 31-07-2010

Humeur | | | Idées et débats | Courrier des lecteurs |

| CULTURE
Michèle Rakotoson |
« Les efforts des Malgaches méritent d'être soutenus » |
De passage dans la Grande île pour la promotion de son dernier roman « Juillet au Pays, chronique d'un retour
à Madagascar », l'écrivain dévoile ses sentiments sur le pays et sur la culture malgache en général. |
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Michèle Rakotoson pose un regard critique sur un certain individualisme extrême. |
• Quelle est la genèse de « Juillet au Pays, chronique d'un retour à Madagascar », votre dernier roman ?
- Vingt ans d'exil en France m'ont amenée à reconnaître mon statut d'émigrée, même si en réalité, je me suis fait chasser indirectement par l'ancien régime. Ne pas pouvoir rentrer dans mon pays natal me donne le sentiment de n'être nulle part, d'être une apatride. Pratiquement, je n'ai eu écho d'ici que par l'intermédiaire des pires nouvelles, me ramenant aux mauvais souvenirs. Or, lorsque depuis dix ans, je reviens systématiquement ici pour passer mes vacances tous les mois de juillet, j'ai découvert des choses qui ont réellement dépassé mon esprit et mes sentiments. De plus, je n'ai pas eu connaissance de nombreuses évolutions.
• Qu'est-ce qui vous a frappée le plus ?
- J'ai constaté surtout le courage des gens à préserver leur dignité malgré la pauvreté. Pour leur bien-être, ils ne se sont pas seulement bornés à critiquer l'état, mais ils ont aussi fourni beaucoup d'efforts. Pour se faire respecter, pour se faire écouter, pour faire régner la justice. Il est exact que les magouilles existent encore actuellement, mais à un dégré moindre. Car les gens tiennent à leur conviction d'aller en avant, et à continuer de vivre selon les idéaux sociaux comme le fihavanana et la solidarité. C'est là que j'ai réalisé que ces efforts ont besoin d'être soutenus. Ainsi, il m'a fallu cinq ans pour écrire « Juillet au pays, chronique d'un retour à Madagascar ». Cinq ans de silence, à observer, à approfondir, à se demander et à se remettre en question.
• Et quels sont les points qui marquent votre livre ?
- Mes visions de la cité, les effets de l'histoire, l'exode rural générant le phénomène des « 4'mis », les intellectuels qui ne fuient pas leur pays et qui sombrent dans la pauvreté, les jeunes paysans qui luttent et réussissent, les effets des religions, etc. Dans ce roman, je ne livre aucune critique. J'essaie seulement de rapporter. C'est ce que je trouve honnête et juste dans mon rôle d'écrivain.
• Faut-il s'attendre à une narration très sombre ?
- Mais non ! Je vous dis que les livres que j'écrivais auparavant étaient beaucoup plus sombres que celui-ci. C'est vrai que dans la société malgache actuelle, il reste toujours quelque chose de louche, malgré les efforts. Mais je crois surtout qu'on n'a plus besoin d'évoquer la misère des gens. Pour le livre, j'ai préparé davantage mon esprit et mon inspiration à observer la situation d'une manière plus sereine et pleine d'affection pour les Malgaches.
• En essayant de positiver la situation, par exemple ?
- J'ai eu la chance de parcourir de nombreux pays du monde. En particulier, je garde un goût amer envers l'actuelle société européenne qui tend vers l'individualisme extrême. Dans la cité où je vis, il y a eu trois personnes mortes seules dans leur appartement, sans que les voisins le remarquent. Là-bas, quand vous êtes pauvre, vous n'existez pratiquement pas. Comment pouvons-nous faire de telles sociétés un modèle ? C'est alors que j'ai réalisé que les Malgaches possèdent encore de grandes valeurs auxquelles il faut s'attacher, à l'instar du fihavanana qui génère systématiquement le soutien mutuel.
• Quels sont les messages de « Juillet au Pays... »?
- Ce livre n' a aucun message à transmettre. Ce sont plutôt des questions qui servent de messages : où allons-nous ? A quelle forme de société aspirons-nous ? C'est en quelque sorte une sonnette d'alarme pour nous tous qui nous rappelle que, à force de trop nous concentrer sur le développement, nous finissons par oublier notre identité, notre génie rural et nos compatriotes marginalisés.
• N'avez-vous pas essayé de proposer quelques solutions ?
- Non. Car je crois que les solutions pour le pays proviendront d'une éventuelle concertation sérieuse. De là, il nous faut approfondir la conception du fihavanana, pour que nous puissions l'appliquer en vue d'une économie
solidaire. De même, il s'agit de trouver un consensus dans la manière d'affronter les vérités historiques, pour bien
élucider l'histoire afin qu'elle ne forme pas un mur qui nous sépare.
Propos recueillis par
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Hernan Rivelo
Date : 18-12-2007 |
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