Chef de région en flagrant délit d’excès de zèle, orientant délibérément le choix des thèmes, obligeant à un vote à main levée, sinon tronquant le vote des résolutions : caricature de ce qu’on pouvait craindre dès que les assises régionales étaient parrainées par la seule HAT (Haute Autorité de la Transition).
On le savait, bien avant l’ouverture de ces assises, que les résolutions n’allaient certainement pas faire l’unanimité ni encore moins aboutir à la réconciliation nationale. D’un point de vue philosophique, ces assises étaient frappées d’une tare originelle : le manque de confiance.
D’un point de vue strictement technique, il semble utopique de confier le choix de l’organisation administrative d’un État moderne à une assemblée villageoise qui n’a jamais entendu parler de Montesquieu, d’Alexander Hamilton ou de Constantin Franz. Le génie proprement national, que pouvaient avoir Andrianampoinimerina et ses conseillers, a subi une acculturation abâtardissant à la fois la conception traditionnelle et l’approche moderne. Par exemple, la population malgache et la plupart des journalistes, qui sont censés éclairer l’opinion publique, ne maîtrisent rien des nuances psychologiques entre les fédéralismes américain, allemand ou suisse. Ils ignorent également les débats et les nombreuses hésitations de l’administration coloniale dans l’organisation du territoire malgache, tergiversations qui vont se retrouver dans la résurgence cyclique du thème fédéraliste à Madagascar.
Autre exemple : que sait la population profonde des gènes que doivent à la Constitution française de 1958, et plus particulièrement aux discours de Bayeux et d’Épinal prononcés par le général de Gaulle en 1946, les différents textes constitutionnels malgaches depuis cinquante ans ? Les juristes malgaches fonctionnent dans le cadre intellectuel légué par l’ancienne puissance coloniale. La majorité de nos techniciens ont fréquenté les écoles françaises (IHEOM, ENA, IIAP), et ils sont, pour ainsi dire, prisonniers d’un schéma dont ils ne savent pas s’affranchir. Une véritable « refondation» supposerait la remise à plat, nos seulement des rancoeurs, mais également et surtout des connaissances : l’inventaire exhaustif des expériences constitutionnelles de tous les pays combinées à une redécouverte des solutions pragmatiques inventées par les Anciens.
La démocratie, sans suspicion de démagogie populiste, doit sans doute se construire dans des cercles restreints d’initiés. Je préfère aux états d’âme populaires une technicité efficace, exercice plus honnête envers une population enfin traitée en adulte.
 

Date : 06-07-2009
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