 09-02-2010

Humeur | Expression | | Idées et débats | |

| SOCIAL
BLOQUES A SAINTE MARIE |
DEUX RESCAPES RACONTENT |
Laurent et Judith sont arrivés, hier soir, à Ivato en provenance de Sainte-Marie. Ils sont parmi les huit survivants de l’effondrement d'un hôtel pendant le passage du cyclone Ivan dans la région dimanche. |
 |
|
Judith et Laurent, propriétaire de l'hôtel Antsara, détruit par "Ivan" à Sainte Marie, à leur arrivée à Ivato hier. |
Moment de vive émotion à l'aéroport d'Ivato où débarquaient, hier dans la soirée, les deux survivants du passage du cyclone Ivan à Sainte-Marie. On croyait qu'ils étaient morts mais Laurent et Judith ont survécu. Ils sont les gérants de l'hôtel Antsara qui s'est effondré dans le quartier d'Ankirihiry dans le nord de Sainte-Marie.
Ils sont arrivés sains et saufs dans la capitale. Tenues légères et valises à la main, ils avaient l'air de deux touristes qui revenaient de vacances. Pourtant, intérieurement, ils revoient toujours les images du calvaire qu'ils ont vécu durant les quatre derniers jours à Sainte-Marie.
Simon Rabenatoandro et son épouse, parents de Judith sont venus les accueillir à l'arrivée. C'est d'ailleurs ce couple d'enseignant et de commerçante qui ont payé les billets d'avion de Laurent et Judith pour les faire revenir à Antananarivo. L'émotion a été au rendez-vous, quand ils ont raconté la tragédie.
«Raconter ce qui s'est passé est facile, mais vous ne pourrez jamais imaginer ce que nous avons vécu là-bas», souligne Laurent. Il raconte que, comme tous les Saints-mariens, ils ont voulu tout savoir sur le cyclone et se sont toujours tenus informés pour mieux se protèger, jusqu'au jour où ils n'ont plus eu de nouvelles.
C'était le samedi 16 février à minuit que tout a commencé. «Le vent était très fort. Nous avons senti notre bungalow bouger et on a pu sortir de la maison avant qu'un arbre ne nous tombe dessus et détruise la case. Nous avons rejoint notre restaurant dénommé Antsara pour nous réfugier à l’intérieur», poursuit Judith. En même temps, ils ont appelé à cor et à cri pour réveiller tout le personnel.
Mais Judith a remarqué que toute la terrasse du restaurant a été emportée par le vent. «Pourtant, Antsara était la plus grande bâtisse traditionnelle de la ville. Elle date de plus de 20 ans», ajoute Laurent. Cela fait seulement cinq mois que le couple a pris la gérance de l'hôtel.
Contre vents et marées
Ils étaient dix au total à avoir remué ciel et terre pour trouver un refuge cette nuit là jusqu'au petit matin. «Nous avons dû courir à perdre haleine pour échapper à l'effondrement du restaurant. Mais il a fallu aussi soutenir les parois des murs du deuxième bungalow pour éviter qu'ils ne s'effondrent», raconte Laurent.
A travers vents et pluies, ils ont tenté une autre tentative, avant que le bungalow ne s'écroule. Le jour levé, le cyclone Ivan frappe de plein fouet Sainte-Marie. Ils étaient huit personnes à rester.
Les deux autres sont parties ailleurs. «C'est ainsi que nous avons trouvé un petit coin de 1m2 dans les toilettes du restaurant pour nous abriter. C'est à ce moment là que j'ai appelé mon père pour l’informer de la situation», se rappelle Judith. C'est le dernier contact qu'elle a pu établir car toute communication a été coupée et que le quartier d'Ankirihiry a plongé dans le chaos.
Ces personnes sont restées huit heures dans ces décombres en se nourrissant des restes de nourriture de l'hôtel et des morceaux de papaye qui étaient tombés par terre. «Lundi, Laurent est parti chercher de l'aide en ville, tandis que nous sommes restés sans rien manger, moi, Doris une de nos employés et des enfants de 2 ans, 4 ans, 6 ans, et 12 ans ainsi qu’un adolescent de 21 ans » rapporte Judith.
L'arrivée de Laurent, le soir, apporte de l'espoir au petit groupe. Des gens les ont aidés à quitter les lieux. « Nous avons dû utiliser un bateau pour pouvoir
partir car toute circulation était coupée. Le nord de Sainte-Marie était complètement isolé. Toutes les cases en falafa ont été décimées ainsi que les arbres», ajoute Laurent la gorge nouée.
Solidarité
Il n'a pas pu retenir ses larmes en pensant aux gens qu'ils ont laissés derrière eux. «Comment ces gens vont-ils survivre dans les prochains mois. Travailler à l'hôtel était toute leur vie. Comment vont-ils faire?», se lamente-t-il.
Avec le soutien des Saint-mariens, le couple a pu quitter les lieux. «L'équipe d'Air Madagascar a beaucoup contribué à notre retour car toutes les places étaient prises dans l’unique avion qui était opérationnel», a tenu à préciser Laurent.
Judith et Laurent sont les seules personnes à avoir pu quitter Sainte-Marie après la catastrophe. Ils ont laissé derrière eux les six personnes qui étaient avec eux lors du drame. Ils n'ont plus revu le reste de leur personnel. Comme eux, et comme les milliers de sinistrés, ils devront tout recommencer à zéro car Ivan a tout détruit.
Encadré
150 appels téléphoniques du père
Depuis l'appel téléphonique de sa fille dimanche à 8h30, Simon Rabenatoandro a tout fait pour émettre des appels de détresse afin de sauver sa fille. «J'ai passé 150 appels pour alerter tout le monde, des militaires jusqu'aux autorités civiles. En vain», souligne ce père qui dénonce l'indifférence de tous les responsables. Il a aussi pris la peine d'alerter les journaux. «Ma femme et moi avions vécu dans l'angoisse pendant 70h, à attendre qu'une information vienne de notre troisième enfant, Judith», raconte-t-il. Hier, ils étaient tous finalement réunis, c'est tout ce qui compte pour les parents. «Mais les interventions cycloniques et post-cycloniques devraient être renforcées», conclut le père.
|
Fanja Saholiarisoa
Date : 21-02-2008 |
|
|
|
Statistique |
Vous êtes le 29795ème visiteur du jour.
Il y a en ce moment 1118 visiteurs en ligne.
|
|
|